13. Dunamis « puissance ».

« Que le Dieu de l’espérance vous remplisse de toute joie et de toute paix dans la foi, pour que vous abondiez en espérance, par la puissance (dunamis) du Saint-Esprit » (Rm 15, 13).

Dunamis, « puissance », « miracles », « pouvoir », « moyens », « force », est employé dans 116 versets du NT. Le premier emploi pointe doublement vers le Conseil, en Mt 6, 13 : « Ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin. Car c’est à toi qu’appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen ! ». Nous traitons ailleurs de la puissance royale en relation avec le Conseil. Dunamis est aussi traduit par miracles, et nous traitons de cet aspect dans le paragraphe sur les saints. Le sens que nous aimerions mettre en valeur dans ce paragraphe est celui vers lequel pointe dunamis en Mc 13, 25 : « Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances (dunamis) qui sont dans les cieux seront ébranlées ». Que désignent ces puissances ? En Lc 10, 19, Jésus nous dit : « Voici, je vous ai donné le pouvoir (exousia) de marcher sur les serpents et les scorpions, et sur toute la puissance (dunamis) de l’ennemi ; et rien ne pourra vous nuire ». La puissance de Dieu, qui fait de nous des saints, nous permet, à la suite de Josué, de reconquérir la terre et d’y planter le royaume de Dieu. 1 Co 4, 20 : « Car le royaume de Dieu ne consiste pas en paroles, mais en puissance ». Par la puissance de Dieu, nous travaillons avec lui et produisons des œuvres du salut. 2 Co 6 décrit la réalité de la vie chrétienne, qui est travail et lutte à la suite du Christ, comme le premier verset le résume : « Puisque nous travaillons avec Dieu, nous vous exhortons à ne pas recevoir la grâce de Dieu en vain ». La grâce reçue (Force), doit être mise à profit (Conseil). Nous retrouvons dans ce chapitre une quantité de thèmes liés au Conseil : le temps favorable (verset 2), le scandale (verset 3), la patience dans les tribulations (verset 4), les difficultés citées au verset 5, les vertus citées au verset 6, la puissance de Dieu et les armes au verset 7, l’imposture (verset 8), la mort (verset 9), le cœur élargi (versets 11 et 13), la fidélité et l’infidélité (verset 15), le temple de dieu (verset 16), Dieu quui marche au milieu de nous (verset 16), la pureté et l’impureté (verset 17). Cette puissance qui agit en nous (Eph 3, 20) est la manifestation de notre foi. Elle fait de nous autant de Maries capables d’écraser la tête des serpents qui infestent la terre.

Le chapitre 11 de l’épître aux Hébreux est un hymne à la foi. Saint Paul liste tout ce que les justes ont accompli par elle. Deux listes nous sautent aux yeux. La première, au verset 32, nous présente les grandes personnalités (Intelligence) de l’Ancien Testament : « Et que dirai-je encore ? Car le temps me manquerait pour parler de Gédéon, de Barak, de Samson, de Jephté, de David, de Samuel, et des prophètes ». La deuxième s’étend sur les versets 33 et 34 et nous énumère leurs hauts faits : « (33) qui, par la foi, vainquirent des royaumes, exercèrent la justice, obtinrent des promesses, fermèrent la gueule des lions, (34) éteignirent la puissance du feu, échappèrent au tranchant de l’épée, guérir leurs maladies, furent vaillants à la guerre, mirent en fuite des armées étrangères ». Ce petit récit, rassemblé sur trois versets, de l’Intelligence au Conseil, décrit l’intelligence du combat spirituel que les chrétiens doivent avoir, et les types de combat qu’ils doivent mener afin d’obtenir une meilleure résurrection (verset 35) – c’est-à-dire l’entrée dans la vie éternelle – et de « parvenir à la perfection » (verset 40). Le dernier combat est la mise en fuite des armées étrangères. Ce travail est dévolu à l’homme, à la suite du travail accompli par Jésus sur la Croix par lequel il a mis en fuite l’homme fort, Satan lui-même. A nous de ‘faire la fête’ aux légions de Satan, par la puissance (dunamis) que Dieu nous a obtenue par sa mort[1].

[1] Col 2, 15 : « Il a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la Croix ». Ep 6, 12, St Paul nomme ces quatre types de puissances, « Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations (arche), contre les autorités (exousia), contre les princes de ce monde (kosmoskrator) de ténèbres, contre les esprits (pneumatikos) méchants dans les lieux célestes ».

Les dévotions populaires, œuvre du Conseil dans le Sacerdoce, sont nos armes principales dans ce combat, en particulier le Rosaire, arme que Marie est venue nous confier par l’intermédiaire de saint Dominique. La recitation du Rosaire est si puissante et si importante de nos jours que nous allons citer un extrait du Secret Admirable du Très Saint Rosaire et saint Louis-Marie Grignion de Montfort qui décrit cet episode merveilleux de l’histoire de la piété populaire : « Cependant le saint Rosaire, dans sa forme et la méthode dont on le récite à présent, n’a été inspiré à son Eglise, donné de la très sainte Vierge à saint Dominique pour convertir les hérétiques albigeois et les pécheurs, qu’en l’an 1214, de la manière que je vais dire, comme le rapporte le bienheureux Alain de la Roche dans son fameux livre intitulé: « De Dignitate psalterii ». Saint Dominique, voyant que les crimes des hommes mettaient obstacle à la conversion des Albigeois, entra dans une forêt proche de Toulouse et y passa trois jours et trois nuits dans une continuelle oraison et pénitence; il ne cessait de gémir, de pleurer et de se macérer le corps à coups de discipline, afin d’apaiser la colère de Dieu, de sorte qu’il tomba à demi mort. La Sainte Vierge lui apparut, accompagnée de trois princesses du ciel et lui dit: « Sais-tu, mon cher Dominique, de quelle arme la Sainte-Trinité s’est servie pour réformer le monde? – O Madame, répondit-il, vous le savez mieux que moi, car après votre Fils Jésus-Christ vous avez été le principal instrument de notre salut. » Elle ajouta: « Sache que la principale pièce de batterie a été le psautier angélique, qui est le fondement du Nouveau Testament; c’est pourquoi, si tu veux gagner à Dieu ces coeurs endurcis, prêche mon psautier. » Le saint se leva tout consolé et, brûlant du zèle du salut de ces peuples, il entra dans l’église cathédrale; incontinent les cloches sonnèrent par l’entremise des anges pour assembler les habitants, et au commencement de la prédication un orage effroyable s’éleva; la terre trembla, le soleil s’obscurcit, les tonnerres et les éclairs redoublés firent pâlir et trembler tous les auditeurs; et leur terreur augmenta quand ils virent une image de la Sainte Vierge exposée sur un lieu éminent, lever les bras par trois fois vers le ciel pour demander vengeance à Dieu contre eux, s’ils ne se convertissaient et ne recouraient à la protection de la sacrée Mère de Dieu. Le ciel voulait par ces prodiges augmenter la nouvelle dévotion du saint Rosaire et la rendre plus fameuse. L’orage cessa enfin par les prières de saint Dominique. Il poursuivit son discours et expliqua avec tant de ferveur et de force l’excellence du saint Rosaire, que les Toulousains l’embrassèrent presque tous et renoncèrent presque tous à leurs erreurs, et l’on vit, en peu de temps, un grand changement de moeurs et de vie dans la ville »[2]. Le monde serait très différent si tous les chrétiens priaient un chapelet chaque jour.

NOTES

[1] Col 2, 15 : « Il a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la Croix ». Ep 6, 12, St Paul nomme ces quatre types de puissances, « Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations (arche), contre les autorités (exousia), contre les princes de ce monde (kosmoskrator) de ténèbres, contre les esprits (pneumatikos) méchants dans les lieux célestes ».
[2] Saint Louis-Marie GRIGNION DE MONTFORT. Le Secret du Rosaire. Editions Traditions Monastiques, 2005. Rose 11.

Légende : Tempête en Bretagne