11. Apodidomi « rendre ». Les Sacrements

<br /> « Et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra » (Mt 6, 6).<br />

Apodidomi est employé dans 46 versets du NT. Il signifie « payer », « acquitter », « rendre », « donner », « remettre une dette », « justifier », « recevoir », « produire ». En Mt 18, apodidomi est employé sept fois, parmi lesquelles Mt 18, 25 : « Comme il n’avait pas de quoi payer (apodidomi), son maitre ordonna qu’il fut vendu, lui, sa femme, ses enfants, et tout ce qu’il avait, et que la dette fut acquittée (apodidomi) ». Le don d’Intelligence gouverne la justice rétributive de Dieu. On retrouve là la doctrine indienne du karma et des conséquences de nos actions, en particulier l’idée de récompense. Par le don de nos vies fait en pleine lumière de l’Intelligence, nous nous rétablissons dans la justice. Nos vies sont de Dieu et doivent lui être ‘rendues’. Nous ne devons pas la prendre et la gaspiller comme des insensés. La justification de l’homme, thème très présent dans le calvinisme, consiste à rendre à Dieu ce qu’il nous a donné. Jésus rétablit la justice divine en offrant sa vie à Dieu au nom de l’humanité entière. La croix est le lieu de cette justification. Notre devoir est d’imiter le Christ dans le sacrifice de notre volonté propre. L’Intelligence nous fait comprendre que notre vie appartient à Dieu et qu’elle ne peut s’épanouir que dans une l’intelligence de cette dépendance ontologique fondamentale. L’homme est naturellement religieux, appelé dès sa création à vivre en communion avec Dieu. Dieu aime les reconnaissants. C’est ainsi que nous vivons l’alliance qu’il a établie avec nous. 1 Tm 5, 4 : « Si une veuve a des enfants ou des petits-enfants, qu’ils apprennent avant tout à exercer la piété envers leur propre famille, et à rendre à leurs parents ce qu’ils ont reçus d’eux (apodidomi) ; car cela est très agréable à Dieu ».

Didomi, « donner », est employé dans 377 versets du NT. Le quatrième emploi est en Mt 6, 11 : « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien » Didomi est employé six fois en Mt 25, le grand chapitre sur la loi de la justice divine, qui nous expose selon quels critères Dieu nous jugera, à la fin des temps. La conjonction de l’Intelligence et de la Sagesse exprime la rétribution finale qui se fera en fonction des règles de la justice divine. On retrouve cette combinaison dans les versets Mt 25, 35 et Mt 25, 42, le premier pour un jugement positif (« Car j’ai eu faim et vous m’avez donne à manger »), le deuxième pour un jugement négatif (« Car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donne à manger »). Dieu nous donne des talents variés, ce qui nous informe sur ce qu’il attend de nous. Mt 25, 15 : « Il donna cinq talents à l’un, deux à l’autre, et un au troisième, à chacun selon sa capacité, et il partit ». Nous devons donner en proportion du don reçu. Voilà une règle élémentaire de la vie chrétienne. L’Intelligence nous permet de garder la mesure dans nos entreprises, et d’organiser le travail collectif de façon que chacun puisse utiliser les dons qu’il a reçu dans la réalisation de l’œuvre commune, chacun accomplissant sa part, à sa place.

Par les sacrements, l’homme donne sa vie à Dieu, s’acquittant ainsi de sa dette envers lui. Ils sont tous des rites de repentance et nous accompagnent sur le chemin de retour vers Dieu. Ce chemin est notre vie-même et les sacrements en marquent les grandes étapes, depuis le baptême jusqu’à l’extrême onction. Ils sont l’œuvre de l’Intelligence dans le Sacerdoce et, comme tout acte sacerdotal, ils nous transmettent l’Esprit-Saint. Cette effusion de l’Esprit-Saint sur toute chair est la réalité invisible dont ils sont les signes visibles. L’Esprit Saint coule alors dans nos corps comme un fleuve puissant et nous unit dans un même corps, l’Eglise ‘Corps du Christ’, sur laquelle le pape Pie XII a écrit une Encyclique. Notre méditation sur les sacrements a été nourrie du live d’Edouard Glotin Les sept fleuves de feu[1], ces fleuves qui irriguent l’âme humaine ainsi que toute l’Eglise. Montrons tout d’abord le lien entre le thème du fleuve et la Force.

Le cœur du Christ est la source des sacrements. De ce cœur percé sur la Croix jaillissent le sang et l’eau. Pege, « fontaine », « source », « puits », est employé dans 11 versets du NT. On peut monter son lien avec la Piété. Citons simplement Ap 7, 17 : « Car l’agneau qui est au milieu du trône les paitra et les conduira aux sources (pege) des eaux de la vie, et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux ». Le Sacré-Cœur de Jésus est cette « source des eaux de la vie » et en lui nous trouvons notre consolation[2]. Hallomai, « sauter, faire un bond, jaillir », est employé dans trois versets du NT. Ac 3, 8 : « d’un saut il fut debout, et il se mit à marcher. Il entra avec eux dans le temple marchant, sautant (hallomai), et louant Dieu ». La guérison intérieure allège le cœur et fait bondir de joie. Les amoureux marchent au-dessus du sol, ‘sur un nuage’. La vie intérieure nous fait descendre au fond du puits de notre cœur où nous trouvons la présence de Dieu. Ce puits rouvert par la conversion profonde du cœur fait jaillir en nous la joie de l’Esprit-Saint. Notre cœur devient alors une fontaine de jouvence, un ‘puits de Jacob’ auprès duquel nous refaisons nos forces. Comme la samaritaine de Jn 4, nous y rencontrons Jésus-Christ. Sa présence fait de l’eau du puits une eau vive qu’il suffit de lui demander avec Piété. Jn 4, 10 : « Jésus lui répondit : Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire ! Tu lui aurais toi-même demandé à boire, et il t’aurait donné de l’eau vive ». Le Sacré-Cœur de Jésus est assoiffé de notre amour, cette eau ‘naturelle’ qu’il transforme en ‘eau vive’ lorsqu’on la lui apporte. La Piété surélève notre amour et produit en nous la charité, reine des vertus. Cette même charité unit les trois personnes divines entre elles et les symboles ternaires nous évoquent l’œuvre de la Piété, comme celle du Conseil. Par exemple, en musique, la valse à trois temps donne un sentiment de légèreté qui fait planer les danseurs au-dessus du sol. Cette danse ressemble aux tourbillons des derviches tourneurs, les danseurs mystiques de l’Islam, religion de la Piété. La France est un pays profondément marqué par le don de Piété. C’est en Bourgogne, au cœur de la France, que Jésus montra son Sacré Cœur à sainte Marguerite-Marie Alacoque, au XVIIe siècle.

L’eau jaillie du Cœur du Christ se sépare en quatre fleuves sur la Croix. Potamos, « courant, rivière, fleuve, torrent », est employé dans 16 versets du NT. La source se transforme en rivière et creuse un lit permanent. Cette permanence caractérise les œuvres de l’Intelligence. Les Sacrements sont des canaux de grâce divinement institués. Ils sont les « fleuves d’eau vive » sortis du cœur du Christ dont parle Jean en Jn 7, 38 : « Celui qui croit en moi des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Ecriture ». Au verset suivant, lié à l’Intelligence, saint Jean précise qu’il s’agit du don de l’Esprit Saint. Jn 7, 39 : « Il dit cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui ; car l’Esprit n’était pas encore, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié ». Le lien est bien clair entre la Croix, la Résurrection et l’effusion de l’Esprit que les sacrements ‘canalisent’ pour tous les hommes de tous les temps, selon sept rites permanents graduellement façonnés par les hommes sous l’inspiration conjointe de l’Intelligence et de la Force. Par les Sacrements, le courant de la grâce coule de façon ordonnée. L’Esprit septiforme forme sept canaux de grâce et on peut méditer sur la correspondance entre les Sept Sacrements et les sept dons. Voici le fruit de notre méditation : Baptême et Crainte, Confirmation et Connaissance, Eucharistie et Piété, Réconciliation et Intelligence, Ordre et Force, Mariage et Conseil et Extrême Onction et Sagesse. Chacun est libre d’arriver à une autre correspondance. Dans la tradition biblique, la fontaine (Piété) du jardin d’Eden se trouve au pied de l’arbre de la connaissance (Connaissance). De cette fontaine coulent les quatre fleuves (Intelligence) du paradis dans les directions des quatre points cardinaux. Gn 2, 10 : « Un fleuve sortait d’Eden pour irriguer le jardin ; de là il se partageait pour former quatre bras ». Les versets 11 à 14 nous donnent le nom des quatre fleuves. Nous allons maintenant présenter le lien que nous voyons entre les quatre fleuves et les Sacrements.

Le Baptême et la Confirmation nous font faire le plongeon de la Foi. Ils correspondent tous les deux au fleuve Geon, « Guihon ». Gn 2, 13 : « Le deuxième fleuve s’appelait Guihon ; c’est lui qui entoure tout le pays de Koush ». Le symbole associé à ce fleuve dans la Tradition est le couteau ou épée (rhomphaia) à deux tranchants d’Ap 1, 16 : « Il avait dans sa main droite sept Etoiles. De sa bouche sortait une épée aiguë, à deux tranchants ; et son visage était comme le soleil lorsqu’il brille dans sa force ». La Parole de Dieu sort de la bouche du Christ et confond les sages. Ap 2, 16 : « Repents-toi donc; sinon je viendrai à toi bientôt, et je les combattrai avec l’épée de ma bouche ».

L’Eucharistie correspond à l’Euphrate. L’hébreu Perath vient d’une racine qui signifie « jaillir, éclater ». Il est le fleuve de l’abondance et irrigue le Croissant fertile. Il traverse la Syrie (Piété) ainsi que la ville de Babylone, figure biblique de l’idolâtrie et de la prostitution, c’est-à-dire de l’impiété. Une prophétie musulmane prédit un assèchement de ce fleuve qui révèlera des trésors d’or. La sixième coupe de l’Apocalypse fait tarir l’Euphrate. Ap 16, 12 : « Le sixième (ange) versa sa coupe sur le grand fleuve, l’Euphrate. Et son eau tarit, afin que le chemin des rois venant de l’Orient fut préparé ». L’Euphrate est le fleuve de l’impiété et l’Eucharistie est le sacrement de la Piété, qui fait couler l’amour de Dieu dans nos veines et nous apporte l’inhabitation du Dieu trinitaire, figuré dans ce verset par les trois rois mages. On sait que l’Euphrate prend sa source en Arménie, comme la Piété est fondée dans la Crainte. Le génocide arménien commença le 24 avril 1915. Les arméniens furent contraints à l’exil et à des marches forcées dans le désert de Syrie.

La Réconciliation correspond au Tigre, fleuve sur lequel se trouve la ville de Bagdad. Dans une mosaïque des quatre fleuves du paradis, à Die dans la Drôme, une clé est associée à ce fleuve. La Réconciliation nous ouvre les portes du paradis. Kleis, « clef », est employé dans 6 versets du NT. L’homme aux sept chandeliers d’or d’Ap 1 parle ainsi, au verset 18 : « (je suis) le vivant. J’étais mort ; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clés de la mort et du séjour des morts ». Le sacrement de réconciliation nous fait monter sur la croix avec Jésus afin de mourir à notre vie passée et de ressusciter, avec lui, à une vie nouvelle. Nous passons d’une vie de péché à une vie de grâce. Le prêtre reçoit au nom du Seigneur le pouvoir de fermer les portes du séjour des morts, c’est-à-dire d’affaiblir jusqu’à l’anéantissement le règne du péché. Mt 16, 18 : « Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle ». L’Eglise est notre refuge contre les forces du mal, et les chrétiens sont invités à se jeter au pied de la Croix au milieu des attaques du malin. Ils doivent courir au confessionnal à l’heure du danger. Matthieu poursuit au verset 19 avec une belle description de l’autorité transmise par le Seigneur à l’Eglise – Sacerdoce : « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux ». Kleis vient du verbe kleio, « fermer ». Le sacrement de Réconciliation nous rouvre les portes du ciel et fait abonder les grâces dans notre vie, ces grâces qui avaient cessé de couler par nos pêchés, en application de la justice divine. Lc 4, 25 : « Je vous le dis en vérité, il y avait plusieurs veuves en Israël du temps d’Elie, lorsque le ciel fut fermé trois ans et six mois et qu’il y eut une grande famine sur toute la terre ». Trois ans et six mois, c’est la moitié de sept ans. Arrivé au milieu de sa vie, Dieu offre à l’homme une nouvelle chance de revenir vers lui, comme nous l’avons dit dans le paragraphe sur les instituts de vie consacrée en évoquant la crise de la quarantaine.

Le quatrième fleuve est le Pishon, « c’est lui qui entoure tout le pays de Hawila où se trouve l’or, et l’or de ce pays est bon – ainsi que le bdellium et la pierre d’onyx ». Ce fleuve correspond aux trois derniers Sacrements, l’Ordre, le Mariage et l’Extrême Onction. Dans la mosaïque de Die, ce fleuve est associé aux ‘forces’, un outil qui sert à tondre les moutons. Il s’apparente aux forceps utilisés pour les accouchements. A partir du cinquième Sacrement, l’homme reçoit de Dieu les ‘grâces de son état’ de vie, célibataire, marié, malade et mourant. L’article 2004 du Catéchisme de l’Eglise Catholique nous dit : « Parmi les grâces spéciales, il convient de mentionner les grâces d’état qui accompagnent l’exercice des responsabilités de la vie chrétienne et des ministères au sein de l’Eglise ». Sont alors mentionnés les charismes de Rm 12, 6-8. La pierre d’onyx est noire, comme la soutane des prêtres. La légende rapporte que Cupidon coupa les ongles (onyx en grec) de Vénus pendant son sommeil. Les ongles coupés se changèrent onyx. Cette pierre donne force et courage. La tradition populaire en fait une pierre de protection contre la magie noire et les influences maléfiques. On peut associer le symbolisme de l’onyx au sacrement de l’Ordre. L’or quant à lui évoque immédiatement le sacrement du Mariage, symbolisé par l’anneau nuptial. Enfin, le bdellium est une plante médicinale odoriférante qui produit de la résine très utilisée dans l’Antiquité. Nb 11, 7 : « La manne ressemblait à la graine de coriandre ; son aspect était celui du bdellium ». Le sacrement de l’Extrême Onction donne au malade ou au mourant la nourriture qui lui sera nécessaire pour sa grande traversée vers la terre promise.

Cette rapide excursion dans le monde du symbolisme nous a permis de présenter les sept sacrements et leur lien avec chaque don. Nous pourrions poursuivre notre méditation en montrant le lien entre les fleuves et la Force, les lacs ou les mers et le Conseil et les océans et la Sagesse, mais la place nous manque. Lier potamos avec l’Intelligence nous invite à méditer sur la nature structurée et structurante des sacrements. Le lier avec la Force nous en fait voir le caractère puissant et ‘torrentiel’, celui que l’on trouve dans le fleuve lancé par le serpent contre la femme en Ap 12, 15 : « Et, de sa bouche, le serpent lança de l’eau comme un fleuve derrière la femme, afin de l’entrainer par le fleuve ». Ce fleuve est celui des persécutions qui menacent de détruire les œuvres humaines. Or ces œuvres, si elles sont fondées dans la vérité du Christ, sont indestructibles. On peut dire cela de la Tradition dans son ensemble, qui demeure malgré les attaques des siècles contre elle. Mt 7, 25 : « La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont jetés contre cette maison : elle n’est point tombée, parce qu’elle était fondée sur le roc ». Les Sacrements nous confèrent la puissance salvatrice de Dieu qui nous fait tenir bon dans l’épreuve. L’hébreu nahar, « fleuve », est employé dans 109 versets de l’AT. En Es 19, 5 (triple Force) est prophétisé l’asséchement des eaux de la grâce : « Les eaux de la mer tariront. Le fleuve deviendra sec et aride ». Ceci se passera lorsque le peuple d’Egypte aura été puni de son idolâtrie en étant livré « entre les mains d’un maitre sévère ; un roi cruel (qui) dominera sur eux » (Es 19, 4). Inversement, l’Intelligence restaure la bénédiction divine. Il se trouve aussi que la bénédiction divine restaure la justice, et que la Force de Dieu qui nous donne l’Esprit-Saint conduit les pécheurs à la repentance. Force et Intelligence agissent de façon très étroite, s’entretenant l’une l’autre. Le Saint-Esprit est lui-même le canal de la grâce. Es 33, 21 : « C’est là vraiment que l’Eternel est magnifique pour nous : Il nous tient lieu de fleuves, de vastes rivières, où ne pénètrent point de navires à rames, et que ne traverse aucun grand vaisseau ! ».

Les sacrements sont les moyens par lesquels Dieu rétablit la communication vitale entre lui et les hommes. Il est le ‘fleuve de paix’ dont parle Es 66, 12 : « Car ainsi parle l’éternel : voici, je dirigerai vers elle la paix comme un fleuve. Et la gloire des nations comme un torrent débordé, et vous serez allaités ; vous serez portés sur les bras, et caressés sur les genoux ». En 2 Rois 5, 10, le prophète Elisée conseille au chef d’armée syrien Naaman de se baigner dans le Jourdain pour être purifié de sa lèpre. Au verset 2 R 5, 12, celui-ci s’en étonne : « Les fleuves de Damas, l’Abana et le Parpar, en valent-ils pas mieux que toutes les eaux d’Israël ? Ne pourrais-je pas m’y laver et devenir pur ? Et il s’en retournait et parfait avec fureur ». Conseillé au verset 13 par ses serviteurs de le faire, il change d’avis et plonge sept fois dans le Jourdain, « et sa chair redevint comme la chair d’un jeune enfant, et il fut pur » (2 R 7, 14). On peut voir dans les sept Sacrements sept plongeons purificateurs dans les eaux du Jourdain, le fleuve que Jésus-Christ est venu bénir par son baptême.

Les sacrements commémorent la Pâques du Christ, c’est-à-dire sa mort et sa résurrection. Selon saint Thomas, « un sacrement est un signe qui commémore la passion du Christ, en manifeste au présent l’efficacité et annonce la gloire future ». Dans les sacrements, on prend part à la mort de Jésus sur la croix. On meurt à sa volonté propre, que l’on offre entièrement au Seigneur. Thanatos, « mort », est employé dans 106 versets du NT. Les sacrements nous ramènent à la vie éternelle. Ils nous greffent au Corps du Christ, le vivant. Ils font entrer la lumière dans le séjour des morts, comme le premier emploi de thanatos nous le décrit, en Mt 4, 16 : « Ce peuple, assis dans les ténèbres, a vu une grande lumière ; et sur ceux qui étaient assis dans la région et l’ombre de la mort, la lumière s’est levée ». C’est la lumière de Pâques. Au onzième chapitre du quatrième Evangile nous est racontée le miracle de la résurrection de Lazare, préfiguration de la Résurrection du Christ et de toutes les ‘résurrections’ que les sacrements effectuent. Jésus laisse mourir Lazare comme le Père a laissé mourir Jésus sur la Croix, afin que soit manifesté à tous les hommes le pouvoir de Dieu sur la mort. Jn 11, 4 (triple Intelligence): « Après avoir entendu cela, Jésus dit : cette maladie n’est point à la mort ; mais elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle ». De la même façon, la mort de Jésus sur la croix nous révèle la gloire de Dieu. Elle nous fait entrer dans le mystère du Père et de son amour pour son Fils, pour les hommes et pour toute sa création. La vie de Jésus est entièrement consacrée à révéler la gloire de son Père. Celui-ci choisit les voies par lesquelles Il se révèle. Par le don d’Intelligence, les hommes, dont Jésus fait partie, prennent connaissance des projets de Dieu avant qu’ils se réalisent. Ils savent ce qui va leur arriver, même si tous les détails ne leur en sont pas toujours communiqués. L’Intelligence fait parler au futur. Le verset Jn 18, 32 est placé trois fois sous le signe de l’Intelligence: « C’était afin que s’accomplit la parole que Jésus avait dite, lorsqu’il indiqua de quelle mort il devait mourir ».

Jésus comprend la nécessité pour lui de mourir afin que l’humanité entière soit sauvée. Il a l’intelligence du plan de Dieu, et se met en colère contre ceux de ses disciples qui cherchent à empêcher ce dessein de se réaliser. Thanatoo, « mettre à mort », est employé dans 11 versets du NT. Par les sacrements, nous sommes mis à mort avec Jésus afin que, greffés sur le Corps du Christ, nous fassions ses œuvres. Rm 7, 4 : « De même, mes frères, vous aussi vous avez été, par le corps de Christ, mis à mort en ce qui concerne la loi, pour que vous apparteniez à un autre, à celui qui est ressuscité des morts, afin que nous portions des fruits pour Dieu ». Les sacrements nous rendent à Dieu. Nous voilà revenus au point de départ de cette méditation. Nous rendons à Dieu l’âme qu’il nous a donnée, et cet acte nous fait recevoir la vie éternelle. La mort, coupure d’avec le monde, nous relie à Dieu si elle est vécue non pas dans l’orgueil de celui qui voudrait ne vivre que par lui-même, mais comme un don de soi au Celui qui nous a tout donné et dont notre vie, naturelle et surnaturelle, dépend. Les sacrements nous font rendre la ‘vie de chair’ dans l’espoir non déçu de recevoir en échange une vie supérieure, la ‘vie de l’Esprit’. 1 P 3, 18 : « Christ aussi a souffert une fois pour les péchés, lui juste pour des injustes, afin de nous amener à Dieu, ayant été mis à mort, quant à la chair, mais ayant été rendu vivant quant à l’Esprit ».

Ce verbe ‘rendu’ exprime parfaitement le fait que la transformation qu’opèrent les sacrements est le fruit d’un échange avec Dieu : on se donne à Dieu charnel et il nous rend à nous-mêmes spirituels. Une nouvelle loi entre dans notre personne, celle de l’Esprit-Saint. Cette loi nous fait vivre d’une façon nouvelle, ‘en nouveauté de vie’ nous dit saint Paul en Rm 6, 4 : « Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie ». Les rites sacramentels se déroulent le plus souvent lors d’une Messe. La Messe elle-même, œuvre de l’Intelligence dans la Prière, est la commémoration de la mort et de la résurrection du Christ. 1 Co 11, 26 : « Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne ». A chaque Messe nous offrons notre vie au Père à la suite du Christ. Nous suivons le chemin qu’il a emprunté, afin que partageant sa mort, une mort librement consentie, nous partagions aussi sa vie, la vie des enfants des Dieu. 2 Co 4, 11 : « Car nous qui vivons, nous sommes sans cesse livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre chair mortelle ».

Les autorités juives ont fait mourir Jésus pour le faire taire, mais cette mort du Fils de Dieu n’a au contraire que fait parler de lui depuis plus de deux mille ans, car elle a été l’occasion pour le Père de manifester la toute-puissance de son amour, un amour plus fort que la mort. Ct 8, 6 : « Mets-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras ; car l’amour est fort comme la mort, la jalousie est inflexible comme le séjour des morts ; ses ardeurs sont des ardeurs de feu, une flamme de l’Eternel ». Les sacrements sont des rites par lesquels les hommes sont marqués du sceau de l’Esprit. Sphragis, « sceau », est employé dans 16 versets du NT. Le premier emploi est en Rm 4, 11 : « Et il reçut le signe de la circoncision, comme sceau de la justice qu’il avait obtenue par la foi quand il était incirconcis, afin d’être le père de tous les incirconcis qui croient, pour que la justice leur fut aussi imputée ». Ce verset établit une vérité trop souvent occultée dans une Eglise catholique souffrant de la tentation pharisaïque : Dieu œuvre au salut des hommes en dehors des moyens visibles qu’Il a institués. Il peut toucher les cœurs avant que les sacrements ne viennent rendre manifeste à tous cette action secrète. Corneille reçoit l’Esprit-Saint avant que saint Pierre ne le baptise. En Ac 10, 25, on voit le voit tomber aux pieds de Pierre et se prosterner devant lui publiquement. Cet acte est le fruit de l’Intelligence qui nous fait offrir notre vie à Dieu, comme un soldat fait allégeance à son supérieur hiérarchique. Les gestes du baptême que St Pierre confère à Corneille sont le signe visible d’une réalité invisible : la présence de l’Esprit-Saint chez ce dernier. Ac 10, 47 : « Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu le Saint-Esprit aussi bien que nous ? ». L’efficacité des sacrements ne réside pas seulement dans le don initial de l’Esprit, mais également dans l’intensification de sa présence, de même que notre foi augmente lorsque nous la proclamons. Plus on professe l’Evangile auprès des hommes, et plus on en vit soi-même. Dieu fait surabonder les grâces de ceux qui les partagent. Le caractère visible et public des sacrements est très important. « Les mystères de la vie du Christ sont les fondements de ce que, désormais, par les ministres de son Eglise, le Christ dispense dans les sacrements, car ‘ce qui était visible en notre Sauveur est passé dans ses mystères’ »[3]. C’est à la lumière de sa mort et de sa résurrection que les disciples ont compris les paroles et les actions du Christ dont ils avaient été témoins pendant les trois années de sa vie publique. Cette lumière est la lumière de l’Intelligence.

NOTES

[1] Edouard GLOTIN. Les sept fleuves de feu. La Bible du Cœur de Jésus. Tome 2 : les sacrements. Editions l’Emmanuel, 2010.
[2] Voir le paragraphe 3 du chapitre 5, sur le cœur (kardia).
[3] Catéchisme de l’Eglise Catholique article 1115.

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