1. Parakaleo « exhortations ». La Prière de Jésus et l’oraison.

« C’est ainsi que Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple, en lui adressant encore beaucoup d’autres (heteros) exhortations » (Lc 3, 18).

Parakaleo est employé dans 104 versets. Il est formé du préfixe para, « auprès, près », et du verbe kaleo, « appeler ». Par le don de Crainte, Dieu s’approche de nous. Para désigne aussi l’origine (« de », « de la part de ») comme dans Jn 15, 15 : « ce que j’ai appris de (para) mon Père » ou encore « Je suis sorti de (para) toi » (Jn 17, 8). Para signifie aussi « chez » comme dans Ac 9, 43 : « Chez un corroyeur » ou Ac 21, 8 : « Nous logeâmes chez lui ». Relevons les emplois de parakaleo dont la numérotation pointe vers la Crainte et qui expriment la prière suppliante. Mt 14, 36 : « Ils le prièrent de leur permettre seulement de toucher le bord de son vêtement. Et tous ceux qui le touchèrent furent guéris ». Mt 18, 29 : « Son compagnon, se jetant à terre, le suppliait, disant : Aie patience envers moi, et je te paierai ». Mc 8, 22 : « Ils se rendirent à Bethsaïda ; et on amena vers Jésus un aveugle, qu’on le pria de toucher ». On trouve dans Lc 8 trois supplications de démons terrorisés par le Fils de Dieu. Le verset 2 Co 12, 8 exprime une prière de supplication (la Crainte du verset 8) afin d’être libéré du mal (la Force du chapitre 12): « Par trois fois j’ai prié le Seigneur de l’éloigner de moi ». Les utilisations du verbe « exhorter » par St Paul sont trop nombreuses pour être relevées toutes. 2 Co 2, 8 : « Je vous exhorte donc à faire acte de charité envers lui ». 1 Tm 2, 1 : « J’exhorte (parakaleo) donc, avant toutes choses à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâce, pour tous les hommes ».

Le verbe parakaleo est également traduit par « consolation ». La Crainte a un pouvoir consolateur, car elle nous dit sans cesse « n’ayez pas peur, je suis là ». C’est bien le rôle des parents en général, et la nuit en particulier. Ils sont une présence rassurante dans notre obscurité. C’est ainsi que la Crainte nous fait connaitre Dieu, le Père consolateur de nos angoisses existentielles. 2 Co 1, 4 : « Qui nous console (parakaleo) dans toutes nos afflictions, afin que, par la consolation dont nous sommes l’objet (parakaleo) de la part de Dieu, nous puissions consoler (parakaleo) ceux qui se trouvent dans quelque affliction ! ». Le thème de la consolation est développé dans tout ce premier chapitre de 2 Co, avec l’utilisation du mot-frère paraklesis à six reprises. Ce verset 4 nous montre comment le don reçu doit être partagé à tous. L’Intelligence est bien le don qui fait de nous des apôtres du Christ, c’est-à-dire des transmetteurs de ses dons, à commencer par celui de l’Evangile. L’intelligence que la divine providence fait tout concourir au bien de ses enfants est en elle-même une grande source de consolation.

La Prière de Jésus telle que la tradition orthodoxe l’a conservée et développée est la première forme que prend la Prière dans la Tradition. Sa formule traditionnelle est la suivante : « Seigneur Jésus-Christ, prends pitié de moi ». Elle est le commencement de la Prière, par laquelle nous nous tournons vers Dieu. Elle nous relie au Dieu Très-Haut en un instant, celui d’un souffle. « Oh mon dieu ! » : voilà la Prière de Jésus dans sa forme la plus simple. Et aussi « Seigneur, prends pitié ! ». Cette prière courte s’élève en un jet vers le Seigneur assis dans le ciel à la droite de Dieu, notre grand-prêtre pour l’éternité. C’est la prière de la minute, qu’elle sanctifie, car il faut environ une minute pour répéter trente-trois fois les mots « Seigneur Jésus-Christ, prend pitié de moi ». Une minute est un moment : elle représente le temps présent, l’instant. A chaque instant, nous devons nous tenir devant notre Dieu du Ciel. « Une seule chose importe, c’est le moment qui passe, la minute présente, l’amour infini que Dieu a mis dans chacune de ces minutes » (Dom Augustin Guillerand, Chartreux).

Les prières jaculatoires, courtes et ferventes, sont telles des flèches de feu lancées dans le cœur de Jésus, des ‘flèches d’or’, dit Jésus à Sœur Marie de Saint Pierre, carmélite de Tours, dans sa lettre du 16 mars 1944: « Oh, si seulement tu savais quels grands mérites tu acquiers en disant une seule fois ‘admirable est le Nom de Dieu!’ (mirabile nomen dei quod est) dans un esprit de réparation pour le blasphème ». Citons la suite de cette lettre, car elle décrit parfaitement l’objet de cette prière que sont la reconnaissance de notre misère et l’imploration de la miséricorde de Dieu. « La seconde communication que je crois avoir reçue de Notre Seigneur fut à l’oraison du soir. Je sentais en mon âme bien des misères et des imperfections. Je me suis approchée de Notre-Seigneur avec confiance, Lui découvrant ma pauvreté. Alors il a accueilli mon âme et Il m’a fait entendre qu’un bon riche était ravi de faire la rencontre d’un pauvre bien nécessiteux et qu’il le soulageait avec une grande joie ; que sa bonté, sa charité étaient bien grandes pour soulager nos misères quand on s’approchait de Lui avec confiance. Il m’a fait voir qu’effectivement j’étais bien pauvre, bien misérable, et que je ne profitais point de ses grâces ; mais enfin qu’Il voulait bien, dans sa miséricorde, m’en accorder le pardon. Alors je lui demandai ce pardon de mes péchés, qu’Il m’accorda en me disant ensuite : Un ouvrier nettoie l’instrument doit Il veut se servir ». Eleos, « miséricorde », est employé dans 26 versets du NT. Elle est la « bonne volonté envers le misérable et l’affligé joints à un désir de les aider » (Segond). Lc 1, 50: « Et sa miséricorde (eleos) s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent ». C’est parce que le Père nous aime malgré nos péchés qu’il nous a envoyés son Fils. Lc 1, 78: « Grâce aux entrailles de la miséricorde de notre Dieu, en vertu de laquelle le soleil levant nous a visité d’en haut ». Au jour du grand pardon, nous serons lavés de nos péchés et entrerons sans taches dans la vie éternelle. Jude 1, 21 : « Maintenez-vous dans l’amour de Dieu, en attendant la miséricorde (eleos) de notre Seigneur Jésus-Christ pour la vie éternelle ». La Prière de Jésus fait exactement cela : elle nous maintient dans l’amour miséricordieux de Dieu.

Le verbe correspondant est eleeo, « faire miséricorde », « avoir pitié ». En Mt 15, 22 (triple Craine) se trouve l’une des occurrences de la Prière de Jésus dans le NT : « Et voici, une femme cananéenne, qui venait de ces contrées, lui cria : Aie pitié (eleeo) de moi, Seigneur, Fils de David ! Ma fille est cruellement tourmentée par le démon ». Ce verset fait partie d’une série de huit versets dans lesquels est invoquée la miséricorde de Jésus, « Fils de David », qui est le premier titre attribué à Jésus dans le NT, en Mt 1, 1: « Généalogie de Jésus-Christ, fils de David (David), fils d’Abraham ». Le plus court de ces huits versets est en Lc 18, 38 : « Et il cria : Jésus, Fils de David, aie pitié (eleeo) de moi ! ». A la toute fin du NT, en Ap 22, 16, Jésus lui-même fait référence à son ascendance davidique : « Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange pour vous attester ces choses dans les Eglises. Je suis le rejeton de la postérité de David, l’étoile brillante du matin ». St Paul le dit lui aussi très clairement, en 2 Tm 2, 8 : « Souviens-toi de Jésus-Christ, issu de la postérité de David, ressuscité des morts, selon mon Evangile ».

Les foules au temps de Jésus reconnaissent en lui le Messie car elles savent les signes auxquels on le reconnaitra, en particulier sa capacité de soulager les affligés. Es 61, 1 : « L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi. Le seigneur, en effet, a fait de moi un messie, il m’a envoyé porter joyeux message aux humiliés, panser ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs l’évasion, aux prisonniers l’éblouissement ». Après la guérison du démoniaque aveugle et muet, la foule reconnait en Jésus le Messie. Mt 12, 23 : « Toute la foule étonnée disait : n’est-ce pas là le Fils de David ? ». David était un homme qui haïssait le péché. Il haïssait aussi ceux qui haïssaient l’Eternel. Ps 139, 21 : « Eternel, n’aurais-je pas de la haine pour ceux qui te haïssent, du dégoût pour ceux qui s’élèvent contre toi ? (22) Je les hais d’une parfaite haine ; ils sont pour moi des ennemis ». En hébreu, « haine » se dit sinah, très proche du mot anglais sin, péché. La Crainte de Dieu nous fait haïr nos péchés. La Prière de Jésus confesse nos péchés en même temps qu’elle implore la miséricorde divine.

Miseo, « haïr », est employé dans 37 versets du NT. Dans le premier emploi, la haine est contrastée avec l’amour. Mt 5, 43 : « Vous avez appris qu’il a été dit : tu aimeras ton prochain, et tu haïras (miseo) ton ennemi ». Plus les hommes aiment le Seigneur et le proclament, et plus ils sont haïs et persécutés. Mt 10, 22 : « Vous serez haïs de tous, à cause de mon nom ; mais celui qui persévèrera jusqu’à la fin sera sauvé ». Jésus Fils de David est le Messie, c’est-à-dire le Sauveur. Lc 1, 71: « Un Sauveur qui nous délivre de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent ». Les Psaumes de David sont des supplications à la miséricorde de Dieu de la part d’un roi conscient de ses fautes. Ps 79, 8 : « Dieu le tout-puissant, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire et nous serons sauvés ». Les anges déchus sont les ennemis de l’homme. Ils nous haïssent et veulent notre mort. Dieu, lui, nous aime et nous veut vivant. Jn 15 contient sept fois le verbe miseo. Jn 15, 18 : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous ». Notre haine doit être tournée vers le péché, et la Prière de Jésus est une puissante arme contre lui. La Crainte nous fait tenir le péché en horreur et ce sentiment doit être à la source de tout échange avec Dieu. Elle conduit à la véritable contrition du cœur. Harmatia, « péché », est employé dans 150 versets du NT. Le premier emploi est en Mt 1, 21 : « Elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus ; c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ». On voit l’importance du nom de Jésus pour le salut des hommes. La Prière de Jésus est une invocation à la puissance de salut contenue dans le nom de Jésus. Par cette prière, nous nous mettons en présence de notre Seigneur. Nous exprimons notre croyance qu’il existe et peut nous sauver. Jn 8, 24 : « C’est pourquoi je vous ai dit que vous mourrez dans vos péchés ; car si vous ne croyez pas que je suis, vous mourrez dans vos péchés ». Cette Prière est une proclamation de l’existence du Fils et du Père qui l’a envoyé.

La présence du Fils dans le monde nous convainc de notre péché et met en nous le désir d’en être délivré. La Crainte nous met en présence de Dieu, et nous éclaire, ce faisant, sur notre état spirituel. Jn 15, 22: « Si je n’étais pas venu et que je n’eusse point parlé, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils n’ont aucune excuse de leur péché ». Les péchés sont les pensées et les actes qui nous éloignent de la présence de Dieu. L’invocation du nom de Dieu nous en lave. Ac 10, 43 : « Tous les prophètes rendent de lui le témoignage que quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon des péchés ». La Prière de Jésus invoque le nom par lequel nous sommes sauvés. Ac 22, 16 « Et maintenant, que tardes-tu ? Lève-toi, sois baptisé, et lavé de tes péchés, en invoquant le nom du Seigneur ». La Crainte nous conduit à la vérité de notre condition de pécheurs. Elle nous fait nous voir tels que nous sommes. 1 Jn 1, 8 : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, la vérité n’est point en nous ». La haine du péché et l’amour de Dieu sont toutes deux l’œuvre de la Crainte. Agape, « amour », est employée dans 106 versets du NT. La grande preuve de l’amour, c’est de mourir pour la personne aimée, à plus forte raison lorsque cette personne ne le mérite pas. Rm 5, 8 : « Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous ». La Prière de Jésus est bien la prière des pécheurs, qui se souviennent de l’amour du Père, un père qui nous a envoyé son Fils. Sans la charité, l’homme est vide, et le salut consiste à accueillir Dieu en soi. Dieu est amour, et l’amour est le signe de la présence de Dieu en nous. 1 Co 13, 1 : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit 

L’Esprit saint est l’Esprit d’amour du Père et du Fils. La vie humaine consiste dans l’obtention et la garde de l’Esprit, afin que nous soyons pleins de Dieu et non de péché. Col 1, 8: « et qui nous a appris de quelle charité l’Esprit vous anime ». Mais cette charité n’est jamais acquise. Il faut sans cesse la réclamer à Dieu, car sans cesse nous rechutons, incapables que nous sommes par nos propres moyens de nous maintenir dans le bien. La Prière de Jésus nous fait ‘repartir’ à zéro, toujours et encore, et n’attendre notre salut que de Dieu. 1 Tm 2, 15 : « Elle sera néanmoins sauvée en devenant mère, si elle persévère avec modestie dans la foi, dans la charité, et dans la sainteté ». La Piété, par la Prière qu’elle produit, nous fait persévérer dans le bien. Elle renouvelle jour après jour notre attachement au Christ. Le signe que nous connaissons Dieu, c’est l’amour qui nous anime. 1 Jn 4, 8 : « Celui qui n’aime pas Dieu n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour ». L’œuvre de Satan est de nous éloigner de l’amour de Dieu. Il fait cela par l’orgueil qu’il met en nous, premier péché capital. La Prière de Jésus est la prière des humbles, et elle vainc Satan.

Ces prières courtes et intenses sont des appels que nous lançons à Dieu, en réponse à l’appel premier qu’il nous fait. Ils sont des appels à l’aide le plus souvent. Ceci est particulièrement vrai à l’heure du danger, devant un phénomène qui nous dépasse et menace de nous anéantir (un tremblement de terre, un tsunami, une tempête, la présence d’un animal sauvage, etc.). Le secret des Pères du désert est d’avoir toujours dans la bouche et surtout dans le cœur, le premier verset du Psaume 69: « Deus in adjutorium (‘Dieu! Au secours!’) », « O Dieu hâtez-vous de me délivrer, Seigneur de me secourir ». Elles s’échappent de nos lèvres à l’heure de l’agonie terrifiante. Prononcées un dernier souffle, elles accompagnent notre mort. Ces prières apaisent nos angoisses les plus profondes en les confiant à Dieu comme un enfant apeuré se confie à sa maman. Elles régulent notre respiration et notre rythme cardiaque, en faisant descendre la prière de la tête vers le cœur, où le Saint-Esprit lui-même ‘respire’ en nous. Dans le Jardin des Oliviers, Jésus nous montre l’essence de la Prière de Jésus. Agonia, « agonie », est utilisé dans un seul verset du NT. Lc 22, 44 : « Etant en agonie (agonia), il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des grumeaux de sang, qui tombaient à terre ». Jésus fait cette prière en présence des anges, comme nous le dit Lc 22, 43: « Alors un ange lui apparut du ciel pour le fortifier ». Le lien entre la Prière de Jésus, les anges et le ciel est le don de Crainte. La Prière de Jésus nous met en présence des anges et nous ouvre les portes du Ciel.

Elaia, « oliviers », est employé dans 15 versets du NT, dont le très succint Jn 8, 1: « Jésus se rendit à la montagne des oliviers ». C’est là que Jésus aime se retrouver seul en présence du Père pour prier. Plusieurs versets nous disent que de cette montagne, Jésus envoie deux disciples. Mt 21, 1 : « Lorsqu’ils approchèrent de Jérusalem, et qu’ils furent arrivés à Bethphage, vers la montagne des oliviers, Jésus envoya deux disciples »[1]. Comment ne pas y voir le Père envoyant de son sein le Fils et l’Esprit en mission dans le monde ? L’action de Jésus Christ en prière sur cette montagne reproduit celle du Père depuis le Ciel où il réside. Pressées, les olives produisent de l’huile, symbole du Saint Esprit. La Prière de Jésus répétée avec insistance plonge notre cœur dans une prière incessante. Jésus prie dans le jardin « plus instamment (ektenesteron) ». Ektenes, « sans cesse », « ardente », est employé dans deux versets du NT. Le premier, Ac 12, 5, évoque la prière du cœur de la tradition hésychaste : « Pierre donc était gardé dans la prison ; et l’Eglise ne cessait (ektenes) d’adresser pour lui des prières à Dieu ». La prière incessante répond aux harcèlements incessants des démons. « En effet, pour récompense de son ascèse, Antoine avait reçu le charisme du discernement des esprits ; il connaissait leurs mouvements et n’ignorait rien des façons d’agir et d’attaquer propres à chacun. Non seulement il n’était pas lui-même trompé par eux, mais il consolait par sa parole tous ceux qui étaient importunés par leurs pensées, leur enseignant comment ils pourraient déjouer les embûches du démon et leur révélant la faiblesse et les multiples ruses de nos adversaires »[2]. La Prière de Jésus chasse les mauvaises pensées qui nous assaillent soudain et autres cauchemars de la nuit. Elle est beaucoup une prière de la nuit et restaure la tranquillité nocturne que les démons cherchent à perturber[3].

Les toutes premières lignes du Récit d’un pèlerin russe résument l’attitude que le don de Crainte produit en l’homme. « Par la grâce de Dieu je suis homme et chrétien, par actions grand pécheur, par état pèlerin sans abri, de la plus basse condition, toujours errant de lieu en lieu. Pour avoir, j’ai sur le dos un sac avec du pain sec, dans ma blouse la sainte Bible et c’est tout. Le vingt-quatrième dimanche après la Trinité, j’entrai à l’église pour y prier pendant l’office ; on lisait l’Epitre de l’Apôtre aux Thessaloniciens, au passage dans lequel il est dit : Priez sans cesse. Cette parole pénétra profondément dans mon esprit et je me demandai comme il est possible de prier sans cesse alors que chacun doit s’occuper à de nombreux travaux pour subvenir à sa propre vie. Je cherchai dans la Bible et j’y lus de mes yeux exactement ce que j’avais entendu : ‘il faut prier sans cesse, prier par l’esprit en toute occasion, élever en tout lieu des mains suppliantes’ »[4]. La Crainte nous détache du monde et fait de nous des ermites, c’est-à-dire des solitaires à la recherche de Dieu. Seule dans la forêt, la juive Yentl chante à son père disparu depuis peu un émouvant Papa can you hear me ?[5]. C’est la prière de l’homme voyageur à la recherche de Dieu, qui va où l’Esprit le conduit, pour des aventures qui l’amèneront à une plus grande réalisation de la présence constante de Dieu à ses côtés.

Sainte Thérèse de Lisieux est la Protectrice des Jardins du Vatican, ‘jardin des oliviers’ de Rome où les papes aiment à se promener. Une statue de Thérèse a été installée dans ces jardins et bénie par le pape Pie XI le 17 mai 1927. Celui-ci appela Thérèse ‘l’Etoile de mon pontificat’. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus est fêtée le 1er Octobre, alliance de la Crainte et de la Piété. La ‘grande’ Thérèse est fêtée le 15 Octobre, c’est-à-dire placée sous les mêmes dons. Les deux Thérèse sont des maitresses d’oraison. Voici comment Thérèse d’Avila définit l’oraison, au chapitre 8 de son autobiographie : « Je mets mon espérance en la miséricorde de Dieu, puisque nul ne l’a pris pour ami sans qu’il l’ait récompensé ; l’oraison mentale n’est rien d’autre, à mon avis, qu’une relation d’amitié ou l’on s’entretient souvent, seul à seul, avec Celui dont nous savons qu’il nous aimé »[6]. Ce texte important nous introduit dans la méditation sur l’amitié, et de son rapport avec la Crainte. En Jn 15,15, Jésus nous appelle ses amis : « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis, car tout ce que j’ai appris de père, je vous l’ai fait connaitre ». Comme nous le rappelle Marie-Joseph Huguenin, l’amitié divine est fondée sur la miséricorde : « L’amitié avec Dieu se fonde sur la miséricorde divine. En effet, comment concevoir une amitié entre deux êtres si différents ? Comment une pauvre petite créature pourrait-elle prétendre à l’égalite avec Dieu, ce que présuppose toute amitié ? Lorsque Thérèse parle de miséricorde divine, elle se réfère à son expérience. Thérèse était une personne très humble et bien convaincue de son indignité devant Dieu. La pratique de l’oraison lui a fait découvrir un Dieu qui s’est penché inlassablement vers elle pour la relever et l’élever jusqu’à lui »[7].

Les thèmes de l’enfance et de l’amitié sont étroitement liés. C’est comme des enfants que nous devenons amis de Jésus-Christ, l’Enfant de Dieu. Nous le rencontrons en recevant l’Esprit de Crainte, qui est l’Esprit d’enfance, et par lequel nous nous attachons à Dieu avec confiance et simplicité, la simplicité même de la prière de Jésus. Philos, « amis », est employé dans 27 versets du NT. On le trouve dans le mot « philocalie », la tradition des amis de la beauté (kalos), autre nom de Dieu. Les amis désignent les chrétiens, et le ciel est le cercle des ‘amis de Dieu’. 2 Jn 1, 14 : « J’espère te voir bientôt, et nous parlerons de bouche à bouche. Que la paix soit avec toi ! Les amis te saluent. Salue les amis, chacun en particulier ». Jn 3, 29 associe la joie (Piété) à la présence de l’ami (Crainte) : « Celui à qui appartient l’épouse, c’est l’époux ; mais l’ami de l’époux, qui se tient là et qui l’entend, éprouve une grande joie à cause de la voix de l’époux : aussi cette joie, qui est la mienne, est parfaite ». La Crainte n’est pas la consommation finale de la relation avec Dieu, ces Noces avec l’agneau que parfait la Sagesse. Elle est le point de départ de notre cheminement vers Dieu et elle fait de nous des amis de Jésus-Christ, cheminant ensemble vers dieu, de même que nous sommes enfants adoptifs du Père avec Jésus Fils de Dieu. L’enfant vit dans la certitude que ses parents l’aiment et feront tout pour lui. L’esprit de l’enfance est l’esprit de la foi. La Crainte nous fait entrer dans l’amour de Dieu, « inconditionnel, infini, profondément humain et divin en Jésus-Christ. Un amour miséricordieux qui se penche sur nos blessures, nous relève, nous guérit, nous communique la vie divine et nous unit à Dieu. Quels que soient mon imperfection et mon péché, Dieu est toujours présent et rempli d’amour, accessible dans l’oraison »[8]. Le don de Crainte est cet « Esprit d’adoption, par lequel nous crions Abba ! Père ! » (Rm 8, 15, triple Crainte). Jésus Fils du Père médiatise notre relation au Père, et la Prière de Jésus devient notre prière au Père, par le saint nom de Jésus-Christ, notre Seigneur. Abba, « Papa », est employé dans deux autres versets, dont la fameuse prière de Jésus au Jardin des Oliviers en Mc 14, 36 : « Il disait : Abba, Père, toutes choses te sont possibles, éloigne de moi cette coupe ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ». Cette prière est une supplication à l’heure du danger, dans laquelle Jésus remet déjà son esprit entre les mains du Père. L’oraison est offrande et abandon à Dieu.

Alexandre Piny (1640-1709), un dominicain du XVIIe siècle, nous a laissé un traité sur l’oraison intitulé L’Oraison du cœur. Il est mort à l’Annonciade du Faubourg St Honoré. « L’oraison du cœur, appelée aussi oraison de la volonté, consiste en une amoureuse union de notre volonté à la volonté de dieu durant tout le temps que dure notre oraison. Ainsi l’oraison du cœur est-elle parfaite aussi longtemps que l’âme demeure amoureusement unie à Dieu et à sa volonté. Tant que l’âme désire être là, pour aimer, adorer et prier Dieu ; tant qu’elle est abandonnée à Dieu pour tout ce qu’il voudra faire d’elle ; tant qu’elle consentira aux dispositions intérieures où il lui plaira de la tenir – elle sera dans cette union affective et amoureuse que l’on appelle oraison du cœu »[9]. La prière de Jésus est le moyen, l’oraison est la fin. Alexandre Piny cite saint Thomas d’Aquin sur la nature de l’amour : aimer, c’est vouloir le bien de celui qu’on aime. L’amour est de l’ordre de la volonté et non du sentiment[10]. Il suffit de vouloir aimer pour déjà aimer. Par la Crainte, Dieu élève notre volonté vers sa volonté. Il nous fait entrer dans la prière du Père, le Notre-Père.

La prière de Jésus est un outil au service de la consécration de notre esprit et de notre cœur à Dieu. Elle est indispensable à l’heure du danger. Chaque instant est ‘dangereux’, car l’ennemi rode sans cesse et nous devons lui opposer une action tout aussi incessante. « Seigneur Jésus-Christ, prends pitié de moi ! ».

Thelema, « volonté », est employé dans 59 versets du NT. Le ciel est la famille de Dieu et la condition pour entrer dans la maison de Dieu est de faire sa volonté. Mt 12, 50 : « Car, quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère ». Le royaume des cieux est un thème omniprésent chez Matthieu, le premier évangile. En Mt 7, 21 nous rappelle cette même vérité : « Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! N’entrerons pas tous dans le royaume des cieux ; mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux ». L’essence l’oraison du cœur est contenu dans le verset Lc 22, 42 déjà cité : « disant : Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe ! Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne ». On retrouve la figure de David, le roi (chapitre 13) qui fait le bon plaisir de Dieu, au verset Ac 13, 22 : « Puis, l’ayant rejeté, il leur suscite pour roi David, auquel il a rendu ce témoignage : j’ai trouvé David, fils de Jessé, homme selon mon cœur, qui accomplira toutes mes volontés ». Le cœur est le lieu de la volonté. L’œuvre (ergon) de Dieu, c’est que nous l’aimions. L’oraison du cœur est le travail par lequel nous aimons Dieu. Elle est active, et non passive, car c’est activement que nous donnons notre cœur au Seigneur. Cet amour témoigne de notre foi en Jésus-Christ, le Fils de Père. Jn 6, 29 : « Jésus leur répondit : l’oeuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé ». Nous parlons du travail (ergon) dans le paragraphe consacré aux métiers, œuvre de la Crainte dans la Culture. Notre entrée au Ciel sera notre récompense promise pour ce travail. He 10, 36 : « Car vous avez besoin de persévérance, afin qu’après avoir accompli la volonté de Dieu, vous obteniez ce qui vous est promis ».

Kardia, « cœur », est employé dans 151 versets du NT. Son lien le plus évident est avec la Piété, mais cette Piété s’ancre dans la Crainte et nous allons montrer le lien entre kardia et ce don. Le premier emploi de kardia relie l’oraison au ciel, en Mt 5, 8 : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ! ». Le cœur entièrement offert à Dieu est purifié de ses péchés et obtient d’entrer dans la présence de Dieu. Par l’oraison du cœur, nous laissons Dieu nous harponner et nous tirer à lui. Mt 15, 8 : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est éloigné de moi ». Dieu nous touche droit au cœur. Il a les moyens de faire de nos cœurs une bonne terre pour sa parole. La foi est une grâce, un don gratuit de Dieu. Lc 8, 15: « Ce qui est tombé dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant entendu la parole avec un cœur honnête et bon, la retiennent, et portent du fruit avec persévérance ». L’oraison du cœur est la vie normale de la foi en nous et en possède la vertu apaisante. La Crainte nous ancre en Dieu et nous libère de la peur de la mort. Elle nous délivre de nos angoisses. Jn 14, 1 : « Que votre cœur ne se trouble point. Croyez en Dieu, et croyez en moi ».

L’oraison du cœur nous fait vivre de la paix de Dieu. Tout ce que le Père fait, il le fait en paix. Il a la puissance de toute faire concourir au bien. Rm 8, 28 : « Nous savons d’autre part que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu, qui sont appelés selon son dessein ». L’oraison nous donne ce regard de confiance dans toutes les circonstances de notre vie, même les plus douloureuses. La pratique de l’oraison du cœur décrit parfaitement l’effet de la Crainte en nous. « Après avoir fait un acte de foi en la présence de son infinie majesté, il suffit de s’établir en cette union de cœur et de volonté et de professer ne vouloir être là que pour y aimer Dieu. En notre nom certes, mais aussi l’aimer, le supplier par charité au nom de tous ceux qui ne l’aiment pas, et que, nous, nous devons aimer. Tout le temps de notre oraison, nous demeurons abandonnés, disposés à obéir à tout ce qu’il ordonnera, à recevoir toutes les croix qu’il lui plaira de nous donner à porter, pour l’aimer vraiment, et du plus pur amour »[14].

L’oraison du cœur est la science ou expérience de la croix sur laquelle notre volonté propre est crucifiée. Elle conduit à un amour « sincère et pur dans les afflictions »[11]. L’homme s’y présente à Dieu en victime consentante. Dans la troisième manière de pratiquer l’oraison, « l’âme ne considère que la croix et la vie souffrante, non comme choses déplorables et pénibles pour s’en rebuter, mais comme le divin moyen d’aimer son Dieu, de demeurer unie à lui et à sa volonté aux dépens de la sienne, de cette union même qui constitue l’objet de l’oraison du cœur, laquelle sera d’autant plus amoureuse, d’autant plus intime et sincère que l’âme voudra la volonté de Dieu en cela même où elle ne la voudrait pas »[12]. Jésus-Christ sur la croix est en oraison. Son corps est attaché au bois de la croix, mais son cœur, rose mystique, est libre de s’unir au Père. Pendant les trois heures où Jésus est sur la Croix, les ténèbres sont abattues sur le monde. Saint Jean de la Croix nous a révélé la « science de la Croix »[13] et de la nuit purificatrice que le chrétien doit traverser pour vivre de l’amour à l’état pur que la Crainte met en nous. Cet amour sera celui du ciel, et la Prière de Jésus nous y prépare.

Sur la Croix, Jésus-Christ à l’agonie prononce sept paroles courtes qui forment son testament spirituel. Elles sont autant d’attitudes chrétiennes face à la souffrance, des chemins par lesquels notre souffrance devient un chemin d’union avec Dieu. La première parole est une prière d’intercession pour tous les hommes. « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34). Depuis la chute, les enfants de Dieu naissent ignorants du Ciel et de ses lois. Ne pas imputer la culpabilité à ses bourreaux a un effet libérateur et nous permet d’offrir notre souffrance au Seigneur, au lieu de la laisser alimenter un ressentiment naturel. Derrière nos bourreaux de la terre, il faut voir Satan et le prendre en horreur. Il ne faut pas se tromper d’ennemi. La deuxième parole annonce au bon larron qu’il entrera au Ciel le jour même. « En vérité, je te le dis, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » (Lc 23, 43). Cette deuxième parole est une parole d’espoir, la deuxième vertu théologale. Elle nous fait tenir dans l’épreuve, car Dieu nous a promis une récompense éternelle. La troisième parole nous confie Marie et nous confie à Marie. « Voyant ainsi sa mère et près d’elle le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère : Femme, voici ton fils » (Jn 19, 26). « Il dit ensuite au disciple : ‘Voici ta mère. Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui » (Jn 19, 27). Marie est notre plus grande source de consolation. La quatrième parole du Christ exprime l’angoisse de ne pas comprendre le chemin par lequel Dieu nous conduit. « Et à trois heures, Jésus cria d’une voix forte : ‘Eloi, Eloi, lama satanai ?’ ce qui signifie : ‘Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?’ » (Mc 15, 34). La souffrance est plus lourde à porter lorsqu’elle est n’a pas de sens. Pourquoi le chemin vers Dieu doit-il passer vers l’obscurité et l’abandon ? Pourquoi se retire-t-il avant de se donner à jamais ? On apprécie plus ce dont on manque. Le manque de l’autre le fait aimer de façon renouvelée. Il nous révèle que nous ne sommes pas notre propre finalité, sinon personne ne nous manquerait jamais. Nous ne sommes pas auto-suffisants nous dit la Crainte. Dieu se retire pour se faire aimer pour lui-même, dans l’angoisse de l’avoir ‘perdu’. En réalité, il est plus présent que jamais. L’amour véritable crée une bonne dépendance, car nous sommes faits pour aimer. Il ne faut pas s’étonner de ne jamais parvenir à se remettre complètement de la disparition d’un être cher

Dans sa cinquième parole, Jésus a soif. « Après quoi, sachant que des lors tout était achevé, pour que l’Ecriture soit accomplie jusqu’au bout, Jésus dit : J’ai soif ! » (Jn 19, 28). La soif est l’expérience douloureuse d’un besoin vital. Au cœur de l’épreuve, nous faisons l’expérience de l’absence de Dieu qui donne la vie. Par ce « j’ai soif », nous implorons le don du Saint-Esprit, condition de la victoire de la vie sur la mort. La sixième parole suit immédiatement la prise de vinaigre par Jésus. « Tout est achevé » (Jn 19, 30). La croix achève l’œuvre des ‘six jours’ de notre sanctification. Elle est un passage obligé. Cette parole est une source de réconfort, car elle nous rappelle que la douleur a toujours une fin pour l’homme de bien. La septième parole du Christ exprime l’abandon parfait de soi à Dieu, achèvement de la Passion et de la vie humaine en général. « Jésus poussa un grand cri ; il dit : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » (Lc 23, 46). On peut deceler les sept dons en filigrane dans ces sept paroles, mais chacun est libre d’y voir une autre correspondance qui lui parle plus.

NOTES

[1] Repris en Mc 11, 1 et Lc 19, 29.

[2] Saint ATHANASE, Vie de saint Antoine le grand, cité dans Okacide Deseille La spiritualité orthodoxe et la philocalie. Albin Michel, 1997.

[3] “About fifteen years ago, I started to use the Jesus Prayer during these mid-night hours: ‘Lord Jesus Christ, Son of God, have mercy on me’. This very simple prayer was developed in the deserts of Egypt and Palestine during the early centuries of Christian faith, and has been practiced in the Eastern Orthodox Church ever since. It is a prayer inspired by St Paul’s exhortation to ‘pray constantly’ (1 Th 5, 17), and its purpose is to tune one’s inner attention to the presence of the Lord”. Extrait de Frederic MATHEWES-GREEM. The Jesus Prayer. Darton, Longman and Todd Ltd, 2009.

[4] Récit d’un pèlerin russe. Premier récit.

[5] Film musical Yentl de 1983 réalise et co-écrit et coproduit par Barbara Streisand.

[6] Cité dans Marie-Joseph HUGUENIN. L’Oraison selon Thérèse d’Avila et Jean de la Croix. Editions des Béatitudes, 2010.

[7] Op.cit. Page 35.

[8] Op. cit. p. 39.

[9] Op. cit.

[10] Scott PECK. Le chemin le moins fréquenté. Robert Laffont, 2008.

[11] Op. cit.

[12] Op. cit.

[13] Edith STEIN. La Science de la Croix. Ed. Nauwelaerts, 1998.

[14] Alexandre PINY. L’oraison du cœur. I, 10. Page 23. Cerf, 2013

Légende photo : Bracelet de prière à 33 nœuds. https://www.etsy.com/uk/listing/216983002/st-jude-chotki-prayer-rope-emerald-green