4. Semeion « signe, miracle ».

« Je ferai paraitre des prodiges en haut dans le ciel et des miracles en bas sur la terre, du sang, du feu, et une vapeur de fumée » (Ac 2, 19).

Semeion, « signe, miracle, prodige, présages », est employé dans 69 versets du NT. Les miracles sont des signes annonciateurs de l’œuvre en cours d’achèvement. Ils sont des oracles, des présages. Mc 13, 4 : « Dis-nous, quand cela arrivera-t-il ? et à quel signe connaitra-t-on que toutes ces choses vont s’accomplir ». Le quatrième Evangile est construit autour des sept grands miracles de Jésus, qui nous font entrer dans l’intelligence de la vie nouvelle promise. « Qu’est-ce qu’un signe ? Jean utilise un mot grec particulier, que l’on traduit généralement par ‘signe’ et qui renvoie à deux facettes d’une même réalité. Il s’agit d’un évènement extraordinaire, d’un miracle. Cet évènement est porteur de sens : il est donc un ‘signe’. Nous voilà d’emblée dans la perspective johannique du double niveau de compréhension d’un même évènement. Les signes mentionnés par Jean dans son Evangile ne sont pas seulement de miracles témoignant de la toute-puissance de Jésus. Bien sûr, ils sont cela d’abord : Jésus les accomplit justement pour permettre aux gens de comprendre qu’il est bien l’envoyé du Père. Mais la richesse divine a le pouvoir d’associer à un acte de sa toute-puissance une véritable sagesse et un parfait enseignement. C’est bien là ce que Jean veut nous faire comprendre tout au long de son récit évangélique ! »[1].

Nous constatons également que le mot semeion apparait le plus dans cet évangile (17 versets), suivi des Actes (13 versets), car la Force fait passer le potentiel (Intelligence) à l’acte (Force). La réponse de Jésus à la demande des scribes et des pharisiens pour un miracle est rapporté en Jn 12, 39 : « Il leur répondit : une génération méchante et adultère demande un miracle ; il ne lui sera donné d’autre miracle que celui du prophète Jonas », c’est-à-dire que Jésus sera trois jours dans les entrailles de la baleine avant de revenir sur terre. Ces mêmes paroles sont rapportées en Mt 16, 4, qui est presque une exacte copie du précèdent. La requête des pharisiens pour un signe est rapportée dans Marc en 8, 11 et dans Lc cela se trouve dans trois versets du chapitre 11 (16, 29 et 30). Dans la petite apocalypse de Lc 21 (Sagesse), Jésus a le ton des prophètes de l’Ancien Testament et annonce aux versets 11 et 25 les calamités finales qui nous attendent. Lc 21, 11 : « Il y aura de grands tremblements de terre, et, en divers lieux, des pestes et des famines ; il y aura des phénomènes terribles, et de grands signes dans le ciel ». Le mot semeion apparait dans St Jean aux versets 11 et 18 du deuxième chapitre, car les miracles doivent être vus pour être crus. Jn 2, 11 : « Tel fut, à Cana en Galilée, le premier des miracles que fit Jésus. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui ».

Le verset Ac 4, 16 exprime très succinctement le caractère manifeste des miracles accomplis par Jésus et par ses apôtres à sa suite: « Car il est manifeste pour tous les habitants de Jérusalem qu’un miracle a été accompli par eux, et nous ne pouvons pas le nier ». Nous avons déjà évoqué le fait que nous considérons les Sacrements comme l’œuvre de l’Intelligence dans le Sacerdoce. Ils sont des signes (Intelligence) qui effectuent (Force) ce qu’ils signifient. Ceci est illustré en Rm 4, 11 avec la présentation de la circoncision d’Abraham comme le signe de la circoncision obtenue par la foi, c’est-à-dire le signe visible (extérieur) d’une réalité invisible (intérieure). « Et il reçut le signe de la circoncision, comme sceau de la justice qu’il avait obtenue par la foi quand il était incirconcis, afin d’être le père de tous les incirconcis qui croient, pour que la justice leur fut aussi imputée ». Cela rappelle l’épisode de Corneille dans le livre des Actes. Celui-ci reçoit l’Esprit Saint avant de rencontrer Pierre, un Pierre qui ne peut alors que le ‘confirmer’ dans sa foi par les deux signes visibles du baptême et de la confirmation. Dans le cas de Corneille, le miracle de l’envoi de l’Esprit a déjà eu lieu et l’Eglise vient en apposer le sceau (signe) extérieur et visible de tous. Mais dans d’autres cas, le sacrement effectue lui-même le miracle, c’est-à-dire l’opération spirituelle invisible, par le signe visible. Les fiancés qui viennent se marier à l’Eglise ne sont-ils pas déjà ‘joints’ d’une certaine façon ? Ne s’aiment-ils pas déjà ? Ne se sont-ils pas déjà donnés l’un à l’autre ? Le sacrement du mariage rend visible à tous la présence du Saint-Esprit déjà à l’œuvre dans ce couple. L’Eglise catholique a une conception sans doute trop étroite des sacrements, et a trop insisté sur leur nécessité, en enfermant l’action du Saint-Esprit dans l’étroitesse des canaux de grâce que le Christ a, certes, institués, mais qui ne sont pas les seuls moyens d’action de l’Esprit. Celui-ci ‘souffle où il veut’. La pensée chrétienne doit sans cesse demeurer dans la souplesse du ‘et’. Il y a une profonde vérité dans l’Eglise de Luther, et la Renaissance, cinquième période de l’histoire, a été le moment où les chrétiens ont dû élargir leur conception des modalites d’action de l’Esprit Saint.

NOTES

[1] Philippe PLET. Saint Jean. Le livre des sept secrets. Anne Sigier, 2008. Page 27.