1. Pater « Père »

« Paul, et Silvain, et Timothée, à l’Eglise des Thessaloniciens, qui est en Dieu (theos) le Père (pater) et en Jésus-Christ le Seigneur : que la grâce et la paix vous soient données ! » (1 Th 1, 1).<br />

Ce premier emploi de theos dans 1 Th nous donne l’occasion de mettre en évidence le lien entre le thème du Père et le don de Crainte. La Crainte nous fait connaitre le Père, la Connaissance le Fils et la Piété l’Esprit. Le Père est le nom donné à Dieu dans la tradition judéo-chrétienne. Il est la source aimante et pleine de sollicitude de notre être. Il nous a donné sa bénédiction et nous châtie quand cela est nécessaire. Il nous a créés libres de le quitter, et libre de revenir vers lui. Il attend notre retour. Pater est employé dans 369 versets du NT. Nous n’allons ici commenter que le premier emploi de pater, en Mt 2, 22, car pater est le point de départ de notre sixième chapitre: « Mais, ayant appris qu’Archélaos régnait sur la Judée à la place d’Hérode, son père (pater), il craignit de s’y rendre ; et, divinement averti en songe, il se retira dans le territoire de Galilée ». La note u) de la TOB, page 2513, nous dit qu’à la mort de son père Hérode le Grand en 4 av JC, « Archélaos alla solliciter à Rome la confirmation du testament paternel ». Archélaos est celui qui règne (archo) sur le peuple (laos). La Tradition relie ce roi au prince de la parabole de Lc 19, 11-28. Jésus-Christ est « l’homme de haute naissance (qui) se rendit dans un pays lointain pour se faire investir de la royauté, et revenir ensuite » (Lc 19, 12). Ce verset, placé deux fois sous le signe de la Force, évoque la Pâques du Christ par laquelle il obtient son autorité (exousia) sur les forces du mal. Mais, comme nous l’avons dit plusieurs fois, cette domination commencée par le Christ doit être étendue à la terre toute entière par l’effort des hommes.

La croissance du Royaume de Dieu doit être la motivation des efforts humains. Lc 19, 13 : « Il appela dix de ses serviteurs, leur distribua dix mines et leur dit : ‘Faites des affaires jusqu’à mon retour’ ». Saint Luc rapproche la haine qu’inspire Jésus-Christ à certains de celle qu’inspirait le gouverneur Archélaos à tous. Lc 19, 14 : « Mais ses concitoyens le haïssaient et ils envoyèrent derrière lui une délégation pour dire : ‘Nous ne voulons pas qu’il règne sur nous’ ». Dans ce verset 14 est annoncée la figure de l’anti-Christ, c’est-à-dire de l’opposition à la personne et à l’œuvre du Christ-Roi. Nous vivons dans la septième période de l’histoire humaine, et la généralisation de l’avortement est une répétition du massacre des innocents perpétrée par Archélaos au moment de la naissance du Christ. Le Christ apporte la vie à l’échelle universelle tandis que l’anti-Christ produit des génocides. La Civilisation, œuvre de la Sagesse, est une image du règne du Christ-Roi, c’est-à-dire de la « culture de la vie », par opposition à la « culture de mort » qui s’étend sinistrement de nos jours.

Le père donne la vie à ses enfants, ainsi que les consignes par lesquelles ils doivent vivre en dignes fils adoptifs de Dieu. Le livre des Proverbes est un exemple d’une œuvre de l’Ancien Testament placée sous le signe de la Crainte. Dans la TOB, elle est le premier livre de la cinquième série septénaire. La double influence de la Crainte et de la Force qui la caractérise se retrouve dans le thème de la sévérité, souvent associée au père et que l’on retrouve dans la parabole du prince qui va se faire investir, en Lc 19, 22 : « Il lui dit : ‘C’est d’après tes propres paroles que je vais te juger, mauvais serviteur. Tu savais que je suis un homme sévère, que je retire ce que je n’ai pas déposé et que je moissonne ce que je n’ai pas semé ». Le don de Crainte nous fait appréhender que Dieu le Père a le pouvoir de nous retirer du peuple des vivants. Il peut nous arracher le bien qu’il nous a donné, l’existence elle-même. Le mal a été déposé sur la terre par Satan qui a empoisonné l’esprit humain. Le Père n’a pas déposé le mal, mais il a le pouvoir de le retirer du monde une bonne fois pour toute, au huitième jour, Jour du Seigneur et de la nouvelle création. Le bien a été semé par l’incarnation du Fils qui a rouvert le chemin de la connaissance de Dieu. Le Père a autorisé les hommes à récolter les fruits que la Foi produit en la personne des Saints. Il garde cette moisson dans le ciel. La sévérité (austeros) du Père provient du fait que la Création entière lui appartient et qu’il exerce sur elle une autorité suprême. Il a le droit de vie ou de mort sur ses sujets. Lc 19, 27 : « Quant à mes ennemis, ces gens qui ne voulaient pas que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les devant moi ».

La Crainte nous fait prendre au sérieux les paroles du Père. Il y a derrière le Fils et l’Esprit une première personne, dont ils sont issus et qu’ils servent. En Lc 10, 22, Jésus fait de son Père l’origine de tout don, comme la Crainte (verset 22) est l’origine de la Piété (chapitre 10): « Toutes choses m’ont été données par mon Père, et personne ne connait le Fils, si ce n’est le Père, ni qui est le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler ». La connaissance du Père est médiatisée par la connaissance du Fils. Cette vérité est au cœur de l’action du don de Connaissance en nous. Elle nous fait voir le Fils de Dieu en Jésus-Christ, c’est-à-dire un être inséparable du Père par la connaissance qu’il a de lui. Les saints, à la suite du Christ, doivent se mettre au service de Dieu le Père dont le ciel est le royaume : sa volonté y est accomplie de façon parfaite. Mc 14, 36 : « Il disait : Abba, Père (pater), toutes choses te sont possibles, éloigne de moi cette coupe ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ». L’obéissance est la vertu indispensable pour l’entrée au paradis. Elle est par excellence l’œuvre de la Crainte.

Légende image : Rembrand. Retour du Fils Prodigue.