34. Peripoiesis « acquisition», « possession ». Les Synodes de l’Eglise

<br /> « Car Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais à l’acquisition du salut par notre Seigneur Jésus-Christ » (1 Th 5, 9).<br />

Le Seigneur veut que nous fassions notre salut. Il nous en a obtenu le droit par son sacrifice sur la croix, mais nous devons chacun travailler afin d’en obtenir l’usage. Le rapport entre l’Intelligence et le Conseil est celui entre la théorie et la pratique. Les œuvres sont nécessaires à l’acquisition du salut dont il est question dans ce verset, car cette acquisition passe par une transformation de tout notre être, transformation qui s’opère progressivement par les œuvres que nous réalisons. Que faisons-nous de notre vie ? Le don de Conseil éclaire le « faire » de l’homme. Il est concret, pratique. Il réalise, dans le temps et l’espace le dessein de Dieu. Ce verbe grec poieo est employé dans plus de 500 versets. L’homme se découvre et se développe dans ce qu’il fait. Les thèmes du travail et de la sanctification sont parmi les thèmes principaux associés au Conseil. La plus belle œuvre d’art que l’homme puisse réaliser est lui-même, c’est-à-dire l’œuvre de sa propre sanctification, que personne ne peut faire à sa place, et qu’il ne peut pas accomplir sans l’aide de Dieu. C’est ce que signifie pour nous l’acquisition, peripoiesis, du salut dont parle saint Paul ici. On acquiert ce sur quoi l’on travaille. Ainsi, la femme riche qui n’a jamais nettoyé sa maison ne la possède pas vraiment. De même pour celle qui ne s’est pas occupée elle-même de « ses » enfants. On possède la terre que l’on travaille. On fait sienne l’âme que l’on soigne, car la sanctification n’est rien d’autre que l’éducation de l’âme par les œuvres vertueuses que l’on accomplit, qui la fortifient et qui l’embellissent. Car c’est bien de l’âme qu’il s’agit dans le processus de sanctification. He 10, 39 : « Nous, nous ne sommes pas de ceux qui se retirent pour se perdre, mais de ceux qui ont la foi pour sauver (peripoesis) leur âme ». L’âme humaine est un territoire à conquérir, au même titre que la terre promise offerte à la conquête du peuple hébreu à la suite de Josué. Peripoieiomai, acquérir, est employé dans deux versets du NT. Le premier emploi est en Ac 20, 28 : « Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour paître l’Eglise du Seigneur, qu’il s’est acquise (peripoieomai) par son propre sang. » De même que Moise met Josué à la tête du peuple hébreux pour la conquête de la terre promise, de même Jésus met Marie à la tête du peuple chrétien pour l’accomplissement de l’œuvre de reconquête de l’humanité que l’on appelle la sanctification. Il est dit de Josué dans le premier verset de Jos 13 que « Josué était vieux, avancé en âge, lorsque le Seigneur lui dit : Tu es devenu vieux, avancé en âge, or le reste du pays dont il faut encore prendre possession est considérable ». Josué est la figure de l’Eglise Magistère qui guide son peuple sur le chemin vers la terre promise. Il est l’objet du sixième livre de l’Ancien Testament et sa vie illustre de nombreux thèmes liés au don de Conseil. Village par village, âme par âme, le culte doit être rendu au vrai Dieu.

Les dons de l’Esprit, la Piété et le Conseil, sont les dons par excellence par lesquels le Père pait son troupeau, jour après jour, année après année. Cette exhortation de Paul se trouve dans le chapitre 20 (Conseil) des Actes. Elle est précédée par un verset 27 doublement sous le signe du Conseil, et qui résume parfaitement l’œuvre de ce don : « car je vous ai annoncé tout le conseil (boule) de Dieu, sans en rien cacher. » Boule, dessein, conseil, avis, décision, est employé dans 12 versets du NT. On le trouve deux fois en Ac 27, le chapitre de la traversée périlleuse de Paul prisonnier de Palestine jusqu’à Rome. Dans les circonstances particulières de ce voyage, les hommes doivent se réunir afin de décider de la meilleure marche à suivre. Ac 27, 42 : « Les soldats furent d’ avis (boule) de tuer les prisonniers, de peur que quelqu’un d’eux ne s’échappât à la nage. » Le Magistère est l’Eglise navigant sur les eaux tour à tour calmes et tempétueuses du monde. A tous les niveaux de son organisation, l’Eglise doit se réunir pour prendre les décisions pastorales qui amèneront ses membres à bon port. Ces réunions sont les conseils, conciles ou synodes qui ont jalonnée son histoire. Le mot de concile en est venu à désigner les conciles œcuméniques (vint-et-un à ce jour en deux mille ans). Nous utiliserons donc celui de synodes. Ils sont l’œuvre du Conseil dans le Magistère. Ils s’appuient sur les formes ‘préliminaires’ du Magistère que sont les Apparitions Mariales, les Mystiques, les Papes, la Curie et les Théologiens. Ils nourrissent à leur tour les Conciles œcuméniques.

Les synodes sont la continuation de la synagogue (assemblée) des Juifs. Sunago, « amasser, rassembler, se réunir, se liguer, convoquer », est lié employe dans 62 versets du NT. Mt 22, 34 : « Les pharisiens, ayant appris qu’il avait réduit au silence les sadducéens, se rassemblèrent ». Mt 27 nous décrit le procès de Jésus. Tel sainte Jeanne d’Arc, il est livré par le pouvoir spirituel au pouvoir temporel (Mt 27, 1-2). Ces assemblées sont les descendantes du conseil des « principaux sacrificateurs », les évêques, et des « anciens du peuple », les nobles de la ville dont sont issus les rois. L’histoire des synodes nous montre un champ d’application de l’ancienne querelle des deux pouvoirs et témoigne du lent processus de séparation entre l’Eglise et l’Etat qui a mis fin à la confusion des ordres temporel et spirituel. En Mt 27, 27, toute la puissance temporelle se ligue contre Jésus pour l’exécuter, c’est-à-dire exécuter la volonté du pouvoir spirituel des Juifs : « Les soldats du gouverneur conduisirent Jésus dans le prétoire, et ils assemblèrent (sunago) autour de lui toute la cohorte ». Le lien entre les deux pouvoirs est décrit précisément en Ac 4, 27 : « En effet, contre ton saint serviteur Jésus, que tu as oint, Hérode et Ponce Pilate se sont ligués (sunago) dans cette ville avec les nations et avec les peuples d’Israël ». Comme de très nombreux thèmes liés au Conseil, les synodes rassemblent un troisième parti, le peuple lui-même. Retrouvons-nous ici l’intuition sous-jacente à la théorie des trois pouvoirs de Montesquieu : Pilate et l’exécutif, la Synagogue et le judiciaire, les nations (le peuple) et le législatif ?

Mc 6, 30 : « Les apôtres, s’étant rassemblés auprès de Jésus, lui racontèrent tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné ». Les synodes sont des réunions d’évêques autour du représentant local du Seigneur Jésus-Christ, comme les disciples autrefois rassemblés autour de Jésus. A la synagogue le peuple d’Israël se réunit pour écouter la voix des prophètes. Ac 13, 44 : « Le sabbat suivant, presque toute la ville se rassembla pour entendre la parole de Dieu ». Les synodes sont les rassemblements, aux différents niveaux de la hiérarchie de l’Eglise, des soldats du Christ. De la même façon que les forces du mal se ‘rassemblent’ pour mener un combat contre l’humanité, de même, l’Eglise se rassemble en synodes pour unir et fortifier ses troupes dans la Foi. Ap 16, 14 : « Car ce sont des esprits de démons, qui font des prodiges, et qui vont vers les rois de toute la terre, afin de les rassembler pour le combat du grand jour du Dieu tout-puissant ». Les synodes sont des assemblées où le dépôt (paradosis) de la Foi est proclamé et rappelé à tous. Ils soudent tous les échelons de l’Eglise dans l’unité de la Foi.

Sumboulion est employé dans 8 versets du NT. Il signifie le conseil que l’on tient afin de consulter différents avis. Il est formé de sun, « avec », et boule, « conseil », « dessein », qui donne boulomai, la volonté. Sumboulos, employé une fois, en Rm 11, 34, désigne le « conseiller » : « Qui a connu la pensée du Seigneur, ou qui a été son conseiller ? ». Le conseil qui se réunit autour du roi (Conseil) connait ses intentions secrètes, sur lesquelles ils sont priés de donner un avis. Les synodes sont des réunions de l’Eglise dans lesquelles les chrétiens se consultent les uns les autres sur certaines questions. Mt 27, 1 : « Dès que le matin fut venu, tous les principaux sacrificateurs et les anciens du peuple tinrent conseil (sumboulion) contre Jésus, pour le faire mourir », qui fait écho à Mc 3, 6 : « Les pharisiens sortirent, et aussitôt ils se consultèrent avec les hérodiens sur les moyens de le faire périr » Dans une telle assemblée, les chefs consultent les opinions de leurs serviteurs. D’une certaine façon, les serviteurs deviennent les maîtres. Dans les premiers synodes, les rois consultent les évêques, détenteurs de l’autorité spirituelle. Ces réunions ont contribué à la conversion des chefs temporels, et à la christianisation des royaumes de la terre par la puissance de la parole de Dieu. Par ailleurs, ils furent longtemps les tribunaux locaux de l’Eglise et ont joué pendant longtemps le rôle de juges civils. « En vertu de ce pouvoir, les évêques ont le droit sacré, et devant Dieu le devoir, de porter des lois pour leurs sujets, de rendre les jugements et de régler tout ce qui concerne l’ordre du culte et de l’apostolat » (LG 27). A ce titre, ils ont souvent été convoqués par les rois, qui ont cherché à en obtenir le contrôle (Whitby en 664, les assemblées franques, les synodes espagnols de Tolède convoqués de 589 à 702 par les rois wisigoths, etc.). Les synodes d’évêques se transformèrent alors en assemblées nationales présidées par les souverains et firent courir le risque que l’intérêt national l’emporte sur celui de l’Eglise universelle. Le Conseil est le don de la navigation. Il permet de diriger, dans les domaines qui sont les leurs, le bateau de l’Eglise et celui de l’Etat, le deuxième avançant dans le sillon du premier et à son service. Le Conseil assure la juste collaboration entre le ciel et la terre : il encourage l’obéissance de la terre envers les directives du ciel. Dans le domaine domestique, cela se traduit par l’obéissance de la femme au mari dont nous parlent les Epitres et dans le domaine politique par l’obéissance de l’Etat à l’Eglise, ce que le régime monarchique incarne et dont nous trouvons encore les vestiges dans le système politique anglais lors de la cérémonie du Discours de la Reine (le Queen’s Speech) à l’ouverture annuelle de la session parlementaire. La Reine ‘éclaire’ les représentants du peuple comme l’évêque éclaire ses ouailles

En effet, l’évêque réuni en synode est le bon berger. Il conduit son troupeau à Jésus-Christ, dont il est l’époux. Lc 2, 20: « Puis les bergers s’en retournèrent, chantant la gloire et les louanges de Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, en accord avec ce qui leur avait été annoncé ». Les évêques sont les conducteurs des âmes dans le chemin du salut. Le chapitre 20 de Lumen Gentium traite du ministère des évêques : « Ainsi donc, les évêques ont reçu, pour l’exercer avec l’aide des prêtres et des diacres, le ministère de la communauté. Ils président au nom et en place de Dieu le troupeau, dont ils sont les pasteurs, par le magistère doctrinal, le sacerdoce du culte sacré, le ministère du gouvernement. De même que la charge confiée personnellement par le Seigneur à Pierre, le premier des apôtres, et destinée à être transmise à ses successeurs, constitue une charge permanente, Permanente est également la charge confiée aux apôtres d’être les pasteurs de l’Eglise, charge dont l’ordre sacré des évêques doit assurer la pérennité. C’est pourquoi le saint Concile enseigne que les évêques, en vertu de l’institution divine, succèdent aux apôtres, comme pasteurs de l’Eglise, en sorte que, qui les écoute, écoute le Christ, qui les rejette, rejette le Christ et celui qui a envoyé le Christ (cf. Lc 10, 16) ». Dans ce passage, on trouve une mention des trois facettes de l’Eglise : l’Apostolat (‘ministère de gouvernement’), le Sacerdoce (‘sacerdoce du culte sacré’) et le Magistère (‘magistère doctrinal’). Un charisme spécial de vérité a été donne à l’évêque. Il est le maitre et le juge autorité de la foi (iudex fidei), responsable de l’intégrité de celle-ci au sein de sa communauté.

Ainsi, les synodes sont la manifestation historique dans l’espace et le temps du Collège des Evêques, lui-même préfiguré par le collège des apôtres réunis autour de Pierre et formant l’assemblée de Jérusalem en Ac 15. La chaire de Pierre est placée au milieu des évêques réunis en conseil. Les synodes constituent le magistère ordinaire du pape et des évêques répandus sur toute la surface de la terre. Le pape comme évêque de Rome fait partie intégrante du Collège apostolique. Episkopos est utilisé dans 5 versets du NT. Il est forme d’epi, « sur » et skopos, « veilleur ». L’évêque est celui qui veille sur le troupeau pour voir venir les dangers. Les synodes ont été traditionnellement le lieu où les hérésies furent identifiées et combattues. Le premier emploi d’episkopos est dans Ac 20, 28 que nous avons cité plus haut. Skopos, employé une fois dans le NT, est le but vers lequel on se dirige. Ph 3, 14 : « Je cours vers le but (skopos), pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ. » Le Conseil est ordonné a l’Intelligence et l’évêque a pour mission de veiller à ce que sa communauté avance dans la bonne direction. Treize est le chiffre du tout premier collège des apôtres : les douze marchant à la suite du Christ. Douze est dans la tradition le chiffre du peuple (laos) et treize celui du peuple réuni autour de Dieu (theos).

La légende arthurienne nous offre une belle illustration des synodes avec l’image des chevaliers de la Table ronde réunis en cercle autour du roi afin de faire partager à tous les lumières qu’ils reçoivent ‘en leur âme et conscience’ sur les différents sujets a l’ordre du jour. Le grec trapeza, « table », est utilisé dans 14 versets du NT. Jn 2, 15 : « Ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il dispersa la monnaie des changeurs, et renversa les tables ». Les échanges de points de vue qui se tiennent dans les synodes doivent être placés sous la lumière de l’Esprit et ne pas être des négociations purement humaines dans le but de faire valoir les intérêts d’un parti sur un autre. Il y a la bonne et la mauvaise polémique. La discussion chrétienne doit être un échange de vues sur la Révélation chrétienne, afin d’arriver au cœur du sujet en question et d’obtenir un consensus. De nombreux synodes ont été de mauvais Synodes, illégitimes et hérétiques, œuvre des faux-prophètes[1]. En effet, trapeza est également la table où se trouve le traître, qui œuvre secrètement contre les intérêts du groupe. Lc 22, 21 : « Cependant voici, la main de celui qui me livre est avec moi à cette table (trapeza) ». Le Saint-Esprit se tient au milieu de chaque assemblée synodale comme le chandelier posé sur la table. He 9, 2: « Un tabernacle fut, en effet, construit. Dans la partie antérieure, appelée le lieu saint, étaient le chandelier, la table (trapeza), et les pains de proposition ».

[1] Athanase d’ALEXANDRIE. Lettre sur les Synodes. Cerf, 2013.

Afin de s’asseoir à la même table, il faut pénétrer dans un même espace. Le mot synode vient du grec syn, « avec », et odos, le « seuil ». Les membres d’un même synode ont franchi le même seuil pour se réunir dans une même pièce et partager leurs points de vue. De même, le jeune mari porte sa femme à travers le seuil de la maison, pour la faire entrer dans leur nouvelle vie commune, et prendre, pour le reste de leurs jours, la plupart des décisions ensemble, dans des ‘conseils de famille’. Le point focal de la famille est la table où les repas sont pris. Le premier emploi de trapeza est en Mt 15, 27 : « Oui, Seigneur, dit-elle, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table (trapeza) de leurs maîtres. » De même, l’Eglise-Magistère est la famille des enfants de Dieu réunis en conseil, une famille dans laquelle l’autorité des anciens qui guide et aide à grandir est reconnue et respectée.

Les synodes, comme assemblées de chrétiens tenues dans la lumière du Conseil afin de régler les problèmes qui se présentent à eux dans les situations variées de leur vie au cours des siècles, se tiennent aux différents niveaux de l’Eglise : dans les foyers, les aumôneries, les paroisses, les diocèses, les pays (conférences épiscopales nationales), les grandes régions du monde (conférences épiscopales régionales), et aussi au niveau du monde entier dans la nouvelle institution du Synode mondial des évêques institue le 15 septembre 1965 par Paul VI à la suite du concile de Vatican II. ‘Le premier synode épiscopal mondial a eu lieu à Rome du 29 septembre au 29 octobre 1967. En l’ouvrant, le Pape dit ce qu’il attendait des membres du synode : ‘Le réconfort de leur présence, l’aide de leur expérience, l’appui de leur conseil, le poids de leur autorité’[1]. Les synodes sont les lieux par excellence de la pastorale chrétienne. Le Magistère est plus jeune que l’Apostolat et le Sacerdoce, et il est encore en train de prendre conscience de lui-même. Au cours de son histoire, l’Eglise attaquée a tenu des conseils de guerre pendant lesquels elle a fait un examen de conscience et s’est ressourcée au puits de la Tradition afin de mieux connaitre ses trésors à défendre et de reformer ce qui devait l’être. Au Moyen Age, elle a a défendu et reformé l’Apostolat. A la Renaissance elle a fait de même avec le Sacerdoce. A l’époque des Lumières, elle a vu son autorité attaquée de toutes parts. La théologie de la révélation, de la tradition et de l’autorité dans l’Eglise s’est développée lors de ces controverses. Il y a encore du chemin à faire pour faire du clergé des bons pasteurs et de l’Eglise une institution attirante pour un grand nombre d’hommes. Terminons avec ce texte éclairant de 1968 du cardinal Suenens sur les exigences de la pastorale chrétienne au sens large: ‘Lors du symposium des évêques européens, tenu en Hollande en juillet 1967 auquel nous venons de faire allusion, un rapporteur, Mgr Marty, archevêque de Reims, fit un émouvant examen de conscience public sur la manière dont il avait assumé la responsabilité épiscopale avant le Concile et sur son comportement après celui-ci. Il soulignait, avec humour et humilité, le contraste de ses deux attitudes successives, le passage d’un certain paternalisme inconscient et d’une amicale condescendance au dialogue direct, ouvert, propre aux temps nouveaux. Chacun de nous se reconnaissait dans ce tableau, évocateur de situations périmées, chacun comprenait que la réalité profonde, dogmatique, de l’autorité épiscopale, tout en restant immuable en elle-même, avait à revêtir des modalités nouvelles en fonction du contexte contemporain. Avouons-le d’ailleurs : la transition psychologique ne se fait pas du jour au lendemain ; il convient de laisser une marge au tâtonnement et à la recherche. Ce qui importe avant tout, c’est l’orientation[2] générale dans laquelle on s’engage et qui commande les options de détail. (…) Les exigences qu’on nous adresse, on le voit, sont multiples. La pastorale moderne impose le travail en équipe, c’est-à-dire avec des collaborateurs chargés, à leur tour, de responsabilités. Elle doit sans cesse s’adapter à des situations nouvelles et rencontrer un monde en mutation ; d’où pour les responsables la nécessite de recyclage périodique, sous quelque forme que ce soit. Elle exige le recours aux techniques humaines, aux lois de l’organisation et de l’efficacité. Elle pose, avec une acuité particulière, le problème de la relève’[3].

[1] Cardinal SUENES. La coresponsabilite dans l’Eglise d’aujourd’hui. DDB, 1968..

[2] Skopos. N de l’auteur.

[3] Cardinal SUENES. Op cit. page. 98-100.