2. Agapetos « bien-aimé ». La Foi

« A tous ceux qui, à Rome, sont bien-aimés de Dieu, appelés à être saints (hagios): que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ ! » (Rm 1,7).

Agapetos est employé dans 60 versets du NT. Il désigne les « bien-aimés, élus, chers, favoris », en particulier le ‘Fils bien-aimé’, qui est un des noms affectueux par lequel le Père appelle Jésus Son Fils. 1 Jn 3, 2 fait le lien entre ce titre et notre vocation à devenir enfants de Dieu : « Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ; mais nous savons que, lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tels qu’il est ». La foi nous fait prendre conscience que nous sommes nous aussi les bien-aimés de Dieu. Elle est notre bien le plus important, notre véritable richesse, source de toute prospérité. Jc 2, 5 : « Ecoutez, mes frères bien-aimés : Dieu n’a-t-il par choisi les pauvres aux yeux du monde, pour qu’ils soient riches en la foi, et héritiers du royaume qu’il a promis à ceux qui l’aiment ? ». Tous les fidèles sont invités à prospérer dans la foi. 3 Jn 1, 2 : « Bien-aimé, je souhaite que tu prospères à tous égards et sois en bonne santé, comme prospère l’état de ton âme ». Parmi les fidèles doit régner l’amour fraternel (adelphos). Col 4, 9 : « Je l’envoie avec Onésime, le fidèle et bien-aimé frère, qui est des vôtres. Ils vous informeront de tout ce qui se passe ici ». Le signe que Dieu nous aime, c’est qu’Il nous a donné Son Fils, et le trésor de la Foi qui nous le fait connaitre. Jn 3, 16 : « Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle ».

La Foi est l’œuvre de la Connaissance et le deuxième domaine de la Tradition. La Connaissance nous ouvre la porte de la connaissance de Dieu, la porte d’entrée dans le Royaume de Dieu. La Foi est l’ensemble des connaissances sur Lui que Dieu a mises à notre portée. En tant que vertu théologale, la foi est l’œuvre de la Crainte, mais dans le sens de contenu, nous la considérons comme l’œuvre de la Connaissance. Ce contenu, c’est l’histoire sainte, le dépôt révélé. Au IIe siècle, dans l’œuvre de saint Irénée de Lyon, le depositum fidei est clairement établi et circoncis, sur fond de spéculations gnostiques qui sont de véritables pullulations et risquent de contaminer ce dépôt d’une multitude d’erreurs. Ce grand apologiste nous aide à distinguer la Foi des autres formes de savoir. « Une intelligence sainte, circonspecte, pieuse et éprise de vérité se tournera vers les choses que Dieu a mises à la portée des hommes et dont il a fait le domaine de notre connaissance. C’est à ces choses qu’elle progressera, s’instruisant sur elles avec facilité moyennant l’exercice quotidien. Ces choses, ce sont, pour une part, celles qui tombent sous notre regard et, pour une autre part, tout ce qui est contenu clairement et sans ambiguïté, en propres termes, dans les Ecritures »[1]. Il ne s’agit pas de tout connaitre sur Dieu et l’au-delà, et il faut réserver à Dieu la connaissance des choses qui nous dépassent. « Si donc, même dans ce monde créé, il est des choses qui sont réservées à Dieu et d’autres qui rentrent aussi dans le domaine de notre science, est-il surprenant que, parmi les questions soulevées par les Ecritures – ces Ecritures qui sont tout entières spirituelles -, il y en ait que nous résolvions avec la grâce de Dieu, mais qu’il y en ait aussi que nous abandonnions à Dieu, et cela, non seulement dans le monde présent, mais même dans le monde futur, afin que toujours Dieu enseigne et que toujours l’homme soit le disciple de Dieu? Car, selon le mot de l’Apôtre, quand sera aboli tout ce qui n’est que partiel, ces trois choses demeureront, à savoir la foi, l’espérance et la charité »[2].

La Foi ne cherche pas à répondre à toutes les questions des hommes. Elle a pour objectif de nous faire connaitre Dieu et son plan de vie éternelle pour nous, dans les limites qu’il a fixées. La Révélation n’a pas été communiquée à l’homme pour satisfaire sa curiosité si cette curiosité n’est pas d’abord fondée dans l’amour. On connait Dieu dans la mesure où on l’aime. Alors, Il nous attire toujours plus près de lui et se révèle plus intimement à nous. « Si par exemple on nous demande: avant que Dieu ne fit le monde, que faisait-il? Nous dirons que la réponse à cette question est au pouvoir de Dieu. Que ce monde ait été fait par Dieu par mode de production et qu’il ait commencé dans le temps, toute les Ecritures nous l’enseignent; mais quant à savoir ce que Dieu aurait fait auparavant, nulle Ecriture ne nous l’indique. Donc la réponse à la question posée appartient à Dieu, et il ne faut pas vouloir imaginer des émanations folles, stupides et blasphématoires, et, dans l’illusion d’avoir découvert l’origine de la matière, rejeter le Dieu qui a fait toutes choses »[3]. Les faux gnostiques sont ceux qui veulent en faire trop dire à la Révélation et développent leurs propres élucubrations, s’éloignant de la sainte doctrine. Tout le Magistère a pour mission de réguler l’interprétation de la Foi. « De même que le serpent trompa Eve en lui promettant ce qu’il ne possédait pas lui-même, de même ces gens, en faisant miroiter une connaissance supérieure et des mystères inénarrables et en promettant une assomption au sein eu Plérome, plongent dans la mort leur crédules auditeurs, qu’ils rendent apostats à l’égard de Celui qui les a faits »[4]. Qu’il est facile de séduire l’esprit des ignorants orgueilleux!

La Connaissance nous fait reconnaitre Dieu dans l’homme Jésus. Les sept monuments de la Tradition qui constituent la Foi sont autant d’illustrations de la réalité de l’homme-Dieu et de ce que l’homme peut accomplir en son nom. Ces monuments sont : l’Ancien Testament (AT), les Apocryphes, le Nouveau Testament (NT), les Docteurs de l’Eglise, la Doctrine, les Vies des Saints et les Basiliques. Ces sept trésors de la Tradition sont autant de ‘bibliothèques’ contenant les livres dans lesquels Dieu se fait connaitre par les actes qu’il a accomplis et ne cesse d’accomplir par et pour nous. Jésus-Christ est l’objet central des sept parties de la Foi, car la Foi est la connaissance que Dieu nous donne de lui-même par son Fils incarné Jésus-Christ. Elle est le contenu de la connaissance du Fils. Avoir la foi, c’est tenir Jésus-Christ pour précieux. La foi est un terme chrétien. Il est synonyme de ‘croyance chrétienne’, c’est-à-dire la confiance que l’on place en Jésus-Christ. La reconnaissance en Jésus du Fils de Dieu par Pierre est relatée au verset 16 du chapitre 16 de Matthieu : « Prenant la parole, Simon-Pierre répondit : ‘Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant’ ». Jésus répond, dans le verset 17, que seul le « Père qui est aux cieux » a pu révéler cela à Pierre. Pierre a été inspiré par l’Esprit, qui fait le pont entre Dieu et la création. Dans le verset 23 du chapitre 1 de Matthieu, le fils à venir de la Vierge est appellé Emmanuel : « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : Dieu avec nous ».

Voilà bien qui est Jésus-Christ : Dieu venu parmi nous, « qui a marché avec nous », Dieu rendu visible, agissant, comme un homme et comme un Dieu. Le nombre de passages du NT liés au don de Connaissance et pointant vers Jésus-Christ Fils de Dieu est très grand. Citons par exemple le verset 2 du chapitre 4 de la première épitre de Jean : « A ceci vous reconnaissez l’Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus Christ venu dans la chair est de Dieu » ou Col 2, 2 : « Je veux qu’ainsi leurs cœurs soient encouragés et qu’étroitement unis dans l’amour, ils accèdent, en toute richesse, à la plénitude de l’intelligence, à la connaissance du mystère de Dieu : Christ ». Nous aimons beaucoup celui-ci, que nous avons cité dans l’Introduction du livre : 1 Co 2, 2 : « Car j’ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié », résumé concis de la proclamation chrétienne. 1 Jn 4, 2 : « A ceci vous reconnaissez l’Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus Christ venu dans la chair est de Dieu ». Ap 22, 16 : « Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange pour vous apporter ce témoignage au sujet des Eglises. Je suis le rejeton et la lignée de David, l’étoile brillante du matin ». Mt 1, 16 : « Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus, que l’on appelé Christ », etc.

Dieu ne peut pas se faire mieux connaitre que par l’homme Jésus-Christ et par les hommes qui se font – et sont faits – ses imitateurs, ses disciples de tous les âges. L’ensemble des actes faits par et au nom du Fils de Dieu Jésus-Christ constituent le trésor, thesaurus, de la Foi, notre plus grand bien. Mt 13, 44 : « Le royaume des cieux est encore semblable à un trésor caché dans un champ. L’homme qui l’a trouvé le cache ; et, dans sa joie, il a vendre tout ce qu’il a (echo), et l’achète ». Echo, « avoir », rappelle l’écho que la Foi continue d’avoir dans la création entière. La Crainte nous donne un sens plus aigu de notre ‘être’, tandis que la Connaissance nous donne celui de notre ‘avoir’. L’être est la condition de l’avoir. On retrouve dans ce couple les deux premières afflictions du septénaire musulman, la pauvreté et la prospérité. Le pauvre n’a que son être tandis que le riche a quelque chose de plus. Mais l’avoir ne doit pas faire perdre le sens de l’être. Appliqués aux choses du ciel, ces deux verbes fondateurs de l’expérience humaine prennent un tout autre sens qu’appliqués aux choses de la terre. Etre avec Dieu et connaitre Dieu refondent l’existence humaine en Dieu. L’homme est planté par l’Esprit dans le ciel d’où il ne sera plus déraciné.

Le trésor de la Foi est principalement composé de livres. La Foi est comme une riche bibliothèque contenant les récits des actes accomplis par Dieu lui-même et par ceux qui entrent progressivement en relation consciente avec lui. La Connaissance suit la Crainte. Dieu ne nous laisse pas dans l’inconnu, ni dans le sentiment d’une présence obscure qui nous dépasse : il se révèle à nous. L’un des thèmes centraux du don de Connaissance et donc de la Foi est celui de la personne. Cette notion est également liée à l’Intelligence et à l’Apostolat, mais considéré sous un autre angle. La personne se fait d’abord connaitre par l’ensemble des attributs qui la constituent et l’ensemble des choses qui lui sont arrivées, qu’elles les aient voulues ou non. Chaque personne possède son histoire propre. Connaitre quelqu’un, c’est d’abord connaitre ses attributs et son histoire. Ensuite, la connaissance progresse vers une connaissance intime du cœur de la personne (Piété), qui nous renseigne sur le climat qui y règne. Un cœur est plus ou moins chaud, sec, paisible, etc. Certains cœurs sont ouverts, d’autres fermés. Certains cœurs sont profonds, d’autres apparaissent superficiels. Dieu travaille notre ‘terre’ afin de la rendre réceptive à ses dons, et donc féconde. Ensuite, au ‘cœur’ de ce cœur, la connaissance de l’autre progresse vers une connaissance de sa volonté propre (Intelligence). Une vie est personnelle dans la mesure où elle est la réalisation de la volonté de Dieu pour soi que chacun doit aller trouver dans le secret de l’introspection, conduit par la Piété et éclairé par l’Intelligence. La personne ‘de’ la Connaissance est donc approchée par l’intermédiaire des récits dont elle est l’un des personnages. Il en est de même que cette personne soit un être humain ou une des trois personnes de la Trinité.

On voit donc la place que la Foi occupe dans l’ensemble de la Tradition. Chaque œuvre est la servante de l’œuvre qui la suit. La Culture est la servante de la Foi, comme on disait au Moyen Age de la philosophie qu’elle était la servante de la théologie. La Foi apparait elle-même comme la servante de la Prière, à laquelle elle donne son contenu. La Prière quant à elle rend la Foi vivante et la fait grandir. La Prière se meut elle-même en Apostolat, car la seule façon pour l’homme se rendre grâce à Dieu est de le servir par le don de sa vie. On peut dire que la Prière ‘déborde’ dans l’Apostolat. L’Apostolat est bien la partie centrale de la Tradition, comme la Croix du Christ dans la basilique du Vatican domine au-dessus des trois cierges posés de part et d’autre. En effet, le Sacerdoce et le Magistère sont des moyens au service de l’Apostolat. On peut même en dire de même de la Civilisation, qui n’est pas une fin en soi de ce côté-ci de la Parousie : l’œuvre en cours de développement est l’avènement du Royaume de Dieu, qui advient par les œuvres de l’Apostolat, mais n’est pas de ce monde. Le Royaume de Dieu est spirituel car il concerne le devenir spirituel de l’homme, c’est-à-dire la vie de son esprit, la partie supérieure de son être. La Civilisation offre un repos à l’homme, avant-goût du repos éternel dans le ‘Nouveau Ciel’ et la ‘Nouvelle Terre’, mais la paix véritable est celle que les hommes font avec Dieu, en se mettant à son service, ce qui revient à se mettre au service les uns des autres (cf. Mt 25).

Au cœur de la Foi se trouve le récit de la rédemption opérée par l’homme-Dieu Jésus-Christ, incarnation du Fils de Dieu. Cette rédemption consiste dans la sortie de l’ignorance consécutive à la chute de l’homme après le péché originel. L’état d’innocence comportait une certaine connaissance de Dieu qui, bien qu’imparfaite, maintenait nos parents Adam et Eve dans un certain face à face avec Dieu. On peut dire qu’ils connaissaient Dieu comme un enfant connait ses parents : il sait que ses parents existent, et qu’ils sont indispensables à sa survie. Par ailleurs, il sait des choses sur eux. En particulier, il sait les reconnaitre dans une foule immense. Il connait leurs habitudes et sait où les trouver. Il sait qu’il peut compter sur eux. L’état de la petite enfance, avant 7 ans et dont le propre est l’innocence, peut nous donner une idée de l’état de justice originelle. Jésus a de nombreuses paroles sur la nécessité de redevenir comme des enfants pour entrer dans le Royaume des cieux. L’enfant a une foi ‘naturelle’. Il adore les histoires. La ‘connaissance perdue’ dont parle des gnostiques en tous genres n’est autre que la connaissance de Dieu qui a été retirée à l’homme quand il a été séduit et s’est emparé du fruit de l’arbre de la connaissance du ‘bien et du mal’. Le bien est ce que Dieu veut. Le mal est l’absence des œuvres de Dieu. Le péché originel a conduit à un vide dans lequel Dieu n’est plus présent personnellement. Le cadre de la première création demeure, mais Dieu n’y vient plus s’y promener. Cette partie de la création désertée par Dieu est la ‘terre’ sur laquelle Adam et Eve furent jetés. Dans cette terre, Dieu n’est plus connu et l’homme tourne en rond, désorienté, occupé à survivre. Il rôde comme rodait le serpent qui avait été jeté dans cet espace vide de Dieu avant l’homme et cherche sans cesse depuis à y attirer les hommes.

Le don d’Intelligence nous oriente vers Dieu à nouveau, en nous faisant participer à l’intelligence de son dessein de vie. Les trois étapes de la Crainte, de la Connaissance et de la Piété sont comme les étapes indispensables pour entrer dans l’amitié du roi qui nous fait partager le secret de ses projets véritables. Il faut être attiré par le roi, le connaitre et l’aimer, c’est-à-dire l’approcher et lui donner sa vie, afin qu’il nous trouve digne d’être admis dans le cercle de ses collaborateurs éclairés. Les trois dons suivants nous donnent les moyens d’accomplir la tâche que le roi nous confie : la Force nous donne l’énergie, le Conseil nous fournit la méthode et la Sagesse nous donne la récompense finale de voir que notre travail a été bien fait, qu’il est ‘beau à voir’, ou non. La rédemption est donc le rétablissement, par le Fils, de la connaissance de Dieu perdue par le péché originel. Elle nous remet en face de Dieu, bien qu’imparfaitement. L’homme, qui avait été séduit, c’est-à-dire détourné du droit chemin, est comme remis sur les rails et peut poursuivre son parcours vers la connaissance parfaite de Dieu que le don de Sagesse effectue en lui. Satan n’a pas d’autre moyen, pour nous faire périr, que de nous éloigner de la connaissance de Dieu, car en elle consiste notre vie éternelle. Si la Crainte est la graine de la Sagesse, la Connaissance en est le bourgeon, et la Prière la fleur qui s’ouvre aux (sept) rayons du soleil.

La Foi est une Bonne Nouvelle qui doit être proclamée au peuple tout entier. La nouveauté se déroule sous nos yeux, mais tous les esprits ne sont pas ouverts à la elle et ne voient partout que de l’ancien. Oui, Jésus peut guérir les malades incurables : c’est nouveau. Oui, Jésus est ressuscité : c’est nouveau. Il y a des choses qui n’étaient pas possibles à l’homme et qui le sont pour l’homme Jésus : c’est nouveau. Rien n’est impossible à Dieu. Telle est notre foi. La foi est cette puissance intérieure qui fait craquer nos murs mentaux, fait entrer de l’air frais dans nos pensées et nous ouvre aux idées nouvelles. L’homme de foi est l’homme libre de l’oppression exercée par les habitudes. Il accepte que quelque chose de nouveau puisse se produire. Pour les enfants, tout est nouveau. L’emprise de la nature et de la culture est encore faible. Ils rêvent, ils croient aux fées et aux anges, au Père Noël et aux dragons. Leur imaginaire est peuplé et vivant. Les idées en eux ne sont pas encore figées.

La Foi est l’ensemble des faits attribués directement ou indirectement à Dieu. Elle est l’histoire des interventions de Dieu dans sa Création et se donne à voir dans des actes. Elle est factuelle et sa forme principale est narrative. Parmi toutes les expressions de la Foi, les récits prédominent. En effet, la Foi prend des habits différents selon les dons qui contribuent à la former. Par exemple, elle se donne à voir dans des Ecritures saintes, dans les écrits des Docteurs de l’Eglise, dans des définitions doctrinales (regroupées dans les Catéchismes en particulier), dans des existences consacrées (les récits des vies des Saints), dans des sanctuaires (les Basiliques). Le caractère narratif de la Foi a donné lieu à une théologie de la narration qui, si elle est réductrice, n’en est pas moins porteuse d’une importante vérité. Le deuxième Evangile est le plus narratif des livres du Nouveau Testament. Il est une succession de faits qui nous fournissent une grande somme d’informations sur la personne de Jésus. Reconnaître ces faits comme venant de Dieu ou marqués par lui nécessite une grâce particulière. On donne le nom de ‘mystères’ aux faits contenus dans la Foi, c’est-à-dire aux grands-évènements produits par Dieu. Le fait le plus central de la Foi est l’Incarnation du Fils de Dieu. Aucune autre croyance n’ose dire cela. Saint Irénée nous dit que l’Incarnation est la condition de notre connaissance de Dieu. Par Son Incarnation, le Fils de Dieu est venu prier en toute chair. Il a fait entré la Prière dans le monde, faisant ‘sortir’ de l’homme, sommet de la Creation, un désir de Dieu. Par Jésus-Christ, l’homme devient capable de désirer Dieu, de le glorifier, de l’adorer, de lui rendre grâce. C’est rendre justice à Dieu. Col 2, 9 : « Car en lui habite toute la plénitude de la divinité, corporellement ». L’incarnation nous donne à voir le Fils éternel. Ce que seuls les anges pouvaient voir, nous le pouvons désormais. Dieu se donne à voir dans le Fils. Il n’y a pas d’incarnation du Fils sans celle de l’Esprit Saint dont le Fils n’est jamais séparé. L’incarnation est l’entrée de l’universel dans le particulier. L’esprit humain est capable de recevoir cet universel. Nous nous nourrissons des paroles et des actes du Dieu fait homme, Jésus-Christ. Il est descendu à la porte de notre connaissance sensible, mais son mystère n’est accessible que par une élévation de nos facultés par le don de Connaissance.

La Foi est faite de canons, c’est à dire de listes officielles. Kanon signifie « perche de mesure » ou « baguette droite ». Le sens évolua ensuit vers « règle » et enfin « liste de livres sacrés faisant foi ». La Foi est la règle de la prédication apostolique. Irénée parle de la règle de la vérité. Saint Athanase semble avoir été le premier à utiliser le mot ‘canon’, pour distinguer les textes qui ne risquent pas d’égarer les fidèles, contrairement aux autres, dits ‘apocryphes’. Les canons sont des listes officielles compilées au cours du lent développement de la Tradition, par l’office du Magistère. On parle du Canon des Ecritures, l’Ancien et le Nouveau Testament. On parle de la canonisation des Saints. La doctrine est une compilation des canons formulés au cours des différents synodes et conciles de l’Eglise. Les docteurs de l’Eglise sont des figures ‘canoniques’ et leur œuvre entière est l’expression sans erreur de la Foi. Les sanctuaires les plus importants de la Chrétienté reçoivent le statut de ‘basiliques’, ce qui est une forme de canonisation de certains lieux sacrés. Enfin, les textes apocryphes, s’ils n’entrent pas officiellement dans le canon de la Foi, ont cependant été conservés, compilés et lus à côtés des Ecritures canoniques.

La Foi est le fait d’un acte divin ultérieur à la Création, appelé la révélation, par lequel Dieu se fait connaitre d’une façon supérieure à ce que nous pouvons connaitre naturellement. Dieu, quand et comme il le veut, se fait connaître à nous. Il ne nous laisse pas marcher dans l’obscurité à tâtons en essayant de deviner ce que nous sommes, qui nous sommes, où nous sommes, où nous allons, etc. La révélation est la connaissance que Dieu nous donne de lui, par l’intermédiaire de la vie de l’homme qui, avec l’aide de l’Esprit, l’ont reconnu dans divers épisodes de leur vie. Dans la vie de Jésus-Christ, la révélation est parfaite. « Qui me voit voit le Père ». La révélation n’est pas l’œuvre du seul don de Connaissance. Elle se déploie sous l’effet des sept dons, mais il y a un néanmoins un lien particulier entre la Connaissance et la révélation que la Tradition n’a pas manqué de relever. « La révélation est close, mais sans cesse est donné un ‘esprit de révélation’ qui en fait vivre et pénétrer le sens. C’est ainsi que la tradition est développement en même temps que transmission » (Yves Congar). Cet ‘esprit de révélation’ est l’Esprit de Connaissance.

La Foi met fin à l’idolâtrie qui nous empêche d’entrer en relation avec le vrai Dieu. Les idoles sont des objets finis et inanimés alors que notre Dieu est vivant. L’idolâtrie est une obsession qui pollue notre esprit. Satan préfère les idolâtres aux athéistes, car il est en contrôle de leur esprit. Dans 1 Co 8, 1-4, le lien entre idolâtrie et Connaissance est bien établi : « Pour ce qui est des viandes sacrifiées aux idoles, tous, c’est entendu, nous possédons la connaissance. La connaissance enfle, mais l’amour édifie. (2) Si quelqu’un s’imagine connaître quelque chose, il ne connaît pas encore comme il faudrait connaître. (3) Mais si quelqu’un aime Dieu, il est connu de lui’. (4) Donc, peut-on manger des viandes sacrifiées aux idoles ? Nous savons qu’il n’y a aucune idole dans le monde et qu’il n’y a d’autre dieu que le Dieu unique ».

NOTES

[1] Irénée de Lyon. Contre les hérésies. II, 27, 2.
[2] Op. cit. II, 28, 3
[3] Op. cit. II, 28, 3.
[4] Op. cit. Préface du Livre IV.

Légende : George Michael. Faith tour de 1988