20.Pascho « souffrir ».

« Car vous, frères, vous êtes devenus les imitateurs des Eglises de Dieu qui sont en Jésus-Christ dans la Judée, parce que vous aussi, vous avez souffert de la part de vos propres compatriotes les mêmes maux qu’elles ont soufferts de la part des Juifs » (1 Th 2, 14).

La vie humaine est une traversée douloureuse, et personne ne peut échapper à la souffrance. Ceci est encore plus vrai de la vie chrétienne, car le chrétien trouve sur son chemin le triple obstacle de Satan, de la chair et du péché, les trois ennemis de l’homme et de Dieu selon une longue tradition chrétienne. Le don de Force nous donne une énergie intense et courte. Le don de Conseil, lui, nous donne une énergie plus modérée, mais aussi plus endurante. Les deux dons nous accompagnent dans nos épreuves, mais de façon différente, et les épreuves associées à chacun diffèrent également. La souffrance associée à la Force est intense et intolérable, mais elle ne dure pas. C’est la souffrance des clous qui entrent dans la chair. La souffrance associée au Conseil est atténuée, mais elle dure longtemps. C’est la souffrance des trois heures sur la Croix. La première est le lot des hommes, à qui, traditionnellement, le combat des armes était réservé. La deuxième L’autre est le lot des femmes, qui connaissent la douleur des tâches domestiques pénibles, de l’accouchement, de l’attente du mari parti à la guerre, du veuvage (plus réservé aux femmes du fait même de leur longévité plus grande que celle de l’homme), etc. L’homme s’use plus vite que la femme, car les activités traditionnellement masculines le soumettent à des efforts plus intenses. Sans doute aussi est-il moins doué qu’elle pour la prudence qui fait ménager ses efforts, et que le don de Conseil nous inspire. La Force est un don ‘masculin’, et le Conseil un don ‘féminin’.

Ce verset nous parle d’endurance face aux maux que les chrétiens ne manqueront pas de connaitre du fait des persécutions inévitables dont Jésus nous a prévenus. Saint Paul fait même des persécutions des Thessaloniciens le signe qu’ils sont des imitateurs des autres églises chrétiennes, elles-mêmes imitateurs du Christ dans ses souffrances. Le mot grec employé ici est pascho, « souffrir », lié aussi à la Connaissance et à la Force. 2 Co 1, 6 : « Si nous sommes affligés, c’est pour votre consolation et pour votre salut ; si nous sommes consolés, c’est pour votre consolation, qui se réalise par la patience à supporter les mêmes souffrances que nous endurons (pascho) ». La souffrance est une tentation, car elle risque à chaque pas de nous détourner du droit chemin, si celui-ci s’avère trop pénible. A chaque difficulté, le Conseil semble nous dire : « N’abandonne-pas, ne retourne pas en arrière, continue ce que tu es en train de faire en bon imitateur du Christ et des chretiens qui tous ont souffert ». Le soutien que nous donne la Force est physique. C’est un don qui soulage réellement la douleur. On dit de certains martyrs qu’ils ne ressentaient pas la douleur du feu ni des coups. Le soutien du Conseil est psychologique. Il parle à notre âme et l’affermit afin qu’elle ne se décourage pas. Il soutient le mouvement de fond de l’âme qu’est notre volonté, un thème lié au Conseil tout autant qu’à l’Intelligence et à la Force. Le don de Conseil nous éclaire à chaque étape sur ce qu’il est bon de faire. En nous le rappelant, il nous encourage à tenir bon. Il nous aide à lutter contre les ‘à quoi bon ?’ qui nous assaillent au cœur de l’effort. 1 P 2, 20 : « En effet, quelle gloire y a-t-il à supporter de mauvais traitements pour avoir commis des fautes ? Mais si vous supportez la souffrance lorsque vous faite ce qui est bien, c’est une grâce devant Dieu ». Ste Monique, fêtée le 27 août, est la sainte de la patience et de la persévérance.

Légende photo : La Bohème, Puccini. Mort de Mimi.