28.Porneia « Impudicité ».

« Ce que Dieu veut, c’est votre sanctification. C’est que vous vous absteniez de l’impudicité » (1 Th 4, 3).

L’impudicité est la relation sexuelle illicite. Le mot utilisé ici est porneia, du verbe porneuo, qui vient lui-même de porne, pornos. L’impudicité concerne le regard que l’on porte sur soi-même et sur ses excès. La pornographie est faite des images que l’on ne devrait pas voir, car elle ne nous « regardent » pas. Les impudiques montrent leur nudité à tous. L’impudique jouit de se voir jouir et qu’on le voit jouir. La jouissance est de l’ordre de l’esprit, alors que le plaisir est physique. L’impudique est narcissique, tout tourné vers-lui-même. Le septième péché capital, correspondant à la Sagesse, est la luxure, dans laquelle les hommes jouissent de se voir transgresser les limites dans le luxe, c’est-à-dire l’excès de plaisir qu’ils prennent. Le péché n’est pas d’abord dans le plaisir lui-même, qui est bon et ordonné à une fin, mais dans le regard que l’on porte sur son plaisir. La pornographie est condamnée par la morale chrétienne car elle est le moyen d’une jouissance malsaine et obscène qui instrumentalise les hommes, à commencer par soi-même. L’homme qui jouit de lui-même, et se regarde jouir, est refermé sur sa propre personne. Il perd la connaissance de Dieu et de l’autre. La sexualité véritable est ouverture à l’autre, échange et collaboration. Le plaisir chaste est un plaisir que l’on retire du commerce avec l’autre, objet de toute notre attention. Le plaisir pervers est celui que l’on retire du commerce sexuel avec soi-même, même s’il implique d’autres personnes, qui ne sont alors que des instruments de plaisir, des objets. On peut dire que l’impudicité est le goût de soi-même, alors que la chasteté est le goût de l’autre, qu’il soit Dieu ou la personne que l’on aime. La grande prostituée de l’Apocalypse jouit d’elle-même. Elle est sa propre fin. Ap 18, 7 : « Autant elle s’est glorifiée et plongée dans le luxe (streniao), autant donnez-lui de tourment et de deuil. Parce qu’elle dit en son cœur : je suis assise en reine, je ne suis point veuve, et je ne verrai point de deuil ! ». Elle a pris à ses yeux la place du Roi des Cieux, Jésus-Christ. Elle est l’antithèse de la Sagesse, qui nous fait voir la royauté éternelle du Christ, le Christ-Roi. L’impudicité conduit irrémédiablement au dégoût de soi et de la vie. La pornographie rampante explique en grande partie le fléau de la dépression.

L’impudicité, comme la pornographie, conduit à effacer les visages qui font l’unicité de la personne humaine. La chirurgie esthétique conduit à une uniformisation des visages qui finissent par tous se ressembler. La personne est annihilée, perdue, dans un septième ciel illusoire. La luxure est un excès de chair qui finit par la consumer. Dieu aime les prostituées, figures de toute l’Eglise qui s’est détournée de lui, son époux jaloux. Dieu est un Osée[1], et il laisse du temps à l’Eglise pour revenir vers lui. Ap 2, 21 : « Je lui ai donné du temps, afin qu’elle se repentit, et elle ne veut pas se repentir de son impudicité (porneia) ». A la fin des temps, au huitième jour de la nouvelle création, nous pourrons chanter avec l’ange de l’Apocalypse : « Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la grande, qui a abreuvé toutes les nations du vin de son impudicité » (Ap 14, 8). Cet étrange personnage est peut-être une figure de la chair dévoyée, et devenue ennemie de l’Esprit ? La pornographie est une maladie de l’esprit, cet esprit que l’Esprit Saint vient illuminer. La luxure est un péché de l’esprit. Il a son siège dans la tête et y entretient des phantasmes ou images. La chair comme ennemi de Dieu est l’homme qui adore les idoles (les démons) et se saoule de leur ‘vin’, c’est-à-dire des pensées pernicieuses qui polluent notre esprit et nous détournent de la pensée de Dieu. La Sagesse est préparée par les six premiers dons, et la Connaissance, donnée le deuxième ‘jour’ à travers un voile, le voile ou miroir des apparences sensibles, est perfectionnée le septième dans la Vision face à face, sans voile, de Dieu. C’est le dévoilement final, la révélation.

 

[1] Petit prophète de l’Ancien Testament.

 

Légende photo : Madonna, 56 ans, Grammy Awards