10. Latreia « culte ». La Liturgie des Heures

« Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable » (Rm 12, 1).

Latreia est utilisé dans 5 versets du NT. Il désigne le service ou culte rendu pour louer Dieu. On rend un culte comme on rend grâce et le culte est la réponse à un don premier de Dieu. Ce mouvement est l’essence de la Piété. Latreia vient du verbe latreuo, utilisé dans 21 versets du NT. Son premier emploi est en Mt 4, 10 : « Jésus lui dit : Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras (latreuo) lui seul ». Ce culte est rendu par et dans la chair, ce que marque la circoncision chez les juifs. Phil 3,3 : « Car les circoncis, c’est nous, qui rendons à Dieu notre culte (latreuo) par l’Esprit de Dieu, qui nous glorifions en Jésus-Christ, et qui ne mettons point notre confiance en la chair ». Chez les chrétiens, la tonsure cléricale symbolise cette circoncision de la chair. Les clercs sont les hommes mis à part (grec kleros) pour le service de Dieu. Ils sont choisis par Dieu pour le servir comme des esclaves servent leur maitre. Ap 22, 3 : « Il n’y aura plus d’anathème. Le trône de Dieu et de l’agneau sera dans la ville ; ses serviteurs (doulos) le serviront (latreuo) ». Doulos, « serviteur », « esclave », est employé dans 118 versets du NT. Les clercs sont les esclaves du Christ, chargés de nourrir tout le peuple de la nourriture qui vient du ciel. Mt 24, 45: « Quel est donc le serviteur (doulos) fidèle et prudent, que son maitre a établi sur ses gens pour leur donner la nourriture au temps convenable ? ». Les clercs exercent un service de louange qui fait descendre les grâces du ciel, selon la justice de Dieu. Ils apportent à Dieu les offrandes des hommes. Ils agissent au nom de tous les hommes, et, en ce sens, sont nos serviteurs aussi. Ils sont le petit nombre choisi pour se tenir en tout temps en face du Seigneur et intercéder pour tous. Ils sont nos vicaires ou suppléants, remplaçants. Tels les anges sur l’échelle de Jacob, ils montent et descendent sens cesse entre la terre et le ciel et nous transmettent les messages de leur maitre, notre Seigneur à tous. Lc 14, 17 : « A l’heure du souper, il envoya son serviteur (doulos) dire aux conviés : Venez, car tout est déjà prêt ». Ils font sonner les cloches de l’Eglise tout entière qui résonne de l’appel de Dieu à venir communier en sa présence.

Dieu peut se passer de ces serviteurs et agir directement, ce que les clercs ne doivent jamais oublier. Lc 17, 10 (triple Piété) : « Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites : Nous sommes des serviteurs (doulos) inutiles (achreios), nous avons fait ce que nous devions faire ». Achreios, « inutile », est formé du préfixe privatif a et de chreios, le « besoin », le « nécessaire ». Inutile ici signifie non indispensable. En Ga 1, 10, Paul contraste deux formes d’esclavage, celui du monde et celui du Christ : « Et maintenant, est-ce la faveur des hommes que je désire, ou celle de Dieu ? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes ? Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas serviteurs de Christ ». Les clercs doivent nous montrer l’exemple de l’esclavage du Christ. Les épîtres du NT commencent par le thème de l’esclave, car c’est ainsi que Paul se présente en premier à nous. Rm 1, 1 : « Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à être apôtre, mis à part pour annoncer l’Evangile de Dieu ». Plus que tout autre, il a le sentiment d’être la possession du Seigneur, lui qui a été saisi par lui, comme il le dit en Ph 3, 12 : « Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix, ou que j’aie déjà atteint la perfection ; mais je cours, pour tâcher de saisir (katalambano), puisque moi aussi j’ai été saisi (katalambano) par Jésus-Christ ». Sur la Croix, Jésus a remporté le prix de la victoire : le salut de l’humanité. Il nous a gagnés en trophée. Mais il ne peut pas nous posséder sans notre coopération, et c’est ici que la Piété intervient. Elle nous fait désirer saisir celui qui nous saisit déjà, posséder celui qui nous possède. Nous devons achever dans notre chair les souffrances du Christ, tel est notre service d’esclaves du Christ. Col 1, 24 : « Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous ; et ce qui manque aux souffrances de Christ, je l’achève en ma chair, pour son corps, qui est l’Eglise ». En offrant nos souffrances pour la conversion des hommes, nous servons le Seigneur comme des esclaves fidèles. Toute notre vie doit être offerte à Dieu. C’est l’essence de la Piété, et l’essence du culte.

Dans l’AT, les exigences du culte sont exposées dans le troisième livre, le Lévitique. Dans le NT, le culte est devenu ‘logikos’ comme le dit Rm 12, 1, c’est-à-dire œuvre du logos, la parole de Dieu. Nous méditons sur le lien être le logos et la Piété dans le paragraphe sur le NT. Nabucco est le troisième opéra de Verdi, créé le 9 mars 1842 à la Scala de Milan. Au troisième Acte se trouve le célèbre chœur des esclaves, sans doute l’un des airs les plus célèbres de Verdi. Il est écrit sur un rythme ternaire. « Va penser, sur tes ailes dorées, va, repose-toi sur les versants des collines, où embaument, tièdes et douces, les brises suaves de notre sol natal ! Salut les rives du Jourdain, les tours battues de Sion. O ma patrie, si belle et perdue ! O souvenir, si cher et fatal ! Harpe d’or des divins fatidiques, pourquoi, muette, pends-tu des branches du saule ? Rallume les souvenirs dans nos cœurs, parle-nous du temps qui fut ! Tire le son d’une douloureuse complainte, semblable aux destinées de Solime, Que le Seigneur t’inspire des accents qui nous insufflent le courage d’endurer nos souffrances ! ». Le 12 mars 2011, durant une représentation de l’opéra au Teatro dell’Opera de Rome, en présence de Silvio Berlusconi, le chef d’orchestre Ricardo Muti invita toute l’audience à joindre le chœur des chanteurs sur scène dans un bis historique et rarissime de ce chant patriotique. Voilà un signe des temps : les clercs ne peuvent pas soutenir seuls les colonnes du Temple de l’Eglise. Tout le public-peuple (laos et Force de ce 12 du mois) doit joindre les moines (kleros et Piété de ce mois de mars). De la même façon, l’Eglise encourage tous les chrétiens à participer à la Liturgie des Heures, renommée pour les laïcs la Prière du Temps présent[1], l’Office Divin éternel que les créatures tiennent devant le trône de Dieu. Nous pensons que cette liturgie est l’œuvre de la Piété dans la Prière, le ‘chant des esclaves’ sur la terre d’Egypte, en attendant de chanter les louanges de Dieu dans la compagnie des saints au ciel.

Ado, « chanter », est employé dans 5 versets du NT. Col 3, 16 : « Que la parole de Dieu habite parmi vous abondamment ; instruisez-vous et exhortez-vous les uns les autres en toute sagesse, par des psaumes, par des hymnes, par des cantiques spirituels, chantant (ado) à Dieu dans vos cœurs sous l’inspiration de la grâce ». L’Office divin fait habiter (Piété) la parole de Dieu (Connaissance) en nous. Toute la Prière (Piété) chrétienne est fondée sur la Foi (Connaissance), comme le rappelle Romano Guardini dans l’Esprit de la Liturgie[2]. L’office des lectures tient une place importante dans l’Office divin. Les Cantiques et les Psaumes sont directement issus de la Bible. L’Office divin met dans notre bouche les prières mêmes des prophètes et du Fils lui-même. Ap 15, 3 : « Et ils chantent le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu, et le cantique de l’agneau, en disant : Tes œuvres sont grandes et admirables, Seigneur Dieu tout-puissant ! Tes voies sont justes et véritables, roi des nations ! ». Tout l’Office est un chant de louange à Dieu, un « cantique nouveau devant le trône » (Ap 14, 3). L’adolescence est le troisième âge de la vie, de 14 à 21 ans. C’est un âge de croisssance vers l’âge adulte. De même, seule la prière peut faire croitre l’homme spirituel vers la maturité du Christ. Cette croissance est l’œuvre sanctificatrice du Saint-Esprit. Les chrétiens sont des éternels adolescents, et ils doivent, comme les jeunes, chanter des hymnes et des cantiques à Dieu afin d’entretenir le feu qui les fait grandir. On connait l’amour des « ados » pour leurs chansons.

Un culte incessant à Dieu doit être rendu et une caste particulière d’homme doit s’y consacrer. C’est par et pour l’Office divin que les prêtres sont devenus une caste particulière séparée des laïcs, au service de la prière. Le célibat des prêtres est enraciné dans la Liturgie des Heures et la consécration au culte qu’elle requiert. Les laïcs, eux, n’ont pas la même obligation que le clergé en matière d’office divin, même s’ils sont invités à participer à certains offices comme nous l’avons dit plus haut. Dès la réception du diaconat, la récitation de la Liturgie des Heures devient une obligation canonique. Kleros, « sort, lot, héritage », est utilisé dans 11 versets du NT. Certains hommes sont ‘tirés au sort’ pour faire partie du clergé. Ils sont choisis par Dieu pour une mission particulière, comme la tribu de Levi, le troisième fils de Jacob et de Léa. Cette mission est d’être une colonne permanente et stable dans le temple vivant de l’Eglise. Nb 3, 6 : « Fais approcher la tribu de Levi, et tu la placeras devant le sacrificateur Aaron, pour qu’elle soit à son service » et Nb 3, 7 : « Ils auront soin de ce qui est remis à sa garde et à la garde de toute l’assemblée, devant la tente d’assignation : ils feront le service du tabernacle ». Les Lévites sont donnés à « Aaron et à ses fils » (Nb 3, 9), comme les moines sont donnés aux églises[3]. En Nb 3, 12, l’Eternel résume ainsi la mission du clergé : « Voici, j’ai pris les Lévites du milieu des enfants d’Israël, à la place de tous les premiers-nés, des premiers-nés des enfants d’Israël ; et les Lévites m’appartiendront ». On retrouve le thème de la possession et de l’esclavage.

Le clergé est la petite partie du peuple de Dieu entièrement consacrée à son service. Kleros vient de klao, « briser, utiliser » pour rompre le pain de la communion, employé dans 14 versets. 1 Co 11, 24 : « Et, après avoir rendu grâces, le rompit (klao), et dit : ceci est mon corps, qui est rompu (klao) pour vous ; faites ceci en mémoire de moi ». Ce partage est préfiguré par celui de la tunique du Christ après sa crucifixion. Mc 15, 24 : « Ils le crucifièrent, et se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort (kleros) pour savoir ce que chacun aurait ». Dans la communion eucharistique, chacun reçoit une partie du corps du Christ. Ce corps est fait de différents ministères et un petit nombre est choisi pour être les ponts permanents entre Dieu et les hommes, à la suite de nos pontifes. Ces hommes, les prêtres, se tiennent nuit et jour devant le trône de Dieu. Ils participent au dialogue incessant du Père et du Fils au Ciel.

L’Office Divin, œuvre excellente, est la sanctification de la journée, cette période de temps de vingt-quatre heures. Le jour est un don de Dieu, une vie humaine en miniature. Il doit lui être offert et il ne faut pas laisser passer une seule journée sans prier, même si notre prière reste parfois en germe dans une simple salutation du matin. La Liturgie des heures rythme la journée et par là la vie entière du chrétien. Hemera, « jour, aujourd’hui, temps, âge », est employé dans 365 versets du NT, autant de fois de qu’il y a de jours dans l’année. Le deuxième emploi est en Mt 3,1 : « En ce temps (hemera)-là parut Jean-Baptiste, prêchant dans le désert de Judée ». Pourquoi ne pas traduire simplement par ‘ce jour-là’ ? Le Nouveau Testament commence par le travail préparatoire de Jean-Baptiste. Il est le modèle du Juif reconnaissant dans la personne de Jésus le Messie tant attendu. Il fait le lien entre l’ancienne et la nouvelle alliance et honore par sa vie entière la personne de Jésus, l’appelant du même nom que les anges devant le trône en Ap 14, 3, « agneau », amnos. Jn 1,29 : « Le lendemain, il vit Jésus venant a lui, et il dit : Voici l’Agneau (amnos) de Dieu, qui ôte le péché du monde ». Dans ce verset, tout l’Office divin est déjà contenu. Cette liturgie est répétée ‘le lendemain’ par Jean-Baptiste, en Jn 1, 36 : « Et, ayant regardé Jésus qui passait, il dit : Voilà l’Agneau de Dieu ». Entre ces deux verset, Jn 1, 35 nous précise : « Le lendemain, Jean était encore là, avec deux de ses disciples ». Chaque jour, les chrétiens doivent se joindre à Jean Baptiste et reconnaitre dans Jésus l’Agneau de Dieu assis sur le trône. Cette prière nous attache à Jésus toujours davantage. Nous obtenons alors la grâce de voir Jésus se retourner vers nous et nous parler. Jn 1, 38 : « Jésus se retourna, et voyant qu’ils le suivaient, il leur dit : Que cherchez-vous ? Ils lui répondirent : Rabbi, ce qui signifie Maitre, où demeures-tu ? ». L’Office divin est la prière de ceux qui demeurent auprès de Jésus (cf. le paragraphe sur les moines).

On retrouve hemera dans le verset suivant, Jn 1, 39 : « Venez, dit-il, et voyez. Ils allèrent, et ils virent ou il demeurait ; et ils restèrent auprès de lui ce jour (hemera)-là. C’était environ la dixième heure ». On retrouve dans ce récit les trois temps traditionnels de la sanctification. Le premier jour, Jean purifie dans les eaux de son baptême (Jn 1, 26). Le deuxième jour, Jean illumine l’esprit des disciples en leur racontant l’épisode de la descente de l’Esprit sur Jésus lors de son baptême, ce qui l’a fait reconnaitre comme celui qui baptise du Saint-Esprit (Jn 1, 33). Le troisième jour, Jean, l’ami de l’époux, conduit les deux disciples vers la chambre nuptiale où l’union avec le Christ a lieu. On remarque qu’il n’est pas dit que Jean a lui aussi suivi Jésus (Jn 1, 37). L’un des deux disciples en question est l’apôtre André (Jn 1, 40). Il ne nous est rien dit sur l’autre disciple. Cette scène rappelle la crucifixion de Jésus entouré des deux larrons. L’union avec le Christ culmine sur la croix, c’est-à-dire par le don de notre vie. Saint André est ici le bon larron. Il va alors chercher son frère Simon et le conduit vers Jésus. L’Apostolat s’enracine dans la Prière. Il étend la lumière éternelle du Christ à toute la création. Lc 17, 24 (triple Piété): « Car, comme l’éclair resplendit et brille d’une extrémité du ciel à l’autre, ainsi sera le Fils de l’homme en son jour (hemera) ». Le jour du Seigneur durera vingt-quatre heures, d’une lumière permanente, et non éphémère comme celle de l’éclair. Ephemere vient d’epi, « pendant » et hemera, « jour ». Est éphémère ce qui ne vit qu’un jour. L’Office divin transforme nos jours en « jour du Fils de l’homme ». Il est une anticipation de notre entrée définitive dans l’éternité. Saint Paul parle souvent des efforts qu’il fait nuit et jour. 1 Th 3, 10 : « Nuit et jour, nous le prions avec une extrême ardeur de nous permettre de vous voir, et de compléter ce qui manque à votre foi ».

L’Office Divin est la prière du jour et de la nuit. Il est le cri profond que l’Esprit-Saint forme au plus profond du cœur humain. « Psaume, n. m. Cantique ou chant sacré des Hébreux et des chrétiens. Pourquoi une seule prière pour deux groupes, les ‘Hébreux’, qui forment un peuple, et les chrétiens ? En prononçant depuis des siècles la prière d’Israël, les chrétiens reconnaissent que ce peuple a su parler comme témoin de toute l’humanité. Choisi pour cela, il est allé chercher un cri très loin en amont de nous et aussi de lui-même. Par le cri des Psaumes, nous sommes rapprochés de tous nos ancêtres humains et ils le sont de nous. Ce cri va très loin, s’il est vrai qu’il est plus fort devant Dieu que la mort ! Il est donc normal qu’il nous vienne de si loin »[4]. Ce cri est avant tout un cri de louange, et l’autre nom du psautier est le « Livre des louanges » (hébreu Tehillim), un « mot de remplacement pour amour » nous dit Paul Beauchamp. La louange est ininterrompue ; elle est une flamme qui brûle toujours devant Dieu. Boao, « crier », est employé dans 11 versets du NT. Nous retrouvons dans le premier emploi la personne de St Jean Baptiste. Mt 3, 3 : « Jean est celui qui avait été annoncé par Esaïe, le prophète, lorsqu’il dit : C’est ici la voix de celui qui crie (boao) dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers ». Dans la personne de Jean Baptiste – le plus grand des prophètes et le précurseur du Christ – s’unissent l’Ancien et le Nouveau Testament. La Liturgie des Heures est la prière dans laquelle cette union est consommée. « Appelons Evangile ce qui nous est donné et ce que nous offrons à croire – cet Evangile acquiert toute sa luminosité quand il brille sur la montagne de l’Ancien Testament et des Psaumes qui, pour la prière, le résument »[5]. Mc 1, 3, Lc 3, 4 et Jn 1, 23 font écho à Mt 3, 3. En Lc 18, 38, l’aveugle interpelle Jésus de tout son être : « Et il cria : Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! ». On trouve dans ce court et émouvant verset une expression magistrale du lien entre le Nouveau et l’Ancien Testament : il replace « Jésus de Nazareth » (Lc 18, 37) dans la tradition d’Israël en l’appelant « Fils de David ».

Boaz est le grand père de Jessé, père de David. C’était un riche propriétaire terrien qui épousa Ruth, figure de toutes les moniales. La belle-mère de Ruth, Naomi, est une figure de Marie. C’est elle qui envoie Ruth auprès de Boaz. Rt 3, 3 : « Lave-toi et oins-toi, puis remets tes habits, et descends à l’aire. Tu ne te feras pas connaitre à lui jusqu’à ce qu’il ait achevé de manger et de boire ». En Rt 3, 10, Ruth reçoit la bénédiction de Boaz qui l’a trouvé dans sa couche : « Et il dit : Sois bénie de l’Eternel, ma fille ! Ce dernier trait témoigne encore plus en ta faveur que le premier, car tu n’as pas recherché des jeunes gens, pauvres ou riches ». Ruth se présente à Boaz comme sa servante, et l’implore, dans la nuit, de faire usage de son droit de rachat. Les vierges et veuves consacrées sont les servantes de Marie, comme Ruth s’est occupée de sa belle-mère et a écouté ses conseils. Comme Ruth, elles sont fécondes. Par leurs prières, elles font naitre le Christ dans le cœur des hommes.

Sainte Scholastique, fêtée le 10 février, sœur jumelle de saint Benoit, est la patronne des moniales bénédictines. Son nom est dérivé du latin schola, « école » et du grec skole, « temps de loisir ». Les moines prennent du temps loin des affaires du monde pour le consacrer à Dieu. Elle est connue par les Dialogues du moine saint Grégoire le Grand. Saint Benoit lui survécut de 40 jours. Ils furent placés dans le même tombeau, dans l’oratoire de Jean-Baptiste du monastère du Mont Cassin. Sept ans après leur mort, en 530, le monastère fut détruit par les Lombards comme le frère l’avait prophétisé. Les reliques des deux saints, mélangées, furent rapportées à l’initiative de Saint Mommolin (mort en voyage à Bordeaux), abbé de l’abbaye bénédictine de Fleury sur les bords de la Loire. La tradition monastique est riche de couples de frères et sœurs, unis dans un même amour du Christ: Basile et Macrina, Pacôme et Marie, Ambroise et Marcelina, Jérôme et Paulina, Augustin et Perpétue, Patrick et Brigitte, Césaire d’Arles et Césarie, Léandre et Florentine, etc [6].

Le septénaire des heures de l’Office divin est le suivant : Complies et Crainte, Vigiles (Lectures) et Connaissance, Laudes et Piété, Tierce et Intelligence, Sexte et Force, None et Conseil et Vespers et Sagesse. Complies est la prière d’avant le repos de la nuit. La journée commence la veille, une fois accompli le travail de la journée précédente. L’office s’ouvre par un bref examen de conscience silencieux et une prière pénitentielle, comme la Messe commence par le Confiteor. Les Vigiles sont la prière des soldats du Christ, qui luttent la nuit contre les attaques des démons. Ac 23, 23 : « Il appela alors deux des centurions et leur dit : Tenez prêts à partir pour Césarée, des neuf heures du soir, deux cents soldats, soixante-dix cavaliers et deux cents auxiliaires ». Les Vigiles sont appelés l’office des lectures et peuvent être adaptée à toute heure du jour. Les Laudes (6 heures du matin) est sans doute l’office le plus important de la Liturgie des Heures, tout centrée sur la louange. Elles contiennent le Cantique de Zacharie, père de Jean-Baptiste. C’est l’heure de l’arrestation de Jésus. Terce (9 heures du matin) est l’heure médiane (Intelligence). Elle est l’heure de la Messe, car elle marque l’heure de la condamnation de Jésus et le début de sa passion, suivie par tout Jérusalem réveillée et rassemblé. C’est également l’heure traditionnelle de la descente du Saint-Esprit à la Pentecôte (Ac 2, 15), qui permet aux apôtres de porter leur croix à leur tour. Sexte (midi) est l’heure de la crucifixion, à partir de laquelle les ténèbres s’installent sur la terre (Mt 15, 33). C’est l’heure de la plus grande souffrance, où tout semble perdu. C’est en réalité l’heure de la victoire (Force). None (15h00) est l’heure de la mort de Jésus (Lc 23, 44), l’Heure de la Miséricorde dans le culte de la Divine Miséricorde communiqué à sainte Sœur Faustine. Les Vêpres (18h00), la priere du soir, ont une structure similaire aux Laudes. Les moines se couchent tôt.

NOTES

[1] Centre National de Pastorale Liturgique. Prière du temps présent : comment s’y retrouver ? Cerf. 1999.
[2] Romano GUARDINI. L’esprit de la liturgie. Plon, 1949.
[3] Aaron est l’archétype des évêques.
[4] Paul BEAUCHAMP. Psaumes nuit et jour. Seuil, 1980.
[5] Op. cit. Page 8
[6] Raymond HOSTIE. Vie et mort des ordres religieux. DDB. 1972.