2. Proseuche « prières ».

« Nous rendons continuellement grâces à Dieu pour vous tous, faisant mention de vous dans nos prières (proseuche) » (1 Th 1, 2).<br />

Saint Paul garde la mémoire des chrétiens de Thessalonique qu’il connait bien. Il faut donner un objet à nos prières. Plus on connait Jésus-Christ, et plus on prie pour lui. Plus on connait les malheurs du monde et le combat qui se joue au ciel entre les armées de Dieu et les légions du mal, et plus on comprend la nécessité de prier pour faire pencher la balance vers le bien, car Dieu attend nos prières, afin de nous inonder de ses grâces. Dieu n’est pas un intrus, contrairement aux démons qui infiltrent nos espaces privés comme des voleurs dans la nuit. La prière est en effet une réalité liée tout autant à la Connaissance qu’a la Piété et la Force. Cette parole de Paul décrit le lien entre la connaissance que l’on a d’un fait et la prière qu’elle suscite. Elle se trouve au verset 9 de Col 1 : « C’est pour cela que nous aussi, depuis le jour où nous en avons été informés, nous ne cessons de prier (proseuchomai) Dieu pour vous, et de demander que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle ». Citons ce verset tout consacré à la prière de Pierre, Ac 10, 9: « Le lendemain, comme ils étaient en route, et qu’ils approchaient de la ville, Pierre monta sur le toit, vers la sixième heure, pour prier ». Comme la prière, la foi, qui nous fait voir la divinité de l’homme Jésus-Christ, est l’œuvre immédiate de la Connaissance. Les croyants ont le devoir de prier pour la conversion des non-croyants, car Dieu n’entre dans les vies humaines que lorsqu’il y est invité, que ce soit par la personne concernée, ou par une autre qui prie pour elle. Nos prières invitent Dieu à venir se faire connaitre à tous les esprits. Paul nous en montre l’exemple, en Phil 1, 9 : « Et ce que je demande dans mes prières, c’est que votre amour augmente de plus en plus en connaissance et en pleine intelligence ».

1 Tm 2, 1 contient en germe le thème de tout le chapitre: « J’exhorte donc, avant toutes choses à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâce, pour tous les hommes ». Ce thème, c’est la prière d’intercession que fait le peuple de Dieu. Le livre de Cyril John sur la prière d’intercession montre le rôle des médiateurs entre Dieu et les hommes qui se tiennent sur la brèche, un thème lié à la Connaissance comme le montrent les versets Ez 22, 30 et Es 59, 16 cités[1]. L’Esprit Saint est l’acteur principal dans l’intercession, « Etant cet ‘autre Paraclet’ qui nous est donné, l’Esprit Saint est là et nous aide à intercéder »[2]. Parmi les exemples de prières d’intercession, Cyril John mentionne les neuvaines, cycle de prières de neuf jours dans lequel toutes les églises particulières sont unies dans l’attente d’une fête liturgique importante. La première neuvaine fut priée par Marie et les Apôtres entre l’Ascension et la Pentecôte, c’est-à-dire entre le deuxième et le troisième mystère glorieux du Rosaire. « Pourquoi avoir retenu le chiffre neuf plutôt qu’un autre ? Ce choix remonte au moins à l’époque de l’Antiquité romaine. On a, en effet, retrouvé dans le monde latin des attestations de célébrations religieuses après la mort d’un défunt. Ces célébrations duraient le plus souvent neuf jours. Dans les récits homériques, le chiffre neuf détenait une valeur symbolique découlant tout naturellement de l’expérience humaine : pour parvenir à l’achèvement des fétus, donc à l’apparition au grand jour d’un être humain, il convenait et il convient toujours d’attendre neuf mois. A cela s’ajoute un fait mathématique d’observation courante : le chiffre neuf achève une série de base, le cycle des unités, et il annonce un nouveau commencement, celui des dizaines. La leçon à tirer de tout cela, – du moins, selon les Anciens -, c’est qu’en méditant un évènement pendant neuf jours, voire neuf mois, on se met en quelque sorte en état dynamique de ‘formation fœtale’. On augmente ainsi ses chances d’aboutir à une sorte de naissance, ou du monde de renaissance, avec émergence sur un ‘ailleurs’ de meilleure qualité que l’état précédent. Au Moyen Age, cette manière de voir fut reprise et christianisée. Pour honorer la maternité divine de Marie, qui porta neuf mois l’Enfant Jésus en son sein, et pour pouvoir revivre en cours d’année quelque chose de la grâce de Noel, on eut l’idée de résumer ces neufs mois en neuf jours »[3].

Le Saint-Esprit nous reconduit au Père, comme le symbolise le jeu de la marelle, en 9 cases. Dans le schéma traditionnel, les cases 4 et 5 sont au même niveau et on s’y pose brièvement avant de repartir à cloche pied, vers l’arrivée dans les cases 7 et 8, lieux du repos définitif. Cholos, « boiteux », est employé dans 14 versets du NT. Ac 3, 2 : « Il y avait un homme boiteux (cholos) de naissance, qu’on portait et qu’on plaçait tous les jours à la porte du temple appelée la Belle, pour qu’il demanda l’aumône à ceux qui entraient dans le temple ». Il manque une jambe à l’homme qui marche sans la foi. Il ne connait que la connaissance naturelle. La Connaissance lui apporte la connaissance surnaturelle qui lui fait arriver au ciel. Grâce à l’Intelligence et à la Force, il anticipe la vision et la grâce qui seront les siennes au ciel, c’est-à-dire lorsqu’il possèdera la Sagesse et la Crainte parfaites, les septième et huitième jours.

NOTES

[1] Cyril JOHN. La Force de la prière d’intercession. Editions des Béatitudes, 2011.

[2] Op. cit. p. 27.

[3] BERNARD-MARIE. Neuvaines pour les jours difficiles. Salvator, 2007.

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