14. Mnemoneuo « se rappeler ».

« Vous vous rappelez, frères, notre travail et notre peine : nuit et jour à l’œuvre, pour n’être à charge à aucun de vous, nous vous avons prêché l’Evangile de Dieu » (1 Th 2, 9).

Saint Paul rappelle aux frères de Thessalonique le travail de prédication que les apôtres ont fait auprès d’eux. Le don de Sagesse est le septième et nous fait entrer dans le repos du septième jour de la création, quand Dieu s’arrêta de créer. Gn 2, 2 : « Dieu acheva au septième jour l’œuvre qu’il avait faite, il arrêta au septième jour toute l’œuvre qu’il faisait ». La Sagesse nous fait profiter du travail accompli. On le contemple et on peut juger des résultats. Comme le Conseil, la Sagesse est un don de jugement. A la fin d’une ascension, l’alpiniste se retourne et regarde en arrière le chemin parcouru. Il fait une pause contemplative. C’est ce que Paul semble inviter les apôtres à faire dans ce verset. Le verbe grec utilisé ici pour se rappeler est mnemoneuo. Il est utilisé dans 21 versets du NT. Il est employé en Jean pour décrire le fait qu’une fois l’accouchement terminé et après l’entrée dans la joie de la maternité, la mère oublie les douleurs qu’elle vient d’endurer. Jn 16, 21 : « La femme, lorsqu’elle enfante, éprouve de la tristesse, parce que son heure est venue ; mais, lorsqu’elle a donné jour à l’enfant, elle ne se souvient (mnemoneuo) plus de la souffrance, à cause de la joie qu’elle a de ce qu’un homme est né dans le monde ». La femme est délivrée de la souffrance et sa joie vaut tout le mal qu’elle a connu. Il en est de même dans l’histoire humaine. A la fin des temps, Dieu oublie nos péchés, et nous oublions nos mauvaises expériences, non pas que le souvenir s’efface de notre esprit, mais il est devenu comme ‘insipide’. Nous ne le goûtons plus, même si nous ‘savons’ que nous avons soufferts et que le chemin a été pénible. La souffrance n’opère plus. Son souvenir est comme dévitalisé, inopérant. Il ne nous trouble plus.

La Sagesse est le don qui nous fait goûter la vie éternelle ici-bas, cette vie dans laquelle nous serons délivrés du mal pour toujours. Ce verset de He 13, 7 décrit bien le profit que l’on peut retirer dans la contemplation de la vie des saints dans son intégralité: « Souvenez-vous de vos conducteurs qui vous ont annoncé la parole de Dieu ; considérez quelle a été la fin de leur vie, et imitez leur foi ». La Sagesse nous donne une vision complète des choses. Lorsque l’on voit l’ensemble d’un phénomène dans la totalité de son développement, on peut juger des phénomènes encore en cours de réalisation. On sait où ils vont aller, ce qu’ils vont devenir. On sait où les choses conduisent, bonnes et mauvaises. Le sage ne suit pas la voie de l’impie, car il sait qu’elle conduit à la mort. L’insensé ne sait rien de tout cela et avance dans la vie comme s’il était le premier, sans savoir où il va.