3. Kardia « cœur »

« Or, l’espérance ne trompe point, parce que l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit que Dieu nous a donné » (Rm 5, 5).

Kardia « cœur » est employé dans 151 versets du NT. C’est sans doute l’un des thèmes les plus profondément liés au don de Piété, la réalité humaine la plus travaillée par ce don, comme la tête l’est par la Connaissance. Toute la vie du cœur chrétien doit être façonnée par le troisième don. Saint Jean-Baptiste, fêté le 24 juin, est venu préparer les cœurs par ses appels à la conversion. Lc 1, 17 : « Il marchera devant Dieu avec l’esprit et la puissance d’Elie, pour ramener les cœurs des pères vers les enfants, et les rebelles à la sagesse des justes, afin de préparer au Seigneur un peuple bien disposé (hetoimazo)». Voilà une description du travail de la Piété en nous. Le premier emploi du grec hetoimazo, « préparer », est en Mt 3, 3 : « Jean est celui qui avait été annoncé par Esaïe, le prophète, lorsqu’il dit : c’est ici la voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers ». On témoigne de son amour pour quelqu’un par les préparatifs que l’on fait des moments passés avec lui, dans sa toilette, dans les cadeaux qu’on apporte, dans le choix du lieu, etc. Par la prière, les hommes se préparent à recevoir l’effusion de l’Esprit. Il est refait mention de cette préparation en Mc 1, 3: « C’est la voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers ». C’est par amour pour Jésus-Christ que les femmes ont préparé les aromates qui serviront à embaumer son corps. Lc 24, 1 : « Le premier jour de la semaine, elles se rendirent au sépulcre de grand matin, portant les aromates qu’elles avaient préparés ». Le cœur est le lieu dans lequel est conservée la Foi conçue dans la tête. Lc 1, 66 : « Tous ceux que les apprirent les gardèrent dans le cœur, en disant : que sera donc cet enfant ? Et la main du Seigneur était avec lui ».

Le cœur est le foyer d’où sort notre parole. De même l’Apostolat, qui diffuse la parole chrétienne au monde entier, trouve sa vitalité et ses directives dans la Prière. Lc 6, 45 : « L’homme bon tire de bonnes choses du bon trésor de son cœur, et le méchant tire de mauvaises chose de son mauvais cœur ; car c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle ». Le cœur est le lieu de notre intimité. Il est un synonyme d’intériorité. Lc 12, 45 : « Mais, si ce serviteur dit en lui-même (kardia) : mon maitre tarde à venir ; s’il se met à battre les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer ». Le combat spirituel consiste à défendre la paix du cœur. Satan et ses armées cherchent sans cesse à y semer le trouble. Ac 5, 3 : « Pierre lui dit : Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu mentes au Saint-Esprit, et que tu aies retenu une partie du prix du champ ? ». Si le cœur n’est pas gardé par la prière, il devient le repère des esprits du mal (« Satan a rempli ton cœur »), et un lieu plein d’impuretés. C’est le corps entier qui est corrompu par l’impureté du cœur, véritable foyer infectieux.

Le cœur est fait pour être rempli de joie. Ac 14, 17 : « Quoi qu’il (Dieu) n’ait cessé de rendre témoignage de ce qu’il est, en faisant du bien, en vous dispensant du ciel les pluies et les saisons fertiles, en vous donnant la nourriture avec abondance et en remplissant vos cœurs de joie ». Dieu nous donne une joie surnaturelle, que personne ne peut nous enlever s’Il la maintient en nous. Cette joie accompagne l’habitation de l’Esprit-Saint en l’homme. Le cœur est le lieu de toute croyance. La Foi devient croyance dans le cœur, où elle est conservée précieusement et chérie. Rm 10, 10 : « Car c’est en croyant du cœur qu’on parvient à la justice, et c’est en confessant de la bouche qu’on parvient au salut ». Ce verset nous montre le passage de la Piété à l’Intelligence, c’est-à-dire de la croyance à la justice, puis de l’Intelligence à la Force, c’est-à-dire de la justice au salut. En effet, le quatrième don nous fait confesser notre foi et notre engagement apostolique auprès de Dieu, ce qui nous obtient les grâces nécessaires. Dieu vient écrire dans notre cœur par l’Esprit-Saint qu’Il y répand. C’est parce que les premiers chrétiens avaient conservé les faits et gestes ainsi que les paroles de Jésus dans leur cœur, qu’ils ont pu, ensuite, les mettre par écrit. La tradition orale a précédé l’écriture du NT. C’est ce qui nous fait voir un lien profond entre le NT et la Piété.

La chair est un des autres thèmes principaux associés à la Piété. 2 Co 3, 3 : « Vous êtes manifestement une lettre de Christ, écrite, par notre ministère, non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair sur les cœurs ». La Piété fait habiter Dieu en nos cœurs. Le thème du temple est également un thème central de la Piété. Ce court verset d’Eph 3, 17 va droit au cœur de l’œuvre de la Piété: « En sorte que Christ habite dans vos cœurs par la foi ; afin qu’étant enracinés et fondés dans l’amour ». Le Saint-Esprit est l’ancre de Dieu dans le monde, l’ « encre » dont parlait Paul en 2 Co 3, 3. Cette ancre vient se plonger dans notre cœur. Mais n’oublions pas que Dieu peut lever l’ancre quand bon lui semble. Il ne faut pas attrister l’Esprit. Il faut surtout l’inviter à venir et à demeurer en nous, car Dieu ne s’impose pas à nous. Il faut prier. L’attitude générale qui plait à Dieu est celle de la reconnaissance. Col 3, 15 : « Et que la paix de Christ, à laquelle vous avez été appelés pour former un seul corps, règne dans vos cœurs. Et soyez reconnaissants ». L’unité des chrétiens est l’unité des cœurs. Le royaume de Dieu est au-dedans de nous et le Roi nous veut tous unis dans l’amour. 1 Th 2, 17 : « Pour nous, frères, après avoir été quelque temps séparés de vous, de corps mais non de cœur, nous avons eu d’autant plus ardemment le vif désir de vous voir » Le cœur est le lieu de l’assentiment à la volonté de Dieu. Les racines de l’Apostolat plongent dans le cœur des hommes. Un cœur vide de la connaissance de Dieu ne peut pas conduire l’homme à une vie en totale conformité avec la volonté de Dieu, sur le chemin de la droiture, celui qui mène à la vie éternelle. He 3, 10 : « Aussi je fus irrité contre cette génération, et je dis : ils ont toujours un cœur qui s’égare. Ils n’ont pas connu mes voies ». C’est le Père qui met le Saint-Esprit dans nos cœurs, et de là découle l’orientation vers lui de notre volonté, comme l’Intelligence suit la Piété. De même, il peut y mettre l’iniquité et les mauvaises pensées. Ap 17, 17 : « Car Dieu a mis dans leurs cœurs d’exécuter son dessein et d’exécuter un même dessein, et de donner leur royauté à la bête, jusqu’à ce que les paroles de Dieu soient accomplies ». Notre cœur est un château-fort à garder et le chapelet nous y aide plus que toutes les autres dévotions.

Légende : Michel Gerard Joseph Colucci, Coluche (1944-1986)