15. Amemptos « irréprochable ». Les Apparitions Mariales

« Vous êtes témoins, et Dieu (theos) l’est aussi, que nous avons eu envers vous qui croyez une conduite sainte, juste et irréprochable » (1 Th 2, 10).

La Crainte nous incite à vouloir plaire à Dieu. Des trois adjectifs utilisés par Paul, relevons le dernier, irréprochable. Le grec est amemptos, qui vient de a (privatif) et memphomai, le « blâme », utilisé dans He 8, 8 : « Car c’est avec l’expression d’un blâme que le Seigneur dit à Israël : Voici, les jours viennent, dit le Seigneur, où je ferai avec la maison d’Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle ». L’alliance nouvelle, qui sera réalisée au huitième jour, est rendue nécessaire par la faute d’Adam. He 8, 7 : « En effet, si la première alliance avait été sans défaut (amemptos), il n’aurait pas été question de la remplacer par une seconde ». Cette nouvelle alliance a d’abord été scellée en Marie, la nouvelle Eve. Elle vit déjà de la vie sans péché qui sera la nôtre dans la nouvelle terre et les nouveaux cieux du huitième jour, le lundi de Pâques. Par une grâce d’anticipation sur l’accomplissement du dessein de Dieu, elle a reçu les arrhes de la promesse. Le don de Crainte nous conduit sur le chemin de l’innocence – c’est-à-dire l’absence de faute – retrouvée. Marie est l’Immaculée Conception, solennité fêtée le 8 décembre, parfaitement sainte (hagios) et irréprochable, elle qui n’a jamais péché. Par la Crainte, et à la suite de Marie, nous pouvons accomplir ce que St Paul nous exhorte à faire en Ph 2, 15 : « Afin que vous soyez irréprochables et purs, des enfants de Dieu irrépréhensibles au milieu d’une génération perverse et corrompue, parmi laquelle vous brillez comme des flambeaux dans le monde ».

Comment oser parler de Marie la toute sainte quand, plein de Crainte, on ressent le poids de ses péchés ? Comment parler de la Reine du Ciel quand on marche encore sur la terre ? J’ai toujours aimé Marie et j’ai toujours senti le fossé qui me séparait d’elle. J’ai toujours craint de m’approcher d’elle, me sentant indigne de le faire. Quand je prie le chapelet, je m’imagine souvent assise au dernier rang d’une grande foule rassemblée à ses pieds et je n’envie pas ceux qui sont devant, car je serais terrorisée de m’avancer plus près d’elle. Cette terreur devant le sacré, œuvre première de la Crainte, est décrite par tous les voyants des Apparitions mariales. Marie connait bien cette sainte crainte. Lc 1, 30 : « L’ange lui dit : Ne crains (phobeo) point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu. » Les Apparitions de Marie au cours des siècles constituent une répétition de ce grand évènement que fut l’Annonciation. Au paragraphe III,6, nous parlons de leur lien avec le Conseil, afin d’illustrer leur place au fondement de tout le Magistère. Ici, nous les considérons dans leur lien avec la Crainte, le don qui nous fait sentir l’existence d’un monde supérieur.

Lors du mystère de l’Annonciation, la volonté de Dieu le Père nous est communiquée. Le caractère personnel du Père est révélé par le fait qu’il nous fait une proposition : il au monde la vie nouvelle dans la personne de Son Fils, qui est le pain (Jn 6, 35), la lumière (Jn 8, 12), la porte (Jn 10, 9), le bon berger (Jn 10, 11), la ‘résurrection et la vie’ (Jn 11, 25), le ‘chemin, la vérité et la vie’ (Jn 14, 6), et le vrai cep (Jn 15, 1). Bien que mortels, nous nous croyions vivants. Hors Dieu vient nous faire sentir en un instant que cette vie est le prélude à une vie supérieure que le Nouveau Testament appelle la vie (zoe) éternelle (aionios). A l’Annonciation, le Père offre son Fils au monde, et la nouvelle Eve le reçoit. Il jette la corde par laquelle nous pourrons sortir du puits. Le sauveur (soter) nous sort de l’abime (abussos). Jésus-Christ crucifié est cette corde. Le Fils ne descend pas dans le puits sans l’Esprit de Dieu qui ne le quitte jamais et la corde aux sept fils torsades est également une métaphore de l’Esprit. Huios (Fils) et pneuma (Esprit) sont tous deux liés à la Connaissance qui ‘sort’ de la Crainte comme le Fils et l’Esprit ‘sortent’ du Père tels deux jumeaux. Cette intuition est profondément ancrée dans la théologie orthodoxe, fruit de la deuxième famille chrétienne. Les Catholiques, dont le don dominant est la Piété, considèrent la troisième Personne comme l’enfant de ses deux parents que sont le Père et le Fils (filioque en Latin). De même que par l’Annonciation le Père donne le Fils et l’Esprit au monde par Marie, par ses Apparitions, Marie, désormais assise à la droite de son Fils assis à la droite du Père, donne la Foi au monde. Ses apparitions provoquent la même frayeur que les apparitions des Anges. Lc 2, 9 : « Et voici, un ange du Seigneur leur apparut, et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux. Ils furent saisis (phobeo) d’une grande frayeur. » On trouve sur internet la vidéo fascinante et émouvante d’une interview de Gilberte Degeimbre, la voyante des apparitions de Beauraing en Belgique de novembre 1932 à janvier 1933. Gilberte avait 9 ans lors des apparitions. ‘Albert, qui avait 10 ans (…) nous a crié : Regardez la Vierge qui marche sur le pont ! Nous nous sommes retournées et nous avons vu une personne très, très, très brillante qui ne marchait pas sur le pont : elle marchait à environ 50-60 cm au-dessus du pont. Elle marchait donc dans l’espace. Elle avait un nuage qui lui couvrait les pieds, et quand elle avançait, nous voyions très bien le mouvement de la jambe. Nous avons eu une peur panique. Je ne pourrai jamais décrire cette peur non plus. Nous étions seuls, il faisait sombre, il y avait des grands arbres, des sapins. Nous avons eu une peur que je ne décrirai jamais. Nous nous sommes précipités sur la porte (du couvent) pour rentrer’. Puis une autre Gilberte arrive à la porte et ‘avant de nous dire bonsoir, elle aussi disait : ‘Oooh !’ Elle voyait aussi. En descendant l’allée centrale, nous nous rapprochions du pont et de cette dame qui marchait dans l’espace, et si brillante. Je courais en fermant les yeux pour ne rien voir tellement j’avais peur. Et pourtant, au fond de moi, je me disais : ‘Elle est si belle, je devrais regarder’. Mais je n’aurais plus osé tellement j’avais peur. (…). La Vierge avait les mains jointes et semblait nous regarder partir. Alors de nouveau nous avons eu peur et nous sommes venus tout raconter a maman’[1]. Ce récit est fascinant. Il décrit l’essence de l’action de la Crainte. Malgré la beauté de Marie, les enfants ont peur. Marie lévite, suspendue entre le Ciel et la terre, soumise à l’attraction surnaturelle du ciel. L’apparition se reproduit le lendemain, et ‘de nouveau, nous avons eu très peur, mais moins que la veille parce que nous étions déjà un peu prévenus de quelque chose’. L’Ancien Testament est vraiment la préparation au Nouveau, non seulement intellectuellement, mais émotionnellement. Le Père n’envoie pas son Fils sans nous habituer déjà un peu au Ciel. Le Père ne nous écrase pas de sa grandeur. Marie est le plus beau visage possible du Ciel, qui est un lieu de douceur et d’amour. Elle nous révèle la clémence du Père. La petite Gilberte n’avait jamais entendu parler d’apparition et s’étonnait que la sœur portière ne voie rien dans l’espace au-dessus du pont. ‘Mes parents étaient croyants, pratiquants, nous disions la prière du soir, mais je priais seulement le petit Jésus. On ne me disait pas de prier la Sainte Vierge’. Comme Marie a été discrète pendant tous ces siècles ! Mais cela est en train de changer. On parle de plus en plus d’elle et de ses apparitions[2]. La maman de Gilberte Degeimbre est d’abord très compréhensive. Elle ne gronde pas ses enfants comme souvent dans l’histoire des apparitions. Elle décide après la deuxième apparition de se rendre avec eux sur les lieux le lendemain. A la troisième apparition, Marie est à un mètre du sol au-dessus du buisson de houx. ‘Nous sommes restes figes. Nous la regardions. Puis elle a écarté les mains doucement, nous a souri à tous les cinq et puis est disparue. A partir de ce moment-là, nous n’avons plus eu peur. Nous serions passés au travers du feu pour la revoir. Vous ne pouvez pas imaginer ce que ça nous a fait quand elle nous a regardés tous les cinq en souriant’. Dieu entre dans nos vies en trois temps, avec trois coups : le Père fait très peur, le Fils fait moins peur mais encore un peu, et l’Esprit, notre consolateur, ne fait plus peur : il nous sourit. Le sourire est l’ouverture du visage qui reproduit extérieurement l’ouverture du cœur. Le sourire offert ouvre les cœurs de ceux qui le voient et l’incendie de l’Esprit se propage au monde entier dans un grand feu éternel. Lc 3, 17 (triple Piété) : « Il a son van à la main ; il nettoiera son aire, et il amassera le blé dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu (pur) qui ne s’éteint point. » Ce feu qui consume sans bruler est celui du buisson ardent d’Ex 3. A Beauraing, Marie brille au-dessus d’un petit buisson qui existe toujours. Le lendemain de la troisième apparition, la foule (ochlos) est déjà là. C’est un thème omniprésent des apparitions mariales. Le Ciel est la grande assemblée des saints, les amemptos, autour de la Sainte Vierge. Chaque scène d’apparition devient rapidement une image terrestre du Ciel. ‘Il y a eu du monde et du monde. Mère Théophile, la supérieure, a été au courant’. Théophile, l’amie de Dieu, theos, mais qui dans cette histoire se ferme aux apparitions. Les dons du Père (Crainte, Intelligence et Sagesse) ont un lien particulier avec theos qu’ils nous font connaitre dans sa grandeur et sa mystérieuse altérite. Malgré les interdictions de leur maman et de la religieuse, les enfants retournent sur les lieux des apparitions. ‘C’était un force incroyable qui nous attirait, qui nous attirait’. La même force qui fait léviter st Jean de Cupertino. C’est l’attraction du Ciel, à laquelle aucun homme ne peut résister quand Dieu le décide. ‘J’avais un tel besoin de la voir, je ne sais pas expliquer ca’. A la quatrième apparition, ‘nous sommes tombes à genoux, comme si une force nous avait pris par les épaules et plaqués au sol. Nous n’aurions pas pu rester debout. Elle était si belle. Au-delà de tout ce qu’on peut imaginer’. Les apparitions mariales sont une grâce immense par laquelle l’au-delà se rappelle à nous. Comment peut-on de désintéresser d’un tel phénomène ? Qu’a-t-on de mieux à faire que d’aller dans les lieux que Marie a visites ? Marie lors de cette quatrième apparition leur demande d’être bien sages. Sophos, sage, est employé pour la première fois en Mt 11, 25 (double Intelligence) : « En ce temps-là, Jésus prit la parole, et dit : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages (sophos) et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. » Dieu aussi attend des enfants qu’ils soient sages, mais de la vraie sagesse, celle qui fait connaitre et reconnaitre que Dieu est Seigneur (kurios). Aussi, les chiens de la mère Théophile se couchent et se taisent dès que Marie apparait. Ce que les hommes ont du mal à voir, les animaux, eux, le sentent. ‘Ça a été pour moi le premier des miracles, parce que pour faire taire un chien quand il y a du monde, des étrangers, ce n’est pas facile. Et dès que la sainte Vierge disparaissait, à l’ instant même, les chiens recommençaient’. Siopao, faire taire, est employé dans onze versets du NT. En Mc 4, 39, Jésus calme les éléments : « S’étant réveillé, il menaça le vent, et dit à la mer : Silence (siopao)! Tais-toi! Et le vent cessa, et il y eut un grand calme. » L’Intelligence est le don de l’ordre: il met fin aux troubles divers dont nous souffrons en nous faisant voir les choses dans le plan de Dieu où tout concourt au bien. La paix est la tranquillité de l’ordre. Puis Marie demande aux enfants : ‘Est-ce bien vrai que vous serez toujours bien sages ?’ et les enfants répondent : ‘Oui, nous le serons toujours ! » Cela fait penser aux dialogues des Sacrements (Intelligence), dans lesquels on s’engage à renoncer au mal et à marcher à la suite du Christ. Puis Fernande pose à Marie la question du sens de sa venue parmi eux : ‘Pourquoi venez-vous ici ? » Marie répond, le 23 décembre 1932 : « Pour qu’on vienne ici en pèlerinage ». ‘Une gamine qui pose la question a la mère de Dieu, et la mère de Dieu qui lui répond !’ s’émerveille Gilberte. La réponse suit la question comme l’Intelligence suit la Piété. Les enfants demandent à Marie : ‘Que voulez-vous que nous fassions ?’. L’Intelligence nous place devant Dieu le Père et nous donne le désir de lui servir, en accomplissant sa volonté. Lc 18, 18 : « Un chef interrogea Jésus et lui dit : Bon maitre, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? ». Marie à Beauraing a demandé une chapelle, et a dit de prier, prier toujours. ‘Je convertirai les pécheurs. Je suis la Mère de Dieu, la Reine des Cieux, priez toujours’ (le 3 janvier 1933). ‘Je suis la Vierge Immaculée’ (21 décembre 1932). Et aussi ‘Aimez-vous mon Fils ? M’aimez-vous ? Alors sacrifiez-vous pour moi’ (3 janvier 1933). Gilberte nous dit que Marie était encore plus brillante le 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception, ainsi que la veille de Noel et le 3 janvier, jour de la dernière apparition. Puis Gilberte nous parle du bonheur que les voyants ont ressenti : ‘Des qu’elle était là, nous étions heureux, heureux, heureux ! Vous ne pouvez pas imaginer. Je me sentais dans la lumière, dans une belle lumière : j’étais bien’. On dit souvent que le christianisme ne nous décrit pas beaucoup le Ciel ni ce qu’on y fera. Les récits des apparitions de Marie font descendre sur terre le Ciel afin que nous en fassions l’expérience. ‘Dès qu’elle disparaissait, je me retrouvais dans le noir, avec tous ces médecins autour de nous, des gens qui nous attrapaient. C’était noir, noir ! C’était dur ! Il n’y avait pas de transition’. Les enfants ont peur dans le noir…Le monde sans Dieu est tout noir. Les étoiles du ciel symbolisent les anges et les saints. Le soleil et la lune symbolisent Jésus et Marie. Soixante-dix plus tard, Gilberte se demande encore pourquoi Marie leur est apparue à eux, ‘eux qui n’étaient rien’. Sa sœur Jeanne très pieuse n’a jamais vu Marie. Gilberte, après cette rencontre extraordinaire, répond ainsi à la question du prêtre : ‘Qu’est-ce que c’est que d’être sage ?’. Très simple et redoutable question. ‘Etre sage, c’est tout faire pour le Seigneur. Par amour du Seigneur. Que toutes nos actions ne soient qu’une seule prière, une seule prière’. Voilà une définition de la sainteté. Le Magistère aide les hommes à marcher sur ce chemin de la droiture. Les Apparitions mariales mettent en route vers la Dieu ceux qui s’y attendent le moins. Par le premier don, Dieu fait irruption dans nos vies sans prévenir. Il appelle Samuel dans la nuit en 1 Sm. Il met Abraham en marche vers la terre promise. La Crainte nous fait entendre la voix du Père et déclenche notre pèlerinage spirituel de retour vers lui. La parabole du fils prodigue se trouve en Lc 15 (Crainte), entre celles de la brebis et de la drachme perdue. Perdre le Ciel et le retrouver est toute l’histoire de l’humanité. Un an avant les apparitions, les enfants Degeimbre avaient perdu leur ‘extraordinaire papa’. ‘Ses trois filles, pour lui, c’était le monde, il n’y avait pas mieux’. Jn 3, 16 : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie (zoe) éternelle (aionios). » ‘Ma sœur Andrée (à l’école) était toujours à la queue. Il l’aimait beaucoup. Je me souviens d’Andrée lui avait un jour montré son bulletin, qui n’était pas très beau, que maman avait laissé sur la cheminée : ‘Quand papa rentrera, tu vas voir ce qu’il va te dire !’Alors il a regardé son bulletin, il a souri, puis il a dit à Andrée, en caressant ses cheveux, ‘Ce n’est rien, sais-tu, tu tacheras de faire mieux la prochaine fois’. Voilà le Père de miséricorde de Lc 15. Voilà le Créateur qui a fait de sa créature Marie la Reine du Ciel, la préservant du péché avec le même amour qu’il en sort toute l’humanité déchue. Marie est notre mère du Ciel car elle nous y fait naitre mais elle est aussi notre grande sœur car nous avons le même Père. Andrée pendant les apparitions a dit : ‘Si papa était là, nous ne serions pas malmenés comme nous le sommes. Si seulement papa était la !’. Chaque apparition mariale nous rappelle que Papa – Abba est là. A Beauraing, Marie a montré son cœur, ‘un cœur d’or et de lumière’. La signification en est simple pour Gilberte la colombe : ‘Mais ça veut dire qu’elle nous aime ; c’est certain’. Agape, amour, est un autre nom du Père. Jn 15, 9 : « Comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi aimé. Demeurez dans mon amour (agape). » On progresse dans la connaissance du Père à mesure que l’on comprend que tout ce qu’il fait pour nous, il le fait par amour. La sainte Crainte est une des formes que l’amour de Dieu prend. Craindre de lui déplaire, c’est déjà l’aimer. Sur le chemin des dons, on rencontre l’Intelligence qui nous fait entrer plus avant dans le mystère de l’amour qui explique tout. L’épitre de 1 Jn est la quatrième de la troisième série d’épitre. Son quatrième chapitre contient 12 des 106 emplois d’agape, la clé qui ouvre notre esprit a l’intelligence de l’identité et du dessein de Dieu. En particulier, au début de la deuxième série de sept versets, il est question de la connaissance de Dieu : 1 Jn 4,8 : « Celui qui n’aime pas n’a pas connu (ginosko) Dieu, car Dieu est amour ». Aimer et connaitre appliqués à Dieu sont une seule et même chose. La sainte Crainte remplace la crainte ‘naturelle’, qui se ramène toujours à la peur de la mort. 1 Jn 4, 18 : « La crainte n’est pas dans l’amour, mais l’amour parfait bannit la crainte ; car la crainte suppose un châtiment, et celui qui craint n’est pas parfait dans l’amour. » Le récit des apparitions de Beauraing illustre merveilleusement la familiarisation avec le Ciel que Marie opère au cours de ses visites successives. On peut dire qu’elle habitue les voyants à l’au-delà. A la fin de chaque apparition de Beauraing, Marie ouvrait ses mains jointes, comme pour dire ‘Venez, je vous attends’. Gilberte se marie avec André, l’homme (andros), dont le père avait été fusillé par les allemands et dont la mère était morte à Ravensbrück. ‘Il a atterri chez nous comme par hasard’. Lui aussi avait tout perdu, sa maison ayant été complètement pillée. La maman de Gilberte qui n’avait pas accueilli Marie a accueilli cet homme dépouillé de tout comme un vers, tels Adam et Eve après la chute. Gilberte a vécu 47 ans en Italie, et a attendu tout ce temps de pouvoir revenir a Beauraing, ‘pour l’Aubépine, pour cet endroit-là’, où le Ciel avait touché la terre. Et elle dit au Seigneur : ‘Ne vous privez pas de moi là-haut, parce que, moi, je voudrais bien’. L’amour a bannit la crainte. Enfin, Gilberte parle d’un vide, ‘oh oui ! oh oui ! Depuis qu’elle nous a quittés…D’ailleurs tous les cinq nous avons ressenti la même chose : elle nous a toujours manqué’. ‘On désire revoir la personne qu’on aime bien. C’est un vide pour nous !’. Kenos, vain, vide, est employé dans 16 versets du NT. Il est lié principalement aux dons du Père. La Crainte nous fait ressentir un grand vide en dehors de tout ce qui n’est pas relie d’une façon a une autre à Dieu. La peur du ‘vide’ n’est alors plus naturelle mais surnaturelle. Le vide véritable est ce qui est sans Dieu. La vanité, c’est de vivre sans Dieu et d’aller nulle part. Beauraing, qui n’est rien, est devenu quelque part. Là où Marie est passée, on peut venir y trouver le Ciel. ‘Parce qu’ici, ce n’est pas comme dans beaucoup d’apparitions, ou il y a des jolies choses à visiter…Ici, il n’y a rien… il y a le pont du chemin de fer ! Il n’y a pas de possibilité de faire de belles excursions. Il n’y a rien ! Quand on vient, c’est pour elle. C’est ça que je voudrais que tout le monde comprenne, et qu’on vienne ici’. Et avec beaucoup d’humour, Gilberte poursuit : ‘Pensez qu’elle est venue en Belgique ! C’est ça qu’on n’arrive pas à réaliser’…Plusieurs fois Gilberte rappelle : elle nous a choisis alors que ‘nous n’étions rien’ ! Cette prise de conscience est l’œuvre du don de Crainte, et le commencement de la sagesse. Le message final est celui commun à toutes les apparitions : prière, pénitence, conversion, pèlerinage[3]. Gilberte Degeimbre est décédée le 10 février 2015 à l’âge de 92 ans, à la veille de la fête de Notre Dame du Lourdes, la fête de l’Immaculée, amemptos.

[1] https://www.youtube.com/watch?v=G_79_X_9MdU.

[2] Site du film M ou le Troisieme secret de Pierre Barnerias. http://msecret-lefilm.com/.

[3] Christophe ROUARD. Quinze regards sur les apparitions de Beauraing. Editions Fidelite, 2012.

Légende photo : Notre Dame au Cœur d’Or de Beauraing