14.Tauta « ces choses ».

« Quelques pharisiens qui étaient avec lui, ayant entendu ces paroles, lui dirent : Nous aussi, sommes-nous aveugles ? » (Jn 9, 40).<br />

Tauta, « ces choses, ces paroles », est employé dans 234 versets du NT, comme dans Lc 21, 7: « Ils demandèrent : Maitre, quand donc cela (tauta) arrivera-t-il, et à quel signe connaitra-t-on que ces choses (tauta) vont arriver ? ». Ce mot collectif désigne un groupe de choses ou de paroles. Il est employé six fois en Lc 21, la petite apocalypse du NT. Le verset Lc 23, 49 décrit bien la vision d’ensemble que la Sagesse nous communique : « Tous ceux de la connaissance de Jésus, et les femmes qui l’avaient accompagné depuis la Galilée se tenaient dans l’éloignement et regardaient ce qui se passait (tauta) ». Notre esprit ne peut pas, ici-bas, contempler tout ce que Jésus-Christ a fait, ni même voir la Tradition, œuvre de l’Esprit, dans son ensemble. Sa richesse nous dépassera toujours. Tauta sert à désigner « tout cela ». Jn 1, 28 : « Ces choses (tauta) se passèrent à Béthanie, au-delà du Jourdain, où Jean baptisait ». Tauta désigne les choses de la fin des temps, les choses dernières. 2 P 3, 14 : « C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant ces choses (tauta), appliquez-vous à être trouvés par lui sans tache et irrépréhensibles dans la paix ». De grandes et terribles « choses » nous attendent. La doctrine des choses dernières s’appelle l’eschatologie. Les derniers articles du Credo nous en résument les grands évènements : « Je crois à la résurrection de la chair » et « Je crois à la vie éternelle » (jugement particulier, ciel, purification finale ou Purgatoire, enfer, jugement dernier, espérance des cieux nouveaux et de la terre nouvelle). Ces vérités n’occupent que seize des sept cent pages du Catéchisme de l’Eglise Catholique, mais la Tradition est riche de révélations privées qui nous aident à mieux imaginer en quoi consistent « toutes ces choses ». Dans L’esprit des derniers temps, Jean-Marc Bot nous aide à ne pas tomber dans les pires élucubrations et fait un état des lieux réfléchi de ces questions brûlantes. Voici comment il résume son travail : « Je montrerai alors que le meilleur est à la fin, coexistant avec le pire. Selon les paraboles évangéliques, le Royaume de Dieu se développe de manière vivante, organique, jusqu’à la fin des temps. Dans la période finale il apparaitra donc dans toute sa splendeur, non pas pour fonder une société idéale, mais pour diffuser un témoignage spirituel auquel chaque être humain devra répondre par un oui ou un non décisif. Ce sera la dernière effusion de l’Esprit, à très grande échelle : la Pentecôte mondiale de l’amour. Alors viendra la crise finale. Ce témoignage puissant, parmi les ambiguïtés et les persécutions habituelles, déclenchera la réaction d’un immense contre-témoignage : l’imposture mondiale de l’Anti-Christ. Un empire du mal sans équivalent et sans successeur semblera tout submerger pendant une courte période. La conclusion définitive des derniers temps mettra un terme à cette terrible épreuve. Après un ébranlement cosmique prodigieux, au jour et à l’heure fixes, le Christ lui-même paraitra dans toute sa gloire pour vaincre les puissances du mal. Ce sera la Parousie. Tous les hommes le verront, les uns pour leur condamnation, les autres pour leur salut. Avec le Jugement dernier et la résurrection de la chair l’histoire prendra fin. La création ancienne laissera place à la nouvelle. Le Plérome, selon la terminologie de saint Paul, rassemblera la totalité du monde recrée dans le Christ, pour l’éternité »[1].

Dans La Vierge des derniers temps, René Laurentin et François-Michel Debroise mettent en évidence le rôle de Marie lors du combat final, comme le livre de l’Apocalypse nous le dit également. Il est fait référence aux révélations de Jésus-Christ à Maria Valtorta, mystique italienne morte le 12 octobre 1961, auteur d’une monumentale vie de Jésus révélée par le Seigneur de janvier 1944 à la fin avril 1947. « Regardez à l’orient des temps (le soleil levant de Dieu)…Déjà sur les ténèbres qui, toujours plus denses et maudites, recouvrent la terre, se dessine une lueur qui ne pourrait être plus douce. C’est le temps de Marie qui surgit. Marie est l’extrême miséricorde que notre Amour a conçue pour vous. Long, très long sera son chemin. Elle est contrariée par son éternel ennemi qui, bien que vaincu, n’en demeure pas moins obstiné à la tourmenter et à la combattre. Il obscurcit l’intelligence des hommes pour les empêcher de connaitre Marie. Il éteint la foi et la confiance qu’ils peuvent avoir en elle, il fait surgir des brumes, il lance de la boue. Mais l’Etoile de la Mer (…) passera sans que la boue puisse salir l’ourlet de sa robe. Rapide comme un archange, elle descendra seulement pour tracer son signe, près de celui du Tau, sur le front des fidèles sauvés pour le Royaume éternel. Au toucher de sa main, force et paix pénètreront dans l’esprit de ses fidèles, car elle est Mère de la vie et Fontaine du salut »[2].

Ainsi s’achève notre première promenade dans le jardin de la Tradition.

NOTES

[1] Jean-Marc BOT. L’esprit des derniers temps. Ed. de l’Emmanuel, 2003.

[2] Marie VALTORTA, Leçons sur l’épître aux Romains, leçon 3, cité dans René LAURENTIN et François-Michel DEBROISE. La Vierge des derniers temps. Salvator, 2014.