10. Paradidomi « livrer », « donner ».
Le Nouveau Testament (NT)

« Il parlait de Judas Iscariote, fils de Simon ; car c’était lui qui devait le livrer, lui, l’un des douze » (Jn 6, 71).

Paradidomi est employé dans 117 versets du NT. Il est composé de para, « par, part, devant, chez, de », et de didomi, « donner ». L’expérience naturelle qui correspond à la Piété est l’échange, c’est-à-dire le don réciproque. Dieu le premier nous donne, et, par la Piété, nous lui donnons en retour. C’est le divin commerce, qui se produit par (para) le Paraclet, lui-même don du Père et du Fils aux hommes. La tradition, paradosis, est le don que Dieu nous fait, par le Saint-Esprit. Livrer quelqu’un, c’est le donner. Mt 10, 17: « Mettez-vous en garde contre les hommes ; car ils vous livreront aux tribunaux, et vous battront de verges dans leurs synagogues ». Jésus annonce aux disciples qu’il sera livré en Mt 17, 22 : « Pendant qu’ils parcouraient la Galilée, Jésus leur dit : Le Fils de l’homme doit être livré entre les mains des hommes ». Ici, cette livraison est une trahison, car Jésus est livré par ceux qui le connaissent (Connaissance) et l’ont aimé (Piété). Mt 24, 10: « Alors aussi plusieurs succomberont, et ils se trahiront, se haïront les uns les autres ». C’est Satan qui a mis dans le cœur (Piété) de Judas l’Iscariote le désir de trahir Jésus. La trahison est le résultat une conversion de l’amour en haine, l’inverse de ce que la Piété accomplit dans notre cœur. Judas trahit Jésus pour trente pièces d’argent, puis revient à lui et s’en repent (Mt 27, 3). Il va ensuite se confesser auprès des Juifs (Mt 27, 4). La maladie du cœur est l’envie, le troisième péché capital. Les Juifs ont livré Jésus par envie (Mt 27, 18). Il nous est dit en Mc 10, 33 que Jésus sera livré « aux principaux sacrificateurs et aux scribes », qui eux-mêmes le livreront aux païens.

L’écriture est un thème lié à la Piété. Le même mot désigne le livre que produisent les scribes, et l’acte de « livrer Jésus aux scribes », c’est-à-dire de mettre par écrit sa parole afin qu’elle soit communiquée à tous, les ‘païens’. Le livre qui « livre » Jésus aux hommes est le Nouveau Testament, œuvre de la Piété dans la Foi. Il est la pierre d’angle de la Tradition, œuvre de l’Esprit qui nous livre Jésus-Christ, afin que celui-ci nous conduise au Père. Plusieurs réalités de la Tradition nous donnent le Christ, dont l’hostie consacrée. Le NT est la « chair » que prend la parole de Dieu. En réalité, chaque chrétien est lui-même porteur du Christ et nous le livre par ses paroles et le témoignage de ses œuvres. Nous avons dit que les apocryphes étaient des textes « ouverts », c’est-à-dire dont la liste n’était pas close. En revanche, graduellement, l’Esprit-Saint a inspiré les ouvriers en charge du NT de lui donner des contours bien définis, c’est-à-dire de clore la liste ou canon des vingt-sept textes du NT. Kleio, « fermer », est employé dans 15 versets du NT. Le premier emploi est en Mt 6, 6 et nous exhorte à l’intériorité : « Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme (kleio) ta porte, et prie ton Père qui est le dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra ». Si l’on peut dire que le Christ est la clé des Ecritures, c’est parce qu’elles sont un espace secret et sacré dans lequel seuls les fiancées du Christ sont invités à pénétrer. Mt 25, 10 : « Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée (kleio) ». Ces vierges sont les âmes qui ont préparé leur lampe en prenant l’huile de l’Esprit Saint avec elles.

On ne peut pas rencontrer le Christ dans l’Ecriture, ni ailleurs, sans l’aide de l’Esprit-Saint, le lien d’amour entre l’homme et Dieu. Il est le pont indispensable entre le ciel et la terre, la clé qui nous ouvre les portes du ciel. Cette clé est contenue dans un petit livre que l’on peut avoir toujours sur soi, comme ses clés, et que nous sommes invités à utiliser chaque jour pour entrer dans la chambre de l’époux qui nous y attend, et approfondir notre relation avec lui. Le caractère concis du NT est le fruit d’une sélection opérée sous l’inspiration du don de Piété dans tous les faits et gestes de Jésus et des apôtres. Il est un abrégé de l’histoire de l’Eglise naissante et contient un résumé de l’Alliance Nouvelle ainsi que de toute la nouvelle loi inscrite dans nos cœurs. Biblion, « petit livre, lettre », est employé dans 28 versets du NT. Ap 10, 10: « Je pris le petit livre de la main de l’ange, et je l’avalai ; il fut dans ma bouche doux comme du miel, mais quand je l’eus avalé, mes entrailles (koilia) furent remplies d’amertume ». La vie chrétienne est douce au début et de plus en plus amère, car nous partageons les souffrances du Christ au fur et à mesure que la Parole de Dieu fait son travail en nous. Ce travail est celui de notre conformation toujours plus grande à la volonté de Dieu. L’Intelligence est le don central où sont faits nos choix de vie, lorsque nous nous trouvons à la croisée des chemins. Par cette conformation, nous devenons des serviteurs du Christ, et déclenchons alors les foudres de la persécution. Satan n’a rien à craindre des tièdes, de ceux qui n’ont que la « foi des démons », celle qui n’aime (Piété) pas, ne sert (Intelligence) pas, et donc ne souffre (Force, Conseil et Sagesse) pas. Les pharisiens de tous les temps, comme leur successeurs les « bourgeois » de l’Eglise, qui croient tout savoir et ont l’esprit fermé à la nouveauté, ne sont pas une menace pour lui. Ils savent, mais n’agissent pas. Ils sont donc spirituellement inoffensifs contre Satan et ses légions. Ils parlent mais n’aiment pas, gardant la Parole de Dieu dans la bouche, mais la recrachent sans l’avaler ni la ruminer.

Le NT est un organisme vivant et l’on parle de « corpus » biblique. Pour Origène, l’Ecriture est remplie du Verbe qui a voulu se manifester en elle et à travers elle. Elle est le corps parfait de la Parole offert à notre désir de connaissance et de vie spirituelle. La Bible a été crucifiée par la critique littéraire de la Renaissance qui a cherché à la disséquer, la dépecer, la profaner. Le NT est le Verbe de Dieu mis par écrit (verbum dei scriptum). Grapho, « écriture, écrire », est employé dans 183 versets du NT. Lc 1, 3 : « Il m’a semblé bon, après avoir fait des recherches exactes sur toutes ces choses depuis leur origine, de te les exploser par écrit d’une manière suivie, excellent Théophile ». Jn 20, 31 : « Mais ces choses ont été écrites (grapho) afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom ». La Bible contient les paroles de la vie éternelle. Jn 21, 24 : « C’est ce disciple qui rend témoignage de ces choses, et qui les a écrites (grapho). Et nous savons que son témoignage est vrai ». Rm 3, 10: « Selon qu’il est écrit : il n’y a point de juste, pas même un seul ». 2 Th 3, 17 : « Je vous salue, moi Paul, de ma propre main. C’est là ma signature dans toutes mes lettres ; c’est ainsi que j’écris (grapho) ». Ap 1, 3 : « Heureux celui qui lit et ceux qui entendent les paroles de la prophétie, et qui gardent les choses qui y sont écrites (grapho) ! Car le temps est proche ». Les pieux musulmans sont les maitres de la calligraphie. Les moines, hommes de prière, ont été les gardiens du NT, qu’ils ont copié avec amour pendant des siècles.

Le thème des scribes, grammateus, est lié à la Piété, comme on le voit dans le verset Mt 17, 10 : « Les disciples lui firent cette question : Pourquoi donc les scribes disent-ils qu’Elie doit venir premièrement ? ». Notons qu’Elie, le père des moines, est également un personnage lié à la Piété. Il est à l’origine de l’Ordre contemplatif du Carmel, correspondant dans l’univers des Instituts religieux à la Piété, les Dominicains étant, nous pensons, inspirés par l’Intelligence et les Franciscains par la Force. La dévotion au Sacré-Cœur a été relancée au XVIIe siècle en France dans le village bourguignon de Paray-le-Monial par les visions de la mystique sainte Marguerite-Marie Alacoque. Notre cœur est la « coque » dans laquelle la semence de la Foi vient poursuivre sa croissance dans le monde. La Piété fait de nous tous des poules couveuses. Jn 7, 38 : « Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein (koilia), comme dit l’Ecriture ». Cette vision fut montrée à sainte Faustine et peinte dans le tableau de la Divine Miséricorde vénéré depuis 2005 au Sanctuaire de la Miséricorde Divine à Vilnius en Lituanie[1]. Il porte l’inscription : « Jésus, j’ai confiance en Toi ». La confiance est l’œuvre de la Piété en nous, cette connaissance devenue croyance et sur laquelle on peut s’appuyer, car nous croyons à la promesse que Dieu nous a faite. La croyance est l’œuvre sanctificatrice de l’Esprit-Saint. Elle est une œuvre graduelle des sept dons, où chacun entretient une facette particulière de la relation entre les hommes et Dieu. En particulier, la Piété apporte chaleur et ferveur à la foi que la Crainte et la Connaissance ont fait naitre et prendre forme dans l’esprit de l’homme. Sans le travail de la Piété qui fertilise notre cœur afin d’en faire une « bonne terre », la semence de la foi ne prend pas et s’assèche. La Piété fait vivre la foi en nous par la prière. La croyance a donc un lien privilégié avec la Piété, même si ce n’est pas le don qui l’a fait naitre. C’est à cette troisième étape de notre vie de chrétiens que tout se joue. Sans Piété, notre foi reste lettre morte, et ne produit aucune des œuvres que Dieu attend de nous, ses serviteurs inutiles. Au contraire, nous devenons des pierres d’achoppement, car qui n’est pas avec Jésus est contre lui. Il n’y a pas de neutralité possible dans la vie chrétienne.

Le mot grec kainos signifie « neuf, nouveau, chose nouvelle ». Il est employé dans 36 versets du NT. Les deux missions du Fils et de l’Esprit apportent chacune une nouveauté dans la Création, quelque chose qui ne s’y trouvait pas auparavant. L’incarnation est la mission du Fils et prend chair dans Jésus-Christ. Elle se produit par la mission ou envoi de l’Esprit-Saint. Les trois personnes de la Trinité sont inséparables dans leurs oeuvres. C’est parce que Dieu nous fait le don de lui-même, en plus du premier don qu’est la création, qu’il y a un « nouveau » Testament. Le contenu principal du NT est la venue dans le monde du Dieu Trinitaire, ce qui constitue la « bonne nouvelle ». Les livres de l’Ancien Testament préparaient et annonçaient cet évènement inouï. La Piété est le don qui préside aux échanges entre Dieu et sa création. C’est parce que le don de lui-même que Dieu nous fait a été accueilli par l’homme, dans sa chair, en imitation du « fiat » de Marie, que le NT a pu être écrit, dans une profonde action de grâce collective qui se déroule depuis le début ce grand événement marial, commencement de la nouvelle création. Marie est, si l’on ose dire, l’outre neuve dont parle le premier verset contenant kainos. Mt 9, 17 : « On ne met pas non plus du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement les outres se rompent, le vin se répand et les outres sont perdues ; mais on met le vin nouveau dans des outres neuves (kainos), et le vin et les outres se conservent ». Le Christ, et tous les chrétiens à sa suite, est une nouvelle créature, dont parle Paul en 2 Co 5, 17 : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle (kainos) créature. Les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles (kainos) ».

Notre chair, de corrompue et fermée à Dieu qu’elle était, devient bonne et ouverte à sa présence. Le troisième don fait de nous une terre nouvelle. Ep 4, 24 : « Et à revêtir l’homme nouveau (kainos), créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité ». Les religieux reçoivent un nom nouveau, écrit sur une petite pierre, et deviennent des pierres dans l’édifice de la maison de Dieu. Ap 2, 17 : « Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Eglises : à celui qui vaincra, je donnerai la manne cachée, et je lui donnerai un caillou blanc ; et sur ce caillou est écrit un nom nouveau (kainos), que personne ne connait, si ce n’est celui qui le reçoit ». Le père jésuite Xavier Léon-Dufour a évoqué le rôle accélérateur de Judas, celui qui livre Jésus, dans la mission du Christ. « En toute certitude, nous pensons qu’en livrant Jésus à ses ennemis, Judas, loin de vouloir sa condamnation, espérait son triomphe. Pourquoi ne pas mettre à profit l’enthousiasme des foules lors de l’entrée à Jérusalem ? Comme les autres disciples, il a pu penser que le Royaume allait s’établir par un évènement foudroyant. Avec une logique radicale, alors que Jésus lui parait tergiverser en s’abstenant de toute intervention spectaculaire, il passe à l’acte, pour hâter les temps. Livrant son Maitre aux autorités du Temple, ne l’introduirait-il pas dans la forteresse de ses adversaires, comme jadis Samson obtint de Dieu que, par sa force herculéenne, il fasse s’écrouler le temple sur ses ennemis, les Philistins (Jg 16, 30) ? Il provoquerait ainsi la confrontation décisive ; Dieu procèderait à un coup d’éclat pour libérer son Messie et l’imposer à tous. Dans sa foi absolue, celle d’un bon juif, en la toute-puissance de Dieu, Judas veut déclencher la manifestation irrésistible du Roi ; il méconnait ainsi la pensée de Jésus qui refuse toute violence »[2]. Judas a été bien intentionné, mais mal conseillé. « Il ignorait les voies de patience et de miséricorde de Dieu. Il a commis une grave erreur de jugement, prisonnier qu’il était de sa conviction de bien agir pour la gloire de Dieu. Or cela était pardonnable, comme le reniement de Pierre a été pardonné »[3]. Judas s’est pendu, car il ignorait la bonté de Dieu qui pardonne, sa miséricorde.

Judas ne peut-il pas être considéré comme préfigurant les prêtres de la nouvelle alliance ? Ceux-ci font entrer Jésus dans le temple de notre chair où un nouveau temple est reconstruit en trois jours. Lors de l’Eucharistie, les prêtres n’embrassent-ils pas eux aussi l’hostie consacrée? Lc 22, 47 : « Comme il parlait encore, voici une foule arriva ; et celui qui s’appelait Judas, l’un des douze, marchait devant elle. Il s’approcha de Jésus, pour le baiser ». Jésus lui dit alors, en Lc 22, 48 : « Et Jésus lui dit : ‘Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme !’. Il est celui qui a été le guide de ceux qui ont saisi Jésus » (Ac 1, 16). Il a conduit les pécheurs au Christ. Certes, Judas a été poussé par Satan à le faire (Lc 22, 3), mais toutes les œuvres de Satan se retournent désormais contre lui et le bien réel sort du mal apparent, par la grande miséricorde de Dieu. On retrouve kainos en Ep 4, 24 : « Et à revêtir l’homme nouveau (kainos), créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité ». Le motif de la mort et de la résurrection est au cœur de tout le NT. Chaque eucharistie, le troisième sacrement, est une petite Pâques dans laquelle le prêtre accompagne notre vieil homme à mourir avec Jésus sur la Croix afin d’être ressuscité en nouvel homme au troisième jour. Elle accélère le processus de notre sanctification, précipite nos transformations spirituelles et approfondit notre repentir à la suite de Judas le repenti. Mt 27, 3 : « Alors Judas (Ioudas), qui l’avait livré, voyant qu’il était condamné, se repentit, et rapporta les trente pièces d’argent aux principaux sacrificateurs et aux anciens ». Le suicide de Judas est une preuve non de son incroyance mais de son amour pour le Christ rendu insupportable par le poids de la culpabilité. Il a touché le fond du désespoir contre lequel l’homme seul ne peut rien. Le désespéré goûte toute l’amertume du péché. Le suicidé prend sa vie car il ne connait pas la miséricorde de Dieu qui libère du péché et cherche à se libérer lui-même de la prison de la culpabilité qui l’enferme. Les Psaumes sont des chants de désespérés qui mettent tout leur espoir dans le Christ, dans un dernier sursaut. N’est-ce pas là le cœur de la Nouvelle Alliance ? Jésus seul est sauveur et par lui toutes choses sont renouvelées. Il fait la nouvelle terre et les nouveaux cieux. Le NT est le récit de ce travail de préparation que Jésus est venu faire dans la Création : il est venu nous préparer une nouvelle demeure, le paradis.

Hetoimazo, « préparer », est employé dans 40 versets du NT. Le premier est Mt 3, 3 : « Jean est celui qui avait été annoncé par Esaïe, le prophète, lorsqu’il dit : C’est ici la voix de celui qui crie dans le désert : préparez (hetoimazo) le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers ». La figure de Jean-Baptiste fait la charnière entre le l’AT et le NT. Elle est présente dans tout le NT, épanouissement du message contenu en germe dans les paroles du « plus grand des prophètes » d’Israël. Tout le NT décrit le travail de préparation effectué par la Trinité, ainsi que la façon dont nous pouvons coopérer à ce travail. En Lc 1, 17, toute l’histoire chrétienne est résumée, utilisant ce mot central d’hetoimazo : « Il marchera devant Dieu avec l’esprit et la puissance d’Elie, pour ramener les cœurs des pères vers les enfants, et les rebelles à la sagesse des justes, afin de préparer au Seigneur un peuple bien disposé (hetoimazo) », c’est-à-dire bien préparé. La direction spirituelle, œuvre de la Piété dans la Force, est l’ensemble des examens de conscience et des conversations par lesquels les hommes font les préparatifs pour leur rencontre avec le Seigneur. Les chrétiens sont les fiancés du Christ dont parle le Cantique des Cantiques, livre de l’AT lié à la Piété, car troisième de sa série selon la TOB. La préparation amoureuse aux noces célestes est également l’essence de la vie des moines, dont Elie est la figure. La Prière du Temps présent des moines est aussi préparation à cette rencontre. La fiancée joue à se faire belle, mais ce jeu est on ne peut plus sérieux. Il est léger car fait dans la joie et l’espérance.

Hetoimazo est le plus employé dans le troisième Evangile (14 des 40 versets). La formule de Lc 2, 31 résume toute l’entreprise chrétienne que nous relate le NT : « Salut que tu as préparé devant tous les peuples ». Lc 24, 1 nous décrit la Parousie. Les femmes – images de toutes les créatures rachetées par le sacrifice de la croix – arrivent « le premier jour de la semaine » – c’est-à-dire après les catastrophes des derniers temps – « au sépulcre », c’est-à-dire au lieu où se trouve le Christ ressuscité, centre de la nouvelle création, « portant les aromates qu’elles avaient préparés », c’est-à-dire la bonne odeur de leur sainteté qui seule leur permet d’approcher du ciel. Jn 14, 3, est encore plus clair : « Et, lorsque je m’en serai allé, et que je vous aurai préparé (hetoimazo) une place, je reviendrai, et je vous prendrai avec moi, afin que la où je suis vous soyez aussi ». Le quatrième Evangile est celui de l’Intelligence ; il nous révèle clairement la volonté de Dieu et parle très souvent au futur, car la volonté de Dieu est notre avenir.

Le septénaire du NT nous apparait être le suivant : Matthieu et la Crainte, Marc et la Connaissance, Luc et la Piété, Jean et l’Intelligence, les Actes des Apôtres et la Force, les vingt et une Epitres et le Conseil, l’Apocalypse et la Sagesse. L’Evangile selon Matthieu est entièrement consacré au Royaume des cieux. Chacun de ses 28 chapitres le mentionne. Tout cet Evangile nous parle du ciel et d’un nouveau monde. Le monde, qui est depuis la chute l’ensemble des hommes sous la domination de Satan, est le thème sous-jacent à cet Evangile. Le royaume des cieux viendra remplacer le royaume de Satan. Cet Evangile est bien le fruit du don de Crainte, qui nous tourne vers le Ciel.

L’Evangile selon Marc est consacré à exorciser Satan et ses légions. A tous les chapitres Jésus chasse des démons. Il est l’homme avec autorité, c’est-à-dire puissance (exousia) qui vient du ciel tourmenter les esprits démoniaques. De même que le monde est l’ennemi que Jésus vient démasquer dans l’Evangile de Matthieu, le diable est l’ennemi que Jésus vient chasser dans l’Evangile de Marc. En quoi cet Evangile est-il placé sous le signe du don de Connaissance ? Une béatitude peut nous mette sur la voie : « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ». Le regard de l’homme a été obscurci par la chute et il ne voit plus Dieu dans ses œuvres. La purification du cœur consiste à chasser de lui les intrus qui y ont fait leur nid et nous polluent depuis notre éloignement de Dieu. Dans Marc, nous voyons Jésus purifier notre cœur par sa venue. Cet Evangile nous montre bien les allées et venues de Jésus qui parcourt la terre en chassant les mauvais esprits des hommes.

St Luc est l’évangile de la proximité du Dieu fait chair par le Saint-Esprit reposant en Marie, autant de thèmes liés à la Piété. On trouve dans cet Evangile les grandes prières chrétiennes : l’Angelus (Lc 1, 38), le Magnificat (Lc 1, 46), le Cantique de Zacharie (Lc 1, 67), le Gloria (Lc 2, 14), le Cantique de Siméon (Lc 2, 29), le Notre Père (Lc 11, 2), etc. Sur le site gitanseneglise.org, nous trouvons une très belle synthèse des principales caractéristiques du troisième Evangile, dont trois pointent très clairement vers la Piété : les nombreuses (17) mentions du Saint Esprit, des informations précises sur Marie et sur la prière. Il est aussi intéressant d’y apprendre que Luc est l’Evangile de l’année C, qui regroupe de nombreux passages propres au 3ième évangile.

Dans l’Evangile de St Jean, le mot le plus souvent utilisé par Jésus pour se décrire lui-même est celui d’envoyé. Ce mot revient dans chaque chapitre. Jésus est la Lumière du monde qui se diffuse jusqu’aux extrémités de la terre. Telle la lumière, il nous relie à la source de tout ce qui est, Dieu. Il éclaire notre esprit pour lui faire voir le commencement et la fin de toutes choses. Alpha et Omega de toute l’œuvre divine, il est venu nous chercher pour nous ramener au Père, afin que nous soyons unis à celui-ci comme il est l’est lui-même. Le thème de l’unité prédomine dans cet Evangile, de même que celui des œuvres. L’œuvre par excellence que Jésus est venu accomplir est l’unité, qui avait été détruite par la chute. Ce faisant, il vainc les trois ennemis de l’homme : en unifiant les hommes entre eux il vainc le monde (« aimez-vous les uns les autres »), en unifiant les hommes avec Dieu il vainc le diable (« aimez Dieu »), et en unifiant les hommes entre eux autour de Dieu, il vainc la chair car la division qui régnait en l’homme était une conséquence des deux premières divisions. Dans saint Jean, la victoire est annoncée. La vision de cette victoire réalisée nous est donnée dans l’Apocalypse. Tous ces thèmes sont liés à l’Intelligence. En outre, on trouve dans cet évangile les sept grands miracles (semeion et Intelligence) annonciateurs de la vie future à laquelle Dieu nous convie[4].

Les Actes des Apôtres sont l’œuvre de la puissance de l’Esprit-Saint répandu à la Pentecôte. On remarque qu’ils sont comme une « répétition» des quatre Evangiles par les hommes investis de la puissance de Dieu. En effet : ils se composent de quatre séries de sept chapitres. Les sept premiers nous montrent les apôtres s’unir en communauté (victoire sur le monde). Les sept suivants nous rapportent des miracles d’exorcisme (victoire sur le diable). Les sept suivants nous parlent de circoncision et de résurrection (restauration de la chair). Les sept derniers nous montrent l’Apôtre Paul aux prises avec les rois de ce monde, afin d’établir aux yeux de tous la royauté du Christ. Saint Paul doit aller à Rome pour s’entretenir avec l’empereur. On le voit monter dans la hiérarchie de ses interlocuteurs et poser les bases de la christianisation ultérieure de l’Empire romain, œuvre de l’Intelligence qui ordonne tout à Dieu.

Les Epitres sont l’œuvre du Conseil. Elles transmettent aux chrétiens des conseils pratiques dans la gestion des communautés locales et de leurs vies de chrétiens. Elles sont placées sous le signe de la lutte contre le diable et ses fausses doctrines et contiennent une réflexion sur l’essence des lois chrétiennes. Chaque chapitre traite de l’importance de préserver la doctrine, arme contre les attaques du diable. On retrouve là encore la mention des trois ennemis : les sept premières épitres ont pour thème unificateur la lutte contre la chair, les sept suivantes la lutte contre le diable et les sept dernières la lutte contre le monde.

Le livre de l’Apocalypse nous montre ces trois ennemis vaincus de façon définitive (Sagesse) dans une guerre terminale. Les sept premiers chapitres nous présentent la fin du monde, les trois chapitres suivant nous présentent la fin de la chair ennemie de l’Esprit, et les trois derniers nous montrent la fin du diable et de ses armées. C’est la délivrance ou victoire finale, le resplendissement de la Gloire de Dieu et de la gloire de l’homme, image de la gloire de Dieu.

NOTES

[1] S. M. Elzbieta SIEPAK, Un don de Dieu fait à notre époque. La vie et la mission de sainte Faustine. Pierre Tequi, 2007.

[2] Dans la revue Etudes. Tome 387, 1997/12. Xavier Léon-Dufour, Judas, homme de Foi ?

[3] Idem.

[4] Noces de Cana (Jn 2, 1), Guérison du fils d’un fonctionnaire royal (Jn 4, 46), Guérison de l’infirme à la piscine de Bethesda (Jn 5, 1), Multiplication des pains et des poissons (Jn 6, 1), Marche de Jésus sur les eaux (Jn 6, 16), Guérison d’un aveugle-né (Jn 9, 1), Résurrection de Lazare (Jn 11, 11).