14. Hebdomekonta « Soixante-dix ». Conciles Oecuméniques

« Après cela, il leur désigna encore soixante-dix autres disciples, et il les envoya deux à deux devant lui dans toutes les villes et dans tous les lieux ou lui-même devait aller » (Lc 10, 1).<br />

La Pentecôte est le troisième mystère glorieux du Rosaire. Le chapitre 10 de Luc est une petite Pentecôte anticipée. Les 70 disciples ont reçu l’Esprit de Dieu par lesquels ils peuvent poursuivre l’action de Jésus-Christ. Ils sont porteurs du Christ. Ils vont deux par deux, soit trente-cinq pairs (Sagesse) de disciples. Ils représentent toute l’Eglise envoyée en mission préparer le retour glorieux du Christ. Le retour victorieux près du Seigneur en Lc 10, 17 est un rassemblement œcuménique, un retour de croisade : « Les soixante-dix revinrent avec joie, disant : Seigneur, les démons mêmes nous sont soumis en ton nom ». L’Eglise universelle déployée par l’envoi en mission est appelée à se resserrer auprès du Seigneur dans la personne du pape, à intervalles réguliers. Le soir, les parents rassemblent leurs enfants pour la prière et écoutent les histoires de leur journée. Ils leur prodiguent de précieux conseils pour le lendemain et les aident à renouveler leurs bonnes résolutions. Ils opèrent également certaines corrections dans leurs comportements. Les Conciles œcuméniques sont la prière du soir de l’Eglise, de véritables examens de conscience lors desquels l’Eglise toute entière se ressource et se corrige. Hebdomekonta, soixante-dix, est employé dans 5 versets du NT. Comme le sept, ll est le chiffre de la totalité. Les Conciles, œuvre de la Sagesse dans le Magistère, sont de grandes réunions de famille autour du pater familias.

Le motif du Père (le Pape) entouré de toute sa famille (l’Eglise du monde entier) est évoqué en Ac 7,14 : « Puis Joseph envoya chercher son père Jacob, et toute sa famille, composée de soixante-quinze personnes. » Suggenia, famille, est employé dans trois versets du NT, dont deux dans ce septième chapitre des Actes. Il vient de suggenes, de même parent (de sun, avec et genos, espèce). Tout le genre humain se rassemble dans la conscience de faire partie d’une même espèce, d’être issu du même Père céleste[1]. Le lien entre la Piété et la Sagesse est très profond. La Sagesse déploie dans tout l’univers la vie cachée en chaque cœur humain et nourrie par la Piété. C’est ainsi que le livre de l’Apocalypse est plein de thèmes liés à la Piété. La Piété est le troisième don, illustrant par excellence l’action de la troisième Personne de la Trinite. La Sagesse est le septième don et ses œuvres donnent à voir au monde entier les œuvres de l’Esprit. Les œuvres de la Piété sont intimes. Les œuvres de la Sagesse sont les mêmes œuvres manifestées a tous car « il n’y a rien de caché qui ne doive être découvert (apokalupto), ni de secret qui ne doive être connu. » (Lc 12, 22).

Les soixante-dix disciples de Lc 10 sont donc une figure de l’Eglise universelle, répandue sur toute la surface du globe, l’oikoumene. Oikouménê, « univers, monde, terre habitée » est employé dans 15 versets du NT. Il vient de oikéô, « habiter », que l’on trouve en 1 Co 3, 16 : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? ». Le premier emploi d’oikoumene est en Mt 24, 14 : « Cette bonne nouvelle du Royaume sera prêchée dans le monde entier, pour servir de témoignage à toutes les nations. Alors viendra la fin ». Nous avons dit ailleurs que les œuvres de la Tradition liées à la Sagesse ont toutes un caractère grandiose. Elles ont pour vocation de s’adresser à l’humanité entière afin de la rassembler autour du Père : l’Art, les Basiliques, les Années Saintes, les Empires, l’Ascèse, les Conciles et les Afflictions. D’une certaine façon, ces œuvres sont accessibles à tous. Elles ont pour mission d’être reçues par toutes les nations, de même que l’immense basilique Saint Pierre de Rome accueille tous les touristes, chrétiens ou non. Les œuvres de la Sagesse sont universelles, comme les ‘grandes’ œuvres d’Art. La grandeur (anglais greatness) est précisément ce qui a la capacité de toucher le plus grand nombre d’êtres humains, « toutes les nations (ethnos) » de l’oikoumene. Telle est la raison d’être des Conciles œcuméniques. Ces grands rassemblements des hommes de paix ont pour finalité de s’opposer aux rassemblements initiés par les démons de Ap 16, 14 : « Car ce sont des esprits de démons, qui font des prodiges, et qui vont vers les rois de toute la terre (oikoumene), afin de les rassembler pour le combat du grand (megas) jour du Dieu tout-puissant. » Les Conciles œcuméniques sont convoqués sous l’inspiration du Saint-Esprit dans les grands moments de crise. Ils ont un rôle apocalyptique de grand nettoyage des erreurs accumulées sur une longue période de temps. Le premier des 63 versets où hepta, « sept », est employé est Mt 12, 45: « Il s’en va, et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui ; ils entrent dans la maison, s’y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération méchante ». On a vu que les soixante-dix reviennent vers Jésus joyeux car ils ont la puissance de chasser ces mauvais esprits. Les Conciles œcuméniques sont le rassemblement périodique de ces soixante-dix apôtres, qui continuent à chasser de la terre (oikouménê) les démons qui s’y sont installés et privent les hommes de la religion véritable. Ils font le ménage dans les idées chrétiennes d’une génération donnée. Ils ont pour rôle de libérer l’esprit humain des erreurs qui ne cessent de s’y installer et y sèment des querelles.

L’Esprit Saint, Esprit de Sagesse, fait les sages, à qui peut être confiée la tache de discernement de la vérité. Ac 7, 10 : « Et le délivra de toutes les tribulations ; il lui donna de la sagesse et lui fit trouver grâce devant Pharaon, roi d’Egypte, qui l’établit gouverneur d’Egypte et de toute sa maison ». Un Concile est une réunion de sages, que l’on appelle des experts. Sophos, « sage », est employé dans 20 versets du NT. Rm 1, 14 : « Je me dois aux Grecs et aux barbares, aux savants (sophos) et aux ignorants. » Par les Conciles, l’Eglise touche tous les hommes.

La relation entre les Conciles (Sagesse) et les Papes (Piété) fut pendant des siècles l’objet de grands débats. On craignait que l’autorité des premiers affaiblisse celle des derniers. C’est pour cela que nous avons ancré notre méditation sur les Conciles dans Lc 10, afin d’illustrer le lien dynamique entre Jésus et les disciples qu’il envoie rayonner sur toute la terre. Les Conciles nous donnent à voir le lien entre les Papes et l’Eglise universelle, entre le centre de la roue et ses rayons. Le centre sans les rayons est immobile et les rayons sans le centre ne vont nulle part. La réalité conciliaire a mis du temps à être acceptée par le clergé. Le 14 avril 1964 lors de la tenue de Vatican II, le pape Paul VI adresse aux évêques italiens la lettre suivante : ‘Frères vénérés, nous comptons sur votre participation attentive, enthousiaste, active (au concile). Votre participation n’entend certainement pas être craintive, incertaine, chicanière ou polémique, mais franche, noble, qualifiée et profitable (…). Quelle que doive être l’issue du concile, nous devons le considérer dans sa relate intentionnelle, spirituelle, surnaturelle, comme une heure de Dieu, un ‘passage du Seigneur’ dans la vie de l’Eglise et dans l’histoire du monde’[2]. Cette réticence des cadres de l’Eglise rappelle celle dont fait l’objet le mouvement charismatique, autre manifestation du souffle de l’Esprit répandu en abondance dans les temps de crises, et en particulier dans les derniers temps que nous vivons. De même, les institutions ont besoin de la vie des charismes et les charismes ont besoin de la structure des institutions. Dans son livre sur le Renouveau, printemps de l’Eglise, le père Daniel-Ange constate le caractère universel de cette nouvelle Pentecôte : ‘Premier aspect ou première étoile : le caractère d’emblée international, et par là aussi ecclésial, du Renouveau. Comme par un feu-incendie, tous les pays ont été touchés : depuis la toundra sibérienne, jusqu’à la foret équatoriale, de la mégapole de Mexico au hameau de Scandinavie : partout petites communautés et groupes de prière ont fleuri, on en sait trop comment. (…) Dans des groupes et communautés, sessions et rassemblements, le métallo rencontre l’ingénieur, le général partage avec le lycéen africain, le chef de clinique prie avec un gitan, le sénateur partage la chambre du jeune mongolien, un cardinal joue avec un enfant. Le smicard écoute un enseignement aux cotes d’une princesse de sang. Un chef d’Etat prie avec les plus pauvres de sa capitale. Des groupes ont fleuri dans les lycées, bidonvilles, palais royaux, sièges de parlement, clairières d’Afrique, hôpitaux, prisons, etc. : devant le Seigneur, plus de clivage social: et tout cela, sans la moindre orchestration, sans aucune organisation (ou le moins possible pour rester souple et simple)[3]’. Voilà l’œuvre de la Sagesse autre de nom de l’Esprit Saint ‘souple et simple’ : unir par-delà les différences, ce que nous avons tenté de montrer dans le chapitre sur la Civilisation comme l’Eglise des nations rassemblées autour du Père. Ce que Daniel-Ange dit du Renouveau a été dit du plus grand Concile œcuménique de tous les temps, le vingt-et-unième : ‘Etonnante, imprévisible réponse de l’Esprit Saint aux vagues successives de sécularisme mondain, de libéralisme théologique, de relativisme moral et de religiosité païenne, qui semblaient vouloir balayer l’Eglise, comme naguère l’Islam ou ce qu’il est convenu d’appeler les Lumières[4]’. D’ailleurs, le mouvement charismatique a touché l’Eglise catholique un week-end de février 1967 sur le campus de Duquesne a sur Pittsburg, juste après la tenue de Vatican II, termine en décembre 1965. Les deux évènements font partie du même mouvement de fond de l’Esprit et l’on pourrait sans doute faire une histoire de l’Eglise en observant la concordance des ‘réveils’ (revivals) de l’Eglise avec la tenue des Conciles œcuméniques.

Un autre lien historique à mettre en évidence pourrait être celui des Conciles et des guerres. En effet, la guerre est un thème lie à la Sagesse tout autant que la paix. Les Conciles, qui s’étendent sur plusieurs années, sont des guerres que le Magistère livre contre l’erreur afin de conduire au repos de la paix. En ce début de XXIème siècle, le combat du ciel semble être descendu sur la terre. C’est le grand bouquet final, dans lequel la guerre et la paix semblent s’intensifier. Il faut continuer à croire que l’Esprit-Saint fait triompher le plan de vie et d’amour de Dieu. 2 Co 2, 14 : « Grâces (charis) soient rendues à Dieu qui nous fait toujours triompher en Christ, et qui répand par nous en tout lieu l’odeur de sa connaissance ! ». « En tout lieu » exprime l’universalité de l’offre du salut. Le sang (Force) du Fils a été versé pour tous. Mt 26, 28 : « Car ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour plusieurs (polus), pour la rémission des péchés ». Jésus est venu apporter la guérison définitive du plus grand nombre. Lc 7, 21 : « A l’heure même, Jésus guérit plusieurs (polus) personnes de maladies, d’infirmités, et d’esprits malins, et il rendit la vue à plusieurs (polus) aveugle’. Ce rétablissement de la vue de Sagesse est, selon St Thomas, la finalité de la grâce. 2 Co 13, 14 : « Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu, et la communication du Saint-Esprit, soient avec vous tous ! ». Plethuno, employé dans 11 versets du NT signifie la « multitude ». Il a donné le mot pléthore. La prière (Piété) ouvre les portes du Ciel et fait descendre en abondance un déluge (Sagesse) de grâce. Rappelons-nous que le déluge qui met fin définitivement au péché est rapporté au chapitre 7 de la Genèse. Trois est multiplié par Sept. En Ac 7, 17, on voit l’effet multiplicateur de la Piété et de la Sagesse : « Le temps approchait où devait s’accomplir la promesse que Dieu avait faite à Abraham, et le peuple s’accrut et se multiplia (plethuno) en Egypte ». La pléthore de serviteurs du Royaume que nous observons actuellement est l’accomplissement (Sagesse) de la promesse fondatrice de toute l’Histoire Sainte. La Nouvelle Pentecôte multiplie les saints de façon inouïe dans l’histoire du christianisme. Il sera bientôt impossible au Magistère de suivre toutes les histoires en cours et de les ‘confirmer’. La Crainte a bien conduit à la Sagesse. He 6, 14 se fait l’écho de ce verset : « Certainement je te bénirai et je multiplierai (plethuno) ta postérité ». Plethuno vient de plethos, « multitude », employé dans 32 versets du NT. Le premier emploi est en Mc 3, 7 : « Jésus se retira vers la mer avec ses disciples. Une grande multitude (plethos) le suivit de la Galilée ; et de la Judée ». Ou encore Ac 5, 14 : « Le nombre (plethos) de ceux qui croyaient au Seigneur, homme et femmes, s’augmentait de plus en plus ». En Jn 21, 6, les disciples ne peuvent pas retirer les filets de l’eau, « à cause de la grande quantité (plethos) de poissons ».

Apres le règne du péché (Conseil), Dieu nous fait entrer dans le règne de la grâce (Sagesse), par la puissance de son Esprit. En effet, Rm 5, se termine au verset 21, véritable point d’orgue de toute l’explication de Paul : « Afin que, comme le péché a régné par la mort, ainsi la grâce régnât par la justice pour la vie éternelle, par Jésus-Christ notre Seigneur ». Charis, « grâce », est employé dans 147 versets du NT, dont 21 dans la seule épître aux Romains. Par la grâce qu’ils accordent, les empereurs, œuvre de la Sagesse dans l’Apostolat, libèrent des épreuves et font entrer dans la vie. Ac 7, 10 : « Et le délivra de toutes ses tribulations; il lui donna la sagesse et lui fit trouver grâce devant Pharaon, roi d’Egypte, qui l’établit gouverneur d’Egypte et de toute sa maison ». Le premier concile œcuménique, a Nicée en 325, fut convoqué par le premier empereur chrétien, Constantin. « Dans sa lettre adresse en 314 à Aelafus, son représentant en Afrique, et chrétien lui aussi, Constantin explique pourquoi il est estime devoir mettre fin à cette agitation : ‘De telles controverses risquent d’indisposer Dieu, non seulement contre l’humanité, mais aussi contre moi-même, au gouvernement et à la garde duquel sa divine volonté a commis toutes choses, et de l’amener à prendre d’autres mesures. Je ne pourrai trouver le repos, ni attendre de la puissance miséricordieuse du Tout-Puissant la prospérité et le bonheur, tant que je ne verrai pas tous les hommes, unis par les liens d’une commune fraternité, offrir au Dieu Très Saint les hommages qui lui sont dus de la religion catholique’. Ces lignes expliquent clairement le credo politique de Constantin, mais aussi son ardeur sincère à promouvoir l’adoration de Dieu en toute vérité et la paix au sein de l’Eglise.[5] »

Les Empereurs sont une figure du Christ-Roi, qui distribue le pain lors des famines depuis son grenier inépuisable. Dieu n’a de cesse de s’émouvoir pour les foules perdues dans le désert et affamées et il les nourrit en multipliant les grâces comme en Palestine il multipliait les pains. Mt 14, 14 (double Sagesse) : « Quand il sorti de la barque, il vit une grande foule, et fut ému de compassion pour elle, et il guérit les malades ». Sept versets plus loin, Mt 14, 21 : « Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille hommes, sans les femmes et les enfants ». Jésus a prononcé sept ‘Je suis’ dans le Nouveau Testament. Il est le pain, et il est la vérité. La vérité est la nourriture de l’homme spirituel. Le Concile de Vatican II a eu pour mission de ‘convier l’humanité à retrouver Dieu’. La vérité de Jésus, c’est son Père et la relation qu’il vit avec lui. Toute la vie chrétienne découle de ce retour à la source de notre être. « L’Eglise du concile s’est aussi beaucoup occupée de l’homme, de l’homme tel qu’en réalité il se présente à notre époque, l’homme vivant, l’homme tout entier occupe de soi, l’homme qui se fait non seulement le centre de tout ce qui l’intéresse, mais qui ose se prétendre le principe et la raison dernière de toute réalité. L’humanisme laïc et profane, enfin, est apparu dans sa terrible stature et a, en un certain sens, déifie le concile. La religion de Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion – car c’en est une – de l’homme qui se fait Dieu. Qu’est-t-il arrive ? Un choc, une lutte, un anathème ? Cela pouvait arriver, mais cela n’a pas eu lieu. La vieille histoire du Samaritain a été le modèle de la spiritualité du concile. Une sympathie sans borne l’a envahi tout entier. La découverte des besoins humains (et ils sont d’autant plus grandes que le fils de la terre s’est fait plus grand) a absorbé l’attention de notre concile. Reconnaissez-lui au moins ce mérite, vous, humanistes modernes qui renoncez a la transcendance des choses suprêmes, et sachez reconnaitre notre nouvel humanisme : nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme. (…) Notre humanisme devient christianisme et notre christianisme s’est fait théocentrique si bien que nous pouvons également affirmer : pour connaitre Dieu, il faut connaitre l’homme. Le concile n’est pas autre chose qu’un appel amical et presque pressant qui convie l’humanité à retrouver Dieu [6]». Cette dernière phrase résume l’essentiel des Conciles œcuméniques : ils étendent le Magistère de l’Eglise à l’humanité entière et la dynamique du Magistère, œuvre par excellence du Conseil, est de conduire les hommes au Père, à la suite du Fils, dans l’Esprit-Saint. Voici comment le père Yves Congar vit la cérémonie de clôture du 8 décembre 1965 : « Je comprends l’intention de la cérémonie d’aujourd’hui par rapport à celle d’hier. Les deux répondent au schéma : l’Eglise en elle-même, l’Eglise dans le monde et pour les hommes. On a eu hier la clôture en quelque sorte interne du concile. Aujourd’hui, l’Eglise est envoyée au monde, ad gentes, ad populos. Incipiendo, non a Ierosolyma sed Roma (aux nations, aux peuples. En commençant non à Jérusalem mais à Rome). Le concile va éclater dans le monde. Il réalise aujourd’hui son moment de Pentecôte dont avait parlé Jean XXIII. L’homélie du pape est moins remarquable que celle d’hier, mais il annonce à la fin qu’il y aura, après la Messe, une série de messages aux différentes catégories d’hommes. De fait, sept messages se succèdent. On a fait en sorte qu’ils soient, à la fois, du concile, du pape et du peuple chrétien[7]. » Le grand ménage de printemps dans les idées et les pratiques que l’Eglise opère lors des Conciles a pour but de rendre l’Eglise plus accueillante à tous les ‘invités au repas du Seigneur’. Kaleo, appeler, inviter, convier, est employé dans 138 versets du NT. Il est lie principalement aux dons du Père (Crainte, Intelligence et Sagesse). On le trouve onze fois dans Lc 14 dans la parabole des convives invites à des noces. Au verset 21, le maitre étend son invitation à tous les affligés que l’on trouve comme jetés, rejetés, dans les lieux publics : «  Le serviteur, de retour, rapporta ces choses à son maître. Alors le maître de la maison irrité dit à son serviteur: Va promptement dans les places et dans les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. » Les Conciles produisent des documents publics par lesquels le maitre de maison invite les hommes de toutes catégories dans la maison de l’Eglise, au repas de noces. La finalité des Conciles, comme de l’Esprit de Sagesse, est l’unité des chrétiens ainsi que l’unité des hommes dans le Christ.

NOTES

[1] Voir le chapitre sur la Civilisation.

[2] Cite dans Henri Fesquet Le Journal du Concile. Page 411. Salvator, 2012.

[3] Daniel-Ange. <em>Le Renouveau, printemps de l’Eglise! </em>Le Sarment, Fayard. Page 31.

[4] Op. cit. page 11.

[5] Francis Dvornik, Histoire ds Conciles. Seuil, 1961.

[6] Henri Fresquet. Le Journal du Concile. Page 1109.

[7] Congar Journal du Concile. Vol 2, page 515. Message aux gouvernements des peuples, aux intellectuels, aux artistes, aux femmes, aux travailleurs, aux pauvres et aux malades, aux jeunes.