2. Eido « percevoir ». Présentation générale du don de Connaissance

D’où me connais-tu ? lui dit Nathanaël. Jésus répondit : avant que Philippe t’appelât, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu » (Jn 1, 48).

Eido est employé dans 622 versets du NT et signifie « voir, connaitre, apercevoir, savoir ». C’est l’un des thèmes principaux liés au don de Connaissance. La connaissance naturelle est produite par la perception ou expérience sensible. La Connaissance produit une connaissance surnaturelle qui nous fait voir au-delà du sensible. Elle nous fait faire l’expérience sensible de l’invisible à travers et par le visible. Elle nous fait ‘connaitre’ Dieu. Il faut l’Esprit de Dieu pour le percevoir. Le contenu de la Foi, œuvre de la Connaissance, repose sur l’expérience sensible de témoins oculaires de la Résurrection. Tous les chrétiens font l’expérience de Dieu, d’une façon ou d’une autre : « Ecoute », « vois ». Face à Jésus, les uns voient ; les autres ne voient pas. Jésus rend la vue à l’homme aveugle en Jn 9. Nos deux yeux voient, de façon que nos cœurs soient guéris. Jn 20, 30 : « Jésus a opèré sous les yeux de ses disciples bien d’autres signes qui ne sont pas rapportés dans ce livre ». Les chretiens aiment l’invisible. Ils aiment ce qu’ils ne voient pas, parce qu’ils le voient d’une façon spirituelle, par le don de Connaissance.

Le premier emploi d’eido dans le NT est dans Mt 2, 2 : « Et dirent : où est le roi des Juifs qui vient de naitre ? Car nous avons vu (eido) son Etoile en Orient, et nous sommes venus pour l’adorer ». L’Incarnation est accompagnée de l’Etoile de Bethléem. C’est par l’incarnation que Dieu se donne à voir dans la personne de Jésus-Christ. Le don de Connaissance nous fait reconnaitre le Fils de Dieu dans l’homme Jésus. Il nous fait voir la réalité au-delà des apparences. La Crainte nous fait pressentir la réalité et la Connaissance nous la fait percevoir. Le verset de Mt 2, 16 est rempli de thèmes liés à la Connaissance : les enfants, la colère, les deux ans, Bethléem : « Alors Hérode, voyant qu’il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléem et dans tout son territoire, selon la date dont il s’était soigneusement enquis auprès des mages ». Bethléem est la maison (hébreu beth) où Dieu vient en personne, la deuxième Personne de la Trinité, se rendre visible à nos yeux de chair. La descente de l’Esprit sur Jésus au moment de son baptême, réception que la Piété effectue, est rapporté en Mt 3, 16 : « Dès que Jésus eut été baptisé, il sortit de l’eau. Et voici, les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui ».

En Mt 11, 9, la question de Jésus porte sur l’objet de la vision des disciples de St Jean Baptiste : « Mais, qu’êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Oui, vous dis-je et plus qu’un prophète ». Le prophète est celui qui voit et entend ce que d’autres ne voient et n’entendent pas[1]. En Mt 26, 72, Pierre renie Jésus : « Il le nia de nouveau, avec serment : je ne connais (eido) pas cet homme », ce qui signifie, « je ne l’ai jamais vu ». Notons qu’en Matthieu, c’est dans le chapitre 26 que la passion du Christ commence. Persécutions, violences, souffrances, fléaux, malheurs : tous ces thèmes sont liés au don de Force, qui exécute le dessein de Dieu entrevu par l’Intelligence. Cette exécution est souvent douloureuse, du fait de la corruption de notre nature et de nos vies désordonnées. Tout ce qui en nous s’oppose à la volonté de Dieu doit être brûlé au feu de l’Esprit, et cela est douloureux. Mais la souffrance est un épouvantail, comme le dit sainte Faustine au paragraphe 1152 du Petit Journal, qui finit par s’abandonner à la volonté et à la raison, non sans avoir auparavant fait grand bruit.

Tout le christianisme est né des récits de la nuée de témoins qui ont vu les miracles de Jésus, ainsi que ceux des chrétiens à sa suite. Il est une « rumeur »[2] qui continue à se répandre. Mc 5, 16 : « Ceux qui avaient vu ce qui s’était passé leur racontèrent ce qui était arrivé au démoniaque et aux pourceaux ». En Mc 9, 1, Jésus nous prédit que certains verront la parousie, c’est-à-dire l’avènement du Royaume de Dieu, qui se produira au huitième jour : « Il leur dit encore : je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point, qu’ils n’aient vu le royaume de Dieu venir avec puissance ». C’est dans ce neuvième chapitre de Marc que Jésus est transfiguré, donnant ainsi à voir sa nature divine[3]. La Transfiguration est accompagnée de la voix du Père qui révèle la filiation divine de Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! ». Ce chapitre de la Connaissance culmine, pourrait-on dire, avec le verset 23, dans lequel Jésus proclame la puissance de la foi, œuvre de la Connaissance : « Jésus lui dit : Si tu le peux !…Tout est possible à celui qui croit », suivi de l’exclamation du père, qui est une prière pour le don de foi : « Aussitôt le père de l’enfant s’écria : je crois ! Viens au secours de mon incrédulité ! ». Plus loin, Jésus annonce le châtiment sévère réservé à ceux qui empêchent les « petits de croire ». Mc 9, 42 : « Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mit au cou une grosse meule de moulin, et qu’on le jetât dans la mer ».

Ce chapitre tout consacré à la foi se termine par une mention du sel, qui donne son goût à la vie, ce que l’on peut dire de la foi. Mt 9, 50: « Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres ». Il s’agit du sel de la foi. En Lc 2, 15, les bergers se mettent en route vers Bethléem, lieu de la Connaissance, afin de voir ce qui est arrivé, c’est-à-dire l’incarnation du Fils de Dieu : « Lorsque les anges les eurent quittés pour retourner au ciel, les bergers se dirent les uns aux autres : allons jusqu’à Bethleem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaitre ». Dans la Bible entière, la Connaissance est souvent donnée à des bergers. Les Eglises, œuvres de la Connaissance dans l’Apostolat, sont les rassemblements du troupeau autour de leur berger.  Les évêques nos bons pasteurs, solidement ancrés dans la Foi, partagent avec leurs ouailles les connaissances qu’ils ont de la Tradition. Les bergers s’occupent de leurs brebis, innocentes comme des enfants. Le regard d’amour du Père voit dans l’homme privé de la Connaissance de Dieu depuis la chute un enfant ou une brebis perdue, c’est-à-dire qui ne sait rien de son origine (ses parents), de sa destination ou par conséquent du chemin à suivre. Jésus est à la fois le bon berger et le chemin à suivre. En Lc 9, 9, il nous est dit que le roi Hérode lui-même cherche à voir Jésus. Hérode pourrait être considéré comme une figure de l’homme saisi Crainte et qui met en route vers la Connaissance : « Mais Hérode disait : J’ai fait décapiter Jean ; qui donc est celui-ci, dont j’entends dire de telles choses ? Et il cherchait à le voir », afin de se faire une idée de lui. Le pharisien Nicodème professe sa foi en Jésus-Christ dans le verset Jn 3, 2 : « qui vint, lui, auprès de Jésus, de nuit, et lui dit : Rabbi : nous savons (eido) que tu es un docteur venu de Dieu ; car personne ne peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu  n’est avec lui ».

L’aveugle guéri par Jésus en Jn 9 s’étonne de l’ignorance des Juifs au sujet de Jésus : « Cet homme leur répondit : Il est étonnant que vous ne sachiez (eido) d’où il est ; et cependant il m’a ouvert les yeux ». Celui qui vient de Dieu est capable de nous ouvrir les yeux à la connaissance véritable, afin de voir ce que nous ne pouvions pas voir auparavant. C’est bien par excellence l’œuvre du don de Connaissance. Le plus beau verset sur l’effet de ce don en nous est, nous pensons, celui de 1 Co 2, 2 (Connaissance trois fois): « Car je n’ai eu la pensée de savoir (eido) parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié ». Le Christ est l’objet essentiel de la connaissance chrétienne. C’est dans la connaissance du Christ que toutes les connaissances prennent place et sont reçues. L’esprit chrétien rapporte tout au Christ, comme l’explique Harry Blamires dans The Christian mind[4]. Sept versets plus loin, St Paul développe un peu le contenu de sa prédication. 1 Co 2, 9 « Mais, comme il est écrit, ce sont des choses que l’œil n’a point vues (eido), que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont pas montées au cœur de l’homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment ». La Connaissance ne nous habite que par l’amour qui l’accueille et la conserve, amour entretenu en nous par le don de Piété, qui suit immédiatement la Connaissance et œuvre étroitement avec elle, comme les deux doigts de la main. St Paul rappelle cette vérité en 1 Co 13, 2 : « Et quand j’aurai le don de prophétie, la science (eido) de tous les mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien ». La vertu de charité se manifeste dans nos œuvres, que le Conseil fait grandir, et ce verset se trouve au chapitre 13 de l’épitre. Ceci nous a conduits à concevoir la vie des saints comme la sixième facette de la Foi.

Notre conscience (Conseil) est le gouvernail qui mène la barque de notre vie, et cette vie reçoit dans la tradition le beau mot d’âme, le principe vital dans le corps qui lui survit après la mort. Si l’homme ne prend pas soin de son l’âme, celle-ci entre atrophiée dans le royaume de Dieu. Une autre métaphore est celle de la laideur de la tenue de ceux qui sont refoulés à l’entrée de palais de la Sagesse où se tiennent les noces de l’agneau. Au cours de notre vie terrestre, le corps décrépit pendant que notre âme grandit. Cette croissance de l’âme est la croissance de ses facultés, qui en sont les vertus, et la vertu la plus parfaite est la charité. En ce treizième chapitre de 1 Co, saint Paul nous montre que sans la culture de la vie vertueuse, et donc charitable, toute la connaissance ne nous sert à rien. La foi reste lettre morte. La connaissance naturelle comme la connaissance révélée ne sont que la deuxième étape sur l’itinéraire qui ramène l’homme vers Dieu. Cette connaissance doit être aimée (Piété). Elle doit ensuite être traduite dans des actes, ce qui suppose une prise de décision résolue (Intelligence), la capacité d’agir (Force) et la prudence, ou sagesse pratique, dans le choix des moyens (Conseil). Alors l’homme a mérité une pause, dans laquelle il contemple le travail accompli et en juge la perfection ou l’imperfection, avec l’aide de la Sagesse, qui voit tout.

L’hébreu da’ath, « connaissance, savoir, science, intelligence, sagesse », est employé dans 91 versets de l’AT. Le premier est en Gn 2, 9 : « L’Eternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance (da’ath) du bien et du mal ». La connaissance du bien et du mal a obscurci la connaissance de Dieu, que le don de Connaissance vient rétablir. La Connaissance illumine notre esprit de la science de Dieu, la lumière de la Foi, œuvre de la Connaissance dans la Tradition. Nous répèterons souvent que la Foi est un trésor, la perle rare trouvée dans le champ. On ne l’invente pas. Elle est la connaissance révélée par Dieu et ses prophètes. Ainsi nous parle la sagesse, c’est-à-dire l’Esprit Saint, dans le livre des Proverbes. Pr 8, 6-11 : « Ecoutez, car j’ai de grandes choses à dire, et mes lèvres s’ouvrent pour enseigner ce qui est droit. (7) Car ma bouche proclame la vérité, et mes lèvres ont en horreur le mensonge ; (8) toutes les paroles de ma bouche sont justes, elles n’ont rien de faux ni de détourné ; (9) Toutes sont claires pour celui qui est intelligent, et droites pour ceux qui ont trouvé la science (da’ath). (10) Préférez mes instructions à l’argent, et la science (da’ath) à l’or le plus précieux. (11) Car la sagesse vaut mieux que les perles, elle a plus de valeur que tous les objets de prix ».

La Foi est souvent contrastée avec l’or des païens. Elle est un don supplémentaire que Dieu nous fait, et par lequel nous sommes sauvés. Pr 11, 9 : « Par sa bouche l’impie perd son prochain, mais les justes sont délivrés par la science ». La Foi est un contenu positif : il y a des choses à savoir sur Dieu, l’homme et le dessein de Dieu pour l’homme. L’ignorance tue, et cela est encore plus vrai dans la vie spirituelle. Pr 19, 2 : « Le manque de science n’est bon pour personne, et celui qui précipite ses pas tombe dans le pêché ». L’homme de Foi est avisé. Intelligent et ‘sensé’, il avance dans la lumière du matin. Le don de Connaissance ne donne pas encore la connaissance parfaite, mais elle éclaire déjà l’esprit humain sur les réalités invisibles dont il faut tenir compte pour vivre intelligemment. La science dans l’AT est contrastée avec la folie. Pr 13, 16 : « Tout homme prudent agit avec connaissance, mais l’insensé fait étalage de folie ». Ce verset nous rappelle que le Conseil (chapitre 13) est fondé sur la Connaissance (verset 16). Il gouverne la mise en œuvre du savoir révélé. Ceci est visible par exemple dans la vie des saints, qui témoignent de leur Foi dans leur vie. Dans la Ménorah, le chandelier à sept branches des juifs, la deuxième lumière est liée à la sixième. La prudence du Conseil est fondée sur la science de la Connaissance, de même que le Magistère est fondé sur la Foi qu’il développe et défend. La Piété suit la Connaissance, de même que le cœur suit la tête. En effet, les paroles de la science que la tête reçoit doivent descendre dans le cœur, y être couvées et éclore en bonnes œuvres. Pr 22, 17 : « Prête l’oreille, et écoute les paroles des sages ; applique ton cœur à ma science ». La Force est le don de la libération ou salut. Il fait sauter les blocages qui nous empêchent de recevoir le don de Dieu. Le Sacerdoce, œuvre de la Force, nous ouvre à l’Esprit-Saint, comme au jour de la Pentecôte. Pr 23, 12 : « Ouvre ton cœur à l’instruction, et tes oreilles aux paroles de la science ». Nous devons prier pour que la Foi soit donnée aux hommes.

Le grec gnosis, « connaissance », est employé dans 28 versets du NT. 1 Co 13, 2 : « Et quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien ». La Connaissance est la deuxième « étape » dans le chemin de retour vers Dieu. Elle doit conduire à la relation intime avec Dieu que l’on appelle la charité. Il faut connaitre pour aimer, et aimer pour connaitre encore mieux. Factuelle, la connaissance est le passage obligé vers la relation plus parfaite de la Sagesse, qui transcende les mots, que l’on pense au caractère ineffable de l’expérience mystique. La Connaissance nous fait recevoir les paroles des prophètes comme venant de Dieu. Il est le don de l’inspiration. La prophétie, la science des mystères, la connaissance, la foi : toutes ces réalités sont produites par le don de Connaissance. Elles forment notre esprit, l’illuminant de la lumière de la foi. Dans sa conférence sur la Science, saint Bonaventure parle ainsi de cette lumière : « L’Apôtre donne à comprendre que l’âme a une clarté multiple et passe d’une clarté en une autre. C’est pourquoi l’Apôtre dit dans la deuxième lettre aux Corinthiens : ‘Mais, nous tous qui, la face découverte, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés de clarté en clarté en cette même image, comme par l’Esprit du Seigneur[5]. La clarté de l’âme est la science, et au contraire les ténèbres de l’âme est l’ignorance »[6].

La Connaissance fait de nous des « gnostiques », c’est-à-dire des esprits pénétrés du savoir des savoirs : la connaissance du Fils de Dieu incarné, Jésus-Christ, et du dessein de Dieu réalisé en lui. « Clément aussi bien qu’Origène voit le parfait chrétien dans le gnostique qui ‘comprend’ intérieurement la foi dans le sens évangélique. Cette compréhension n’est pas un luxe réservé à des esprits doués intellectuellement, mais correspond à une exigence objectivement présente dans l’acte de foi. L’opposition entre simples croyants et gnostiques est foncièrement celle qui existe entre ces deux types : d’une part le chrétien qui, demeurant dans la ‘simple foi’, n’a qu’un rapport purement extérieur avec le contenu de la foi, donc en reste à une simple foi d’autorité (qui est tout d’abord obéissance à l’égard de la prédication ecclésiale), et d’autre part le chrétien qui s’efforce énergiquement de s’approprier intérieurement ce qu’il croit, et voit par la même le contenu essentiel de la foi se déployer devant sa contemplation (theoria). Ce faisant, il ne s’élève pas au-dessus de la prédication de l’Eglise, mais trouve en cette prédication le Logos se révélant. Et celui-ci s’illumine toujours plus clairement pour le croyant dans le sens le plus vaste, il l’attire même toujours plus étroitement contre sa poitrine comme Jean et l’unit intérieurement à soi pour faire briller toujours plus clairement à ses yeux dans son humanité la nature divine avec sa vérité et sa beauté, la splendeur paternelle. Regarder, comme le gnostique, à travers les voiles terrestres de la révélation, signifie en résumé : voir dans la lettre l’esprit, dans l’Ancienne Alliance la Nouvelle Alliance, et dans celle-ci l’éternité promise, dans l’humanité de Jésus sa divinité, dans le Fils, par l’Esprit, le Père. C’est aussi la transformation de la foi en sa vérité interne, dans la mesure où la foi comme objet (foi dans le Christ) devient une foi personnelle (croire au Christ) »[7]. Ce passage de La Gloire et la Croix de Hans Urs Von Balthasar résume l’oeuvre du don de Connaissance. Il nous fait voir la divinité du Christ dans son humanité. Toute la connaissance chrétienne découle de cette vision surnaturelle, fruit de l’élévation de notre vision naturelle par le deuxième don. Comme nous le disons plus loin à l’occasion de heurisko, c’est le don qui fait dire à Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16), profession de foi sur laquelle repose tout l’édifice de l’Eglise.

Clément d’Alexandrie est né au milieu du IIe siècle, le siècle du grand saint Irénée, défenseur de la gnose véritable, qui ouvre la grande œuvre de Hans Urs VonBalthasar que nous avons citée. La gnose chrétienne est toujours une défense du mystère de l’Incarnation par laquelle le Dieu l’invisible se rend visible dans la personne de Jésus-Christ. Toujours, l’homme de foi doit se tenir devant l’évidence des faits. La pensée chrétienne est profondément réaliste. Dieu s’est rendu visible et la gnose chrétienne est la vision de Dieu à travers la visibilité des vies chrétiennes, celle de Jésus-Christ, et celle de ses imitateurs au cours des siècles, les saints, les frères, les bien-aimés, les amis de Dieu, les enfants adoptifs du Père, les disciples du Christ, etc. La Foi comme contenu est le récit de l’expérience chrétienne de ceux qui, par la Connaissance, ont vu Dieu à l’œuvre dans leur vie et en ont témoigné. Ils ont connu et reconnu Dieu par l’illumination du regard que produit le don de Connaissance. « Pour nous, voir signifie donc simplement la révélation du Père dans le Fils par l’Esprit (‘car sans l’Esprit il n’est pas possible de voir le Fils de Dieu, et sans le Fils, personne ne peut approcher du Père’), donc notre connaissance du Dieu trinitaire. Ainsi, d’un côté toute révélation est Dieu se rendant visible, et la foi dépend des rencontres dans lesquelles Dieu a été vu ; par exemple la tradition ecclésiale dépend (en remontant) des témoins oculaires. D’un autre cote, la révélation historique a (en progressant) un sens qui l’oriente vers la vision eschatologiquement achevée de Dieu : ainsi l’Ancienne Alliance regarde le salut à venir comme à venir, ‘les prophètes ne voyaient donc pas la face même de Dieu, manifestée à découvert, mais les économies et les mystères par lesquels l’homme verrait un jour Dieu’. Moise voyait Dieu et en même temps ne le voyait pas, dialectique par laquelle ‘était signifié que l’homme était impuissant à voir Dieu, et que néanmoins, grâce à la Sagesse de Dieu, à la fin l’homme le verrait sur le faite du rocher »[8].

La Foi est connaissance du Christ. St Paul ne cesse de nous le rappeler. Ph 3, 8 : « Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur, pour lequel j’ai renoncé à tout, et je les regarde comme de la boue, afin de gagner le Christ ». Nous développons un peu ces idées dans le paragraphe sur la Foi.

NOTES

[1] D’autres aspects de la prophétie la relient à d’autres dons. Le prophète est aussi celui qui annonce le futur par la compréhension qu’il reçoit de la volonté de Dieu, ce qui est l’œuvre du don d’Intelligence, comme le montre la présence de ce verset dans un onzième chapitre.

[2] Joseph MOINGT.

[3] Plus loin, nous évoquons le lien entre le Purgatoire et la Transfiguration du Christ.

[4] Christian BLAMIRES. The Christian Mind. Regent College Publishing, 2005.

[5] 2 Cor 3, 18.

[6] Saint BONAVENTURE. Les sept dons du Saint Esprit. Quatrième Conférence. Cerf. Page 91.

[7] Hans urs VON BALTHASAR. La Gloire et la Croix. Vol 1, Apparition. DB, 1990.

[8] Hans Urs VON BALTHASAR. La Gloire et la Croix. Styles d’Irénée à Dante. Page 41 extraite du chapitre sur Irénée. DB, 1993.