10.Pisteuo « Croire » « Confier ».

« Mais, selon que Dieu nous a jugés dignes de nous confier l’Evangile » (1 Th 2, 4).

Pisteuo, « croire », « foi », « confier », est employé dans 220 versets du NT. La foi (pistis) est la confiance que nous mettons en Dieu, en réponse à la confiance qu’il met en nous lorsqu’il nous ‘confie’ son Esprit. La Piété ouvre notre cœur à la venue de l’Esprit. Le donné de la foi, c’est-à-dire la Foi avec une majuscule, devient croyance quand il est reçu avec amour et révérence dans le creuset de notre cœur, c’est-à-dire notre être le plus intime. Il vient y former toute notre vie intérieure (Piété), qui s’extériorise dès que nous la faisons partager à d’autres (Intelligence). En Mc 9, 24, la foi est proclamée de la façon la plus simple et forte possible : « Aussitôt, le père de l’enfant s’écria : je crois ! Viens au secours de mon incrédulité ! ». Comme il faut prier pour obtenir la foi, la nôtre et celle des autres ! Obtenir la foi est la même chose qu’obtenir le Saint-Esprit, car c’est lui seul qui peut nous faire aimer la parole de Dieu et vouloir la garder précieusement en notre cœur, comme Marie notre modèle de Piété le faisait sans cesse. Demander la foi, c’est demander l’Esprit. Le Veni Creator Spiritus est la grande prière d’invocation du Saint-Esprit, c’est-à-dire de la conversion des hommes[1]. Nous devons cet hymne à Saint Raban Maur, moine bénédictin franc du IXe siècle.

[1] Rainero CANTALAMESSA. Viens Esprit Créateur : Méditations sur le Veni Creator. Editions des Béatitudes, 2013.

Croire en Dieu consiste à établir une relation de confiance avec lui. Cette confiance ne doit pas être aveugle. Elle doit reposer sur une expérience de la personne en qui nous nous confions, comme le sous-entend le verset Jn 2, 24 : « Mais Jésus ne se fiait (pistheuo) point à eux, parce qu’il les connaissait tous ». De la même façon, c’est parce que la Connaissance nous fait recevoir comme une expérience véritable les faits et gestes de Jésus-Christ et de ses imitateurs à sa suite, que nous pouvons nous fier à lui. La Connaissance fonde la Piété comme la Piété fonde l’Intelligence. De la même façon, nos bonnes œuvres, connues de Dieu, nous obtiennent un surcroit de confiance de sa part, et Dieu peut alors nous confier une foi plus grande, qui nous fera faire des œuvres elles aussi plus grandes. Certes, la grâce de Dieu n’est pas conditionnée par nos mérites, et Dieu donne à qui il veut quand il veut, mais il n’en reste pas moins que Dieu donne plus à celui à qui il a déjà donné, si celui-ci a fait fructifier ce don par ses œuvres, comme les paraboles des ouvriers dans le champ du maitre nous l’apprennent. Les œuvres que produit la foi-croyance sont semblables au grand fleuve qui coule du trône de l’agneau et irrigue la terre entière, tout comme l’Intelligence « découle » de la Piété. Jésus nous décrit ainsi cette réalité profonde en Jn 7, 38 : « Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Ecriture ». C’est le grand fleuve que nous retrouvons en Ap 22, 1 : « Et il me montra un fleuve d’eau de la vie, limpide comme du cristal, qui sortait du trône de Dieu et de l’agneau ».