13. Tuphlos « aveugle ». Le Droit

« Il répondit : S’il est un pécheur, je ne sais ; je sais une chose, c’est que j’étais aveugle et que maintenant le vois » (Jn 9, 25).<br />

Le Conseil est le don de la sanctification progressive de l’homme sur le long et souvent pénible chemin du retour vers Dieu. Ce chemin est semé d’embûches, et le Conseil nous guide et nous protège, en nous aidant à prendre les bonnes décisions qui atténueront les difficultés de la vie et nous préserveront de la ruine, car il est facile de se perdre en route. Ce don donne à l’homme un flambeau, afin qu’il marche dans la lumière et non les ténèbres. Tous les dons apportent une lumière particulière, et la lumière du Conseil est celle d’une torche. Elle ne permet pas de voir très loin, mais éclaire assez de la route, étape par étape, afin de maintenir l’homme sur le droit chemin, en lui évitant les expériences inutiles et même funestes. La lumière la Crainte nous fait voir haut dans le ciel où Dieu réside. La lumière de la Connaissance fait voir derrière le voile des apparences. La lumière de la Piété nous fait voir dans les profondeurs de notre cœur. La lumière de l’Intelligence fait voir la destination finale, loin devant. La lumière de la Force sépare le vrai du faux et fait avancer parmi les ronces. La lumière de la Sagesse fait voir loin derrière et nous permet de récapituler l’ensemble de l’aventure humaine dans un grand panorama dans lequel Dieu gouverne tout. Sans la lumière du Conseil, nous cheminons à tâtons, comme les aveugles. Tuphlos, « aveugle », est employé dans 48 versets du NT. La première occurence est au verset Mt 9, 27 : « Etant parti de là, Jésus fut suivi par deux aveugles, qui criaient : Aie pitié de nous Fils de David ! ». Dans la Bible, les aveugles au monde sont souvent des voyants dans le ciel. Ils voient ce que d’autres ne voient pas, en particulier le fait que Jésus est de la descendance de David le roi des Juifs. Ils voient avec les yeux de l’âme la royauté du Christ. Nous sommes dans le chapitre 9, placé sous le signe de la Connaissance. Celle-ci nous fait voir ce que nous ne pouvons voir qu’avec les yeux de la foi. La tradition est pleine de sages aveugles que l’on vient consulter pour des conseils précieux[1]. On retrouve deux autres aveugles en Mt 20, 30 : « Et voici, deux aveugles, assis au bord du chemin, entendirent que Jésus passait, et crièrent : Aie pitié de nous, Seigneur, Fils de David ! ».

Tous les hommes sont, sans la lumière du Conseil, des aveugles assis au bord du chemin, thème de prédilection du Conseil, mais aussi de la Connaissance et de l’Intelligence. La Connaissance nous fait voir le chemin, l’Intelligence éclaire notre résolution de nous y engager, et le Conseil nous le fait fouler, pas après pas. Dans le septénaire de la Culture, le Droit est, nous pensons, l’œuvre du don de Conseil. Il est l’ensemble des lois humaines par lesquelles les hommes se guident les uns les autres sur le droit chemin, se maintenant dans les limites du bien. Les codes de droit sont un élément essentiel de la culture humaine et forment une branche importante du savoir universel. Ils posent les fondements de la vie en communauté. Dans la vision idéalisée que nous présentons ici le droit, œuvre du Conseil, est ancré dans la dignité humaine que le don de Crainte entretient dans notre esprit. Nous sommes créatures de Dieu, voulues et aimées par lui, créés à son image et investies de la mission de faire croître notre ressemblance d’avec lui. La dignité ou valeur (axios) humaine est l’œuvre de la Crainte et la rencontre des deux dons, Crainte et Conseil, fait un droit véritable, fondé sur la Crainte de Dieu, mais agissant dans le domaine du libre-arbitre gouverné par le don de Conseil, et que l’on appelle l’ordre temporel, la marge de manœuvre de l’homme. « L’homme amputé de ses relations naturelles fondamentales, tel est le sujet absolu couronné de droits mythiques dont l’image a été burinée par Hobbes et par Rousseau. L’homme du Contrat social est un individu sans père ni mère, créateur souverain du monde social. Libérer l’intelligence moderne de ce mythe est le préalable nécessaire à la redécouverte de l’homme réel à travers les relations fondamentales constitutives de son être. Là est le fondement de la société. La reconnaisse de ces relations fondamentales est la première condition d’existence de la doctrine sociale »[2]. Insérer l’homme dans sa relation au Dieu transcendant, son Père, c’est fonder la Civilisation de l’amour, dans laquelle tout homme est conçu comme frère du même Père, et donc digne du respect que l’on se porte à soi-même. Le droit est fondé sur la reconnaissance de l’amour de Dieu pour tous les hommes, un amour vertical et éternel (Crainte) que nous devons manifester dans l’horizontalité temporelle de notre vie terrestre (Conseil). Le droit est œuvre du Conseil en ce que par lui les hommes gouvernent leur vie terrestre collective. Mais il doit toujours garder ses racines surnaturelles dans l’expérience de l’origine divine de l’homme, expérience produite et entretenue par le don de Crainte. Ceci est vrai des sept domaines de la Culture que nous présentons dans cet essai.

La première chose que le droit nous enseigne est le discernement, dans toutes les situations de la vie, entre le bien (kalos) et le mal (kakos). Kalos, « bon, beau, bien, honnête, excellent », est employé dans 90 versets du NT. En Mt 13, le chapitre des paraboles, kalos désigne la bonne terre dans laquelle est semée la semence de la Parole de Dieu. Cette bonne terre, c’est l’homme ou âme humaine comme totalité de l’être humain. La sanctification est la bonification de l’homme, une lente amélioration du cœur humain. En Mc 7, 6, Jésus évoque l’intériorité humaine source des bonnes actions comme des mauvaises: « Jésus leur répondit : Hypocrites, Esaïe a bien (kalos adverbe) prophétisé sur vous, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est éloigné de moi ». La conversion chrétienne doit atteindre les profondeurs de l’homme et y planter l’Esprit afin qu’il soit comme notre nouvelle phusis ou nature, c’est-à-dire notre principe interne de mouvement, l’âme de notre âme. Les péchés sont les actes ou fruits produits par le mauvais arbre et les vertus sont les actes ou fruits produits par le bon. Mt 7, 17 : « Tout bon arbre porte de bons (kalos) fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits ». Nos actions sont la manifestation de l’état de notre cœur. Mc 7, 21 : « Car c’est du dedans, c’est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, les adultères, les impudicités, les meurtres ».

Aussitôt après ce sermon, Jésus tente de se cacher dans une maison, mais une femme le trouve et se jette à ses pieds, l’implorant de « chasser le démon hors de sa fille » (au verset 26 de la Force). La réponse de Jésus est énigmatique et on ne voit pas le lien immédiat avec ce qui précède. Mc 7, 27 : « Jésus lui dit : laisse d’abord les enfants se rassasier ; car il n’est pas bien (kalos) de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens» La présence de ce dialogue au chapitre 7 de la Sagesse pointe sur l’universalité de l’Evangile, thème important de la Sagesse. Il se déroule sur le territoire de Tyr et de Sidon, c’est-à-dire en pays Cananéen, et rappelle la rencontre de Jésus avec la Samaritaine, autre païenne. Les enfants sont le peuple d’Israël, et les petits chiens sont les païens. La Parole de Dieu est d’abord le pain des premiers, et ensuite seulement des deuxièmes. Par cette réponse, Jésus teste la foi de la Cananéenne. Croit-elle que Jésus-Christ soit venu pour la sauver elle aussi ? Elle répond aussitôt dans un verset doublement marqué du signe de la Sagesse, Mc 7, 28 : « Oui, Seigneur, lui répondit-elle, mais les petits chiens, sous la table, mangent les miettes des enfants ».

La Civilisation est l’œuvre de la Sagesse et bénéficie des retombées de la prédication chrétienne, universelle par nature. Les chrétiens sont pour les hommes d’aujourd’hui ce que furent les juifs dans l’empire romain. Ils ont le devoir de conserver et de transmettre la révélation qui leur a été faite, cet incomparable trésor. Ils sont les enfants que Dieu nourrit en premier, mais ils ne sont pas toujours les plus reconnaissants et leur foi ne porte pas tous les fruits qu’elle pourrait. En revanche, les non chrétiens bénéficient eux aussi du repas que le Père offre aux chrétiens. On peut inclure dans ce repas non seulement la nourriture de la Parole de Dieu par la prédication, mais également la puissance salvifique de l’eucharistie qui se répand au-delà des limites de l’Eglise, c’est-à-dire de la « table » à laquelle sont assis les chrétiens. L’Esprit-Saint sort des frontières visibles de l’Eglise et sauve d’une façon mystérieuse l’humanité entière, comme le vingt-et-unième Concile Œcuménique, Vatican II, l’a rappelé à tous. L’appel à la sainteté est universel. On peut également dire que l’Eglise est bien plus vaste qu’on ne le croyait auparavant et englobe aussi les non-croyants. L’amour de Dieu n’a pas de limite et son action n’est pas réduite aux médiations qu’Il a mises en place.

La Cananéenne ne contredit pas la loi, mais elle la parfait : elle montre que les dispositions antérieures ne sont pas leur fin en soi, mais que les moyens contenus dans la loi sont ordonnés à une fin qui les dépasse. Le droit est de l’ordre des moyens et est au service du salut, c’est-à-dire de l’homme. Mc 2, 27 : « Et il leur disait, le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat ». Il forme les hommes à agir bien, fournit à l’enfant un tuteur pour bien grandir et au convalescent des béquilles pour bien se remettre. Au tribunal, on rappelle la loi à celui qui l’a enfreinte et on lui impose une peine, afin que ce qui n’est pas devenu une deuxième nature par l’éducation le redevienne par la contrainte de l’effort imposé.

L’éducation a pour objectif d’intérioriser un code de lois et de redresser le comportement humain corrompu par le péché. Le rôle éducatif de la loi est manifesté par l’autorité que reçoivent ceux qui doivent la mettre en œuvre, pour l’édification de chacun. L’autorité est une puissance qui aide à grandir, et on peut en dire de même de la loi. La loi s’impose à nous non pour nous étouffer, mais pour nous faire nous épanouir dans le bien. 2 Co 13, 10 : « C’est pourquoi j’écris ces choses étant absent afin que, présent, je n’aie pas à user de rigueur, selon l’autorité que le Seigneur m’a donnée pour l’édification et non pour la destruction ». Paul justifie ainsi l’existence même de toutes ses épitres. Par elles, il fournit aux jeunes communautés chrétiennes un code de conduite qui contribuera à leur développement spirituel. 2 Co 13, 7 : « Cependant, nous prions Dieu que vous ne fassiez rien de mal, non pour paraitre nous-même approuvés, mais afin que vous pratiquiez ce qui est bien (kalos) et que nous, nous soyons comme reprouvés ». La pratique du bien est la raison d’être de la loi. Sa finalité (Sagesse du verset 14), c’est la charité : « Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu, et la communication du Saint-Esprit, soient avec vous tous ! ». La charité est la reine des vertus, et les vertus croissent par la pratique du bien. La législation était traditionnellement la prérogative des rois, œuvre du Conseil dans l’Apostolat, et les nobles se doivent d’être des modèles de vertu. 1 Tim 3, 13 : « Car ceux qui remplissent convenablement leur ministère s’acquièrent un rang honorable (kalos), et une grande assurance dans la foi en Jésus-Christ ». Les saints, par leurs bonnes œuvres, méritent une place élevée dans le Royaume de Dieu.

La Force nous obtient la grâce de Dieu tandis que le Conseil contribue à accroitre notre mérite. On retrouve ici le couple inséparable de la grâce et du mérite. Toute l’existence des saints devient une manifestation de la loi interne qui les dirige œuvre de l’Esprit de Conseil. La règle de Foi est une expression de la loi chrétienne. Le Catéchisme de l’Eglise catholique intègre le Décalogue comme l’un de ses quatre fondements, à côté du Credo, du Notre Père et des Sacrements. Par sa mise en pratique, notre foi est fortifiée et toute notre vie en devient une confession, à la suite de notre maitre Jésus-Christ. 1 Tm 6, 13: « Je te recommande, devant Dieu qui donne la vie à toutes choses, et devant Jésus-Christ, qui fit une belle (kalos) confession devant Ponce Pilate ». Nombre de rois païens furent convertis par l’exemple des saints, à commencer par celui de leur épouse. Le mariage est le sixième sacrement et l’époux est un tribunal devant lequel on doit confesser sa foi par le modèle d’une vie chrétienne vertueuse. Cette confession doit se faire dans la douceur et non dans l’arrogance. On ne convertit que par la douceur, car dans cette douceur, on laisse agir la puissance de l’Esprit. Jc 3, 13 : « Lequel d’entre vous est sage et intelligent ? Qu’il montre ses œuvres par une bonne (kalos) conduite avec la douceur de la sagesse». Le Conseil est le don des petites touches délicates. La vie chrétienne est une imitation du Christ, notre maitre. Jn 13, 13 : « Vous m’appelez Maitre et Seigneur ; et vous dites bien, car je le suis ».

Aucun mal n’a jamais pu être attribué à Jésus. Kakos, « misérable, méchant, mal, mauvais », est employé dans 46 versets du NT. Mt 27, 23 : « Le gouverneur dit : mais quel mal (kakos) a-t-il fait ? Et ils crièrent encore plus fort : Qu’il soit crucifié ! ». Jésus-Christ est une victime innocente, comme une multitude de chrétiens à sa suite. Les bonnes œuvres n’apportent pas toujours des récompenses sur la terre, mais, dès ici-bas, les chrétiens peuvent entrevoir les fruits qui en découleront. On a vu que les bons portent de bons fruits et que les méchants sont stériles. Le premier usage de kakos, en Mt 21, 41, constitue une forme de jugement, ce premier jugement que Dieu opère sur les hommes à l’heure de leur mort : « Ils lui répondirent : Il fera périr misérablement ces misérables (kakos), et il affermera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en donneront le produit au temps de la récolte ». La vigne est la vie elle-même, pendant laquelle les hommes ont l’opportunité de faire le bien. La croissance est l’expérience naturelle associée au don de Conseil. Bien agir, c’est coopérer à la croissance du Royaume de Dieu, conformément à la volonté de Dieu. Le mal est une force d’opposition à ce développement. Le mal spirituel s’oppose à l’obtention de la vie éternelle, don gratuit mais aussi récompense de nos efforts, comme toute croissance spirituelle.

Dans le domaine temporel, les lois ont pour but d’éclairer les hommes sur ce qui nuit au bien commun, qu’il s’agisse de la paix ou de la prospérité, par exemple. On sait l’importance de la notion de bien commun en théologie du Droit. « Naturelle ou positive, toute loi qui mérite ce nom est un ordre de la raison au Bien commun. Là est l’essence de la loi. Ce qui fait qu’une loi est loi, ce n’est pas le fait d’émaner de l’autorité (Dieu ou l’homme) et d’obéir à une procédure prévue. Ces deux éléments étant donnés (forme et compétence), il reste à déterminer l’essentiel, l’élément intrinsèque qui fait la nature de la loi : l’ordination rationnelle au Bien commun »[3]. L’Intelligence éclaire la fonction intellective de la raison, tandis que le Conseil éclaire sa fonction pratique. « Connaitre l’ordre, c’est pouvoir ordonner l’action. L’agir suit l’être. Parce qu’elle connait l’ordre de l’être, la raison connait l’ordre de l’agir et dirige les acte: elle conseille et elle commande »[4]. Par l’Intelligence, la raison contemple l’ordre et par le Conseil, elle l’instaure, dans les circonstances mouvantes et souvent imprévisibles de la vie. Les lois positives, qui forment ce que nous appelons ici le droit, sont l’expression historique, « parmi les circonstances de temps et de milieu où se trouvent les hommes d’une société donnée »[5] de principes naturels éternels (le droit naturel), centrés sur la réalité irréductible de l’être humain. « La loi naturelle domine les lois positives, et elle les juge ». On retrouve ici la primauté de l’Intelligence sur le Conseil, ainsi que la préséance des sciences naturelles (Intelligence) sur le droit (Conseil)[6]. La clé réside dans la « domination de la raison sur la volonté». Les lois positives, œuvres de la volonté humaine, n’ont force (obligatoire) de loi que lorsqu’elles sont ordonnées au Bien commun que discerne la raison. Le droit doit posséder le caractère normatif de la loi naturelle bien qu’il soit le fruit d’un effort humain de traduction dans un contexte particulier. La contrainte de la loi, naturelle comme positive, ne découle pas de la volonté humaine (Conseil), mais de la volonté divine (Intelligence) qui en est sa source. L’idéalisme philosophique sape le fondement réaliste du droit. Celui-ci a entamé alors à l’époque des Lumières un lent processus de corruption qui aboutit à des lois ‘inhumaines’ telles que le droit à l’avortement qui massacre chaque année des millions d’innocents dans le monde.

Comme son nom l’indique, le droit aide les hommes à marcher « droit », en marquant les bornes du chemin de la vie, le chemin du juste milieu qui évite de s’aventurer trop à gauche ou trop à droite. La pratique des vertus est un jeu d’équilibre entre deux pôles extrêmes. Le droit exerce sur l’homme une autorité similaire à celle du Magistère sur l’ensemble de l’Eglise. Tous deux sont gardiens de l’orthodoxie. Orthos (adjectif), « droit, juste, non courbe », est employé dans deux versets du NT. He 12, 13 : « Et suivez avec vos pieds des voies droites (orthos), afin que ce qui est boiteux ne dévie pas, mais plutôt se raffermisse ». Orthos (adverbe), « très bien, droitement », est employé dans 4 versets du NT. En Lc 7, 41, Jésus expose à Simon un cas : « Un créancier avait deux débiteurs : l’un devait cinq cent derniers, l’autre cinquante ». A l’heure de notre mort, nous nous tiendrons devant le tribunal de Dieu notre créancier, ce Dieu qui n’a cessé de nous prodiguer des biens toute notre vie, attendant que nous l’en remerciions (par la Crainte, la Connaissance et la piété) et que nous les fassions fructifier (par l’Intelligence, la Force et le Conseil). Ce travail dans le champ du maitre paie notre dette envers Dieu et, au-delà, nous obtient de plus grands trésors encore. A l’issue des six jours de travail, c’est-à-dire au terme de notre vie, le maitre vient en faire le bilan. Au verset 42 de la Sagesse, Jésus nous dit que le Père a remis leur dette aux deux hommes : « Comme ils n’avaient pas de quoi payer, il leur remit leur dette. Lequel l’aimera le plus ? ». C’est l’heure du jugement dernier, temps de grande rigueur mais aussi de grande miséricorde. Ce sont les temps eschatologiques, du grec eschaton, « dernier, extrême, fin », que nous vivons maintenant. Les années saintes ou jubilaires sont l’œuvre de la Sagesse dans la Prière. La question est posée à Simon, juge en apprentissage, au verset 42. Lc 7, 43 : « Simon répondit : Celui, je pense, auquel il a le plus remis. Jésus dit : Tu as bien (orthos) jugé ».

Le droit doit être au service de la vie et non de la mort. Il doit être une manifestation de la miséricorde de Dieu qui ne juge avec sévérité que pour faire grandir ses enfants rebelles et les remettre sur le droit chemin, et non pour les condamner. Il est un moyen et non une sentence finale et définitive. Sa place dans la Culture en relation avec le don de Conseil en montre le caractère instrumental et pragmatique. Les jugements humains sont relatifs et temporaires. Ils visent une fin qui les dépasse et les hommes « aux mains de la justice » humaine doivent pouvoir faire appel de leur condamnation. Ceci explique la progressive disparition de la peine de mort dans les pays chrétiens. L’Art, œuvre de la Sagesse, est lui appelé par sa nature même à durer de toute éternité.

NOTES

[1] St Didyme l’Aveugle par exemple, Père de l’Eglise, et auteur d’un traité sur le Saint Esprit.

[2] Philippe ANDRE-VINCENT. <em>Jalons pour une théologie du droit</em>. Pierre Tequi. Page 59.

[3] Op. cit. Page 82.

[4] Op. cit. Page 83.

[5] Op. cit. Page 84.

[6] Pour une belle illustration des leçons que les hommes peuvent apprendre des animaux. Frans de WAAL <em>The Age of empathy. Nature’s lessons for a kinder society</em>. Crown Publishing Group, 2009.