2. Polis « ville », « cité ».

« Mais il leur dit : Il faut aussi que j’annonce aux autres (heteros) villes (polis) la bonne nouvelle du royaume de Dieu ; car c’est pour cela que j’ai été envoyé » (Lc 4, 43).

Polis est employé dans 153 versets. Dans son ministère terrestre, Jésus pérégrine avec ses disciples de ville en ville et il y laisse le souvenir de ses paroles et de ses actes. Mt 9, 35 : « Jésus parcourait toutes les villes (polis) et les villages, enseignant dans les synagogues, prêchant la bonne nouvelle du royaume, guérissant toute maladie et toute infirmité ». Les villes sont des groupes humains dans lesquels les rumeurs circulent très vite. On parle de « légendes urbaines ». Les agences médiatiques sont placées au cœur des villes, de même que les instances du pouvoir. C’est dans les villes que les intellectuels viennent influencer les pensées des hommes, même s’ils vivent à la campagne. Il fut un temps où le centre de la ville était la cathédrale, dans laquelle la parole de Dieu résonnait, et d’où elle partait se répandre dans toute la périphérie. Au Moyen Age, les cathédrales étaient les symboles de l’ordre divin au cœur des cités et l’urbanisme de la Chrétienté fut une application de la Cité de Dieu de saint Augustin, avec une nette séparation entre les espaces sacrés et les espaces profanes. Ac 13, 44 : « Le sabbat suivant, presque toute la ville se rassembla pour entendre la parole de Dieu ». Jésus vient convertir les populations des villes les unes après les autres. Il vient les reprendre à l’ignorance de Dieu dans lesquelles elles sont tombées. Cette ignorance de Dieu a laissé la place aux cultes idolâtriques. Ac 17, 16 : « Comme Paul les attendait à Athènes, il sentait au-dedans de lui son esprit s’irriter à la vue de cette ville pleine d’idoles ». Alan Vincent, dans Heaven on Earth[1], rappelle le mystère d’iniquité dont il faut délivrer les villes. Elles sont toutes sous la domination des armées de Satan, et il faut les rendre à Dieu les unes après les autres par la prédication de l’Evangile (l’éducation religieuse) ainsi que par la prière d’intercession[2]. Le 2 octobre est la fête des Saints Anges gardiens. Anne Manevy consacre le premier chapitre de son livre sur les anges gardiens[3] aux ‘Anges gardiens des cités’. Il est intéressant de voir que cette dévotion est née dans la péninsule ibérique, pays placé sous le signe de la Connaissance. « Cette dévotion a le même fondement que celle rendue aux saints locaux : elle est justifiée par l’institution d’une relation de patronage entre l’ange et la communauté locale »[4].

Parcourons quelques utilisations de polis dans le NT. Jésus est né dans une ville, Bethléem. Beth est la deuxième lettre de l’alphabet hébreu. Mt 2, 23: « Et vint demeurer dans une ville appelée Nazareth, afin que s’accomplit ce qui avait été annoncé par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen ». Mt 9, 1 : « Jésus, étant monté dans une barque, traversa la mer, et alla dans sa ville ». Les apôtres sont envoyés deux par deux de ville en ville. Mt 10, 23 : « Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre. Je vous le dis en vérité, nous n’aurons pas achevé de parcourir les villes d’Israël que le Fils de l’homme sera venu ». Plus les versets sont courts et plus le lien avec le don de leur numérotation est evident, comme en Jn 1, 44 : « Philippe était de Bethsaïda, la ville d’André et de Pierre » et Jn 4, 30 : « Ils sortirent de la ville, et ils vinrent vers lui ». Les villes doivent demeurer des lieux de prière. Ac 20, 23 : « Seulement, de ville en ville, l’Esprit-Saint m’avertit que des liens et des tribulations m’attendent ». Dans l’Apocalypse, la grande ville de la prostituée, Babylone, est le lieu de toutes les idolâtries. Le châtiment qui s’abattra sur elle est évoquée au verset 19 (Force) du chapitre 16 : « Et la grande ville fut divisée en trois parties, et les villes des nations tombèrent, et Dieu, se souvint de Babylone la grande, pour lui donner la coupe du vin de son ardente colère ». La colère est le deuxième péché capital. Cette ville de prostitution sera remplacée par la Jérusalem : « Et je vis descendre du ciel, d’auprès de Dieu, la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, réparée comme une épouse qui s’est parée pour son époux » (Ap 21, 2). L’Epitre aux Hébreux (la septième de la première série) fait référence à cet évènement de la fin des temps. He 11, 16 : « Et maintenant ils en désirent une meilleure, c’est-à-dire une céleste. C’est pourquoi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu, car il leur a préparé une cité ». Ses proportions sont données en Ap 21, 16.

L’hébreu ‘ir’, « ville » est employé 1087 fois. Remarquons la proximité de ce mot avec la colère, l’ire. Les villes sont souvent dans la Bible l’objet du courroux de Dieu. Babel est le modèle de la cité humaine qui s’élève contre Dieu. Loth choisit d’habiter dans les villes et Abraham dans le pays (Gn 13, 12). Les villes sont des lieux dangereux pour la foi. De nombreuses personnes perdent la foi de leur grand-mère en ‘montant à la ville’. Les prophètes sont souvent d’origine rurale et adressent leurs critiques aux villes (Am 3, 9 ; Es 9, 8 ; Os 10, 1-5). Les cités-Etats cananéennes sont riches et idolâtres (Ez 16, 49).

NOTES

[1] Alan VINCENT: Heaven on earth, releasing the power of the Kingdom through you. Destiny Image, 2008.

[2] Pierre-Marie DELFIEUX. Veilleurs sur la ville. Cerf, 1995.

[3] Anne MANEVY: L’Ange gardien, enjeux et évolution d’une dévotion. Cerf, 2008.

[4] Op. cit.

Légende photo : Jérusalem. http://www.nationsonline.org/oneworld/map/Temple_Mount.html