11. Kome « village ».

« Car le Fils de l’homme est venu, non pour perdre (apolesai) les âmes des hommes, mais pour les sauver (sosai). Et ils allèrent dans un autre bourg (kome) » (Lc 9, 56).

L’Eglise du Christ est fondée sur sa mort et sa résurrection. Kome est employé dans 27 versets du NT. Il vient de keima, « coucher ». Le village est le lieu où l’on couche, où l’on se pose pour la nuit, et où l’on se restaure. Keima est employé en 1 Co 3, 11 pour designer l’acte de poser le fondement sur lequel le sage architecte bâtit son édifice : « Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, savoir Jésus-Christ ». Le même verbe keima est utilisé pour la déposition du corps de Jésus dans le sépulcre. Lc 23, 53 : « Il le descendit de la croix, l’enveloppa d’un linceul, et le déposa dans un sépulcre taille dans le roc, où personne n’avait encore été mis (keima) ». Jérusalem est le village où le corps de Jésus a été couché. Il a reposé là, en paix. Ayant accompli sa mission, et après avoir grandement souffert, Jésus se repose. He 4, 4 : « Car il a parlé quelque part ainsi du septième jour : Et Dieu se reposa (katapauo) de toutes ses œuvres le septième jour ». Le village est le lieu où les hommes viennent prendre du repos : se restaurer, à la taverne ou à l’Eglise ; se reposer pour la nuit pour les voyageurs ; ou être enterré près de l’Eglise et prendre un repos éternel. Le village est un lieu où les hommes ont planté leur tente, fixé leur demeure (kataskenoo dans Mc 4, 32). Le royaume de Dieu est la création dans laquelle les anges, les « oiseaux du ciel », viennent habiter et servir les hommes. Les anges ne peuvent venir y habiter que si les esprits démoniaques y ont laissé la place libre. La descente de Jésus-Christ de la croix, sa mise au tombeau et sa descente aux enfers constituent les trois dernières étapes dans la restauration de toute la création à Dieu, dans toute sa profondeur. Le monde souterrain des anges déchus est rendu aux hommes et ses habitants sont éparpillés sur la surface de la terre, débusqués et pourchassés.

L’Intelligence gouverne la mort et la résurrection du Christ, et fait pénétrer la lumière jusqu’aux profondeurs des ténèbres. Par l’Intelligence, la lumière de la parole de Dieu est plantée dans le monde comme les racines profondes de l’arbre du royaume de Dieu dont parle Jésus en Mc 4, 32. La Force et le Conseil permettent à cet arbre de sortir de terre (Force) et de s’y déployer dans toute sa gloire (Conseil). Revenons à kome. Son dernier emploi, en Ac 8, 25, nous décrit l’activité apostolique dans toute sa simplicité : « Après avoir rendu témoignage à la parole du Seigneur, et après l’avoir prêchée, Pierre et Jean retournèrent à Jérusalem, en annonçant la bonne nouvelle dans plusieurs villages (kome) des Samaritains ». Cette annonce va provoquer pour ceux qui l’accueillent un changement de vie profond. Ils vont, tels Lazare, mourir à leur ancienne vie et renaitre à une nouvelle vie. Béthanie, lieu de la résurrection de Lazare, est le village par excellence. Jn 11, 1 : « Il y avait un homme malade, Lazare, de Béthanie, village de Marie et de Marthe, sa sœur ». En Jn 11, 18, une nouvelle mention est faite de Béthanie, du grec Bethania, employé dans 11 versets du NT : « Et, comme Béthanie était près de Jérusalem, à quinze stades environ ». En Mc 11, 11, Jésus quitte Jérusalem pour Béthanie avec les douze. C’est en sortant de Béthanie que Jésus a faim (Mc 11, 12), ce qui laisse supposer que Jésus y a jeuné.

Kome peut nous conduire à une méditation sur le grand mystère de la résurrection. Jésus dit de Lazare, en Jn 11, 11, qu’il dort (kekoimetai), et qu’il va le réveiller (exopniso). Les disciples pensent que Jésus parle du repos du sommeil (hypnou), alors qu’il parle du repos de la mort (thanatou), ce qu’il clarifie en Jn 11, 14. En Jn 11, 25 (triple Intelligence), Jésus nous annonce le mystère de la Résurrection : « Jésus lui dit : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort ». En Jn 11, 39, Marthe dit à Jésus que Lazare sent déjà, car il est là depuis quatre jours. La Résurrection nous fait entrer pleinement dans l’Intelligence du dessein de Dieu pour l’homme. Dieu nous veut vivants, et avec lui, et l’entrée dans la vie avec Dieu passe par la croix. Finalité et chemin sont éclairés par l’Intelligence. Ces deux dimensions caractérisent également l’Evangile, promesse et moyen du salut.

NOTES

Légende photo : Le Village gaulois d’Asterix