4. Nomos « loi ». Les Sciences

« La loi (nomos) donc est sainte » (Rm 7, 12).

Nomos est utilisé dans 156 versets du NT et désigne la « loi, règle ». Mt 5, 18 : « Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaitra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé ». La loi est le principe de l’ordre que Dieu a établi dans la création, le grand livre de la nature, cette nature pleine d’intelligence qu’est le cosmos (kosmos). La loi est l’ensemble des relations stables entre les parties du grand tout. Elle ordonne la nature comme l’Intelligence ordonne l’activité angélique et humaine. La loi guide l’activité de la multitude des êtres de telle sorte que chacun agisse de façon ordonnée. L’homme fait partie de la nature, premier don de Dieu fait aux hommes. A ce don s’en ajoute un deuxième, dans l’ordre de la grâce, prémices de la deuxième création à l’avènement de laquelle les hommes sont invités à participer. La loi divine est donnée aux hommes comme prémice de la nouvelle loi que nous communique l’Esprit répandu sur toute chair. L’Esprit est cette nouvelle loi. Lc 2, 39 : « Lorsqu’ils eurent accompli tout ce qu’ordonnait la loi du Seigneur, Joseph et Marie retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville ». La loi du Seigneur, ou loi de Dieu, gouverne et ordonne la vie de Dieu. Jésus-Christ est venu parfaire cette loi, qui reste en vigueur sous le règne de l’Esprit. La loi porte le même caractère de contrainte que l’Intelligence : les deux nous transmettent la volonté de Dieu. Nous ne pouvons pas contrevenir à cette volonté sans en subir des conséquences néfastes, car nous sommes créatures et nous devons servir un maitre.

L’Evangile éclaire notre intelligence sur les deux partis en présence : Dieu ou Satan. « Qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec moi disperse » (Lc 11, 23). L’Intelligence, comme la loi, est une force de cohésion. Le juste est celui qui a choisi le parti de Dieu. Rm 10, 4 : « Car Christ est la fin de la loi, pour la justification de tous ceux qui croient ». La justification, œuvre de l’Intelligence qui conforme notre volonté à la volonté de Dieu, n’est pas encore le salut, œuvre de la Force qui nous fait pouvoir ce que Dieu seul peut. La loi ne justifie pas : elle prépare notre intelligence au choix de Dieu qui seul nous justifie, c’est-à-dire ordonne notre vie à Dieu. Ce choix de Dieu se diffracte en une multitude de choix par lesquels nous construisons notre vie, de façon d’autant plus ordonnée que nous suivons les commandements de la loi. En obéissant à la loi, sous le régime de la loi, nous apprenons déjà à soumettre notre volonté propre aux ordres de Dieu, dont la loi est une expression. Le Christ est la fin de la loi car toute la loi divine a concouru à dompter notre nature insensée et désordonnée, de telle sorte à être prête à recevoir le principe caché de la loi, Dieu lui-même.

Les Dix commandements résument toute la loi divine. Le Décalogue est condensé dans le double commandement de l’amour que nous apporte Jésus-Christ : aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même. Dix plus un (le double commandement de l’amour que Jésus est venu nous apporter) égale onze (Intelligence). La volonté humaine est crucifiée au croisement de la verticalité de l’amour de Dieu et de l’horizontalité de l’amour des hommes entre eux. La Croix aux quatre bras symbolise toute la loi. Le Christ sur la Croix nous révèle l’essence de la loi. Cette essence a pour nom l’amour, ou charité, le seul et véritable principe d’ordre, dont tous les systèmes éthiques sont une application. L’amour est l’autre nom de l’Esprit-Saint. Jésus est venu nous apporter l’Esprit d’amour, qui seul peut nous faire entrer dans la communion d’amour qu’est le Dieu Trinité. Seul l’Esprit nous justifie, car il met en nous la charité par laquelle nous ordonnons notre vie à Dieu et, de là, au service des hommes. Gal 5, 4 : « Vous êtes séparés de Christ, vous tous qui cherchez la justification dans la loi ; vous êtes déchus de la grâce ». La loi prépare mais n’accomplit pas. Elle prépare la venue en nous de l’Esprit-Saint, qui seul peut nous relier au Dieu vivant. L’homme justifié se tient debout devant Dieu, comme Jésus sur la Croix dressée. Nous vivons de la vie de l’Esprit dans la mesure où nous mourons, sur la croix, à la vie de notre volonté propre, l’amour propre dirait sainte Catherine de Sienne. Nous sommes alors libérés du joug de la loi et pouvons suivre les motions de l’Esprit. Ga 5, 18 : « Si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes point sous la loi ». Mais l’Esprit ne contredit pas la loi pour autant. Il peut contredire certaines expressions de la loi divine dans telle culture particulière.

La Science est l’effort humain collectif pour percer les mystères de la Création et en découvrir les lois à l’œuvre. Elle recherche l’unité sous la multiplicité. Elle classifie le donné afin d’en montrer le caractère ordonné. Nous voulons montrer que la science est l’œuvre de l’Intelligence dans la Culture. La connaissance de la nature est le point de départ de la connaissance de son créateur. Mais la Foi, connaissance révélée de Dieu, n’est pas nécessaire à la connaissance de la nature, c’est-à-dire à la science. Chacune a son domaine propre, que la connaissance des dons permet de distinguer l’un de l’autre. La science nous donne accès à une réalité qui existe indépendamment des êtres humains et on attend d’elle qu’elle soit objective. Elle est toujours païenne. Il n’y a pas de science chrétienne et la Bible n’est pas un livre ‘scientifique’. Les deux ‘trésors’ de connaissance que chacun constitue ne sont pas du même ordre. « L’erreur monumentale que l’Eglise catholique a commise, par exemple à l’encontre de Galilée et de Darwin, consistant à faire dire à des récits symboliques des vérités scientifiques ne doit plus jamais être répétée »[1]. Mais, comme œuvre de la Tradition, la science est inspirée par l’Esprit Saint, que les scientifiques en soient conscients ou non.

La science est l’œuvre de l’Intelligence dans la Culture. Elle est l’effort méthodique pour percer les secrets de l’univers et en montrer les lois. Elle suppose la croyance qu’il y a un principe d’ordre sous-jacent à l’ordre que l’on constate dans le fonctionnement de la nature. Sans ce sens de l’ordre, il n’y a pas de science possible. L’Intelligence de Dieu agit en secret et la science la met en évidence. Dans la façon dont la multiplicité des êtres s’ordonne les uns aux autres, le cosmos contient une première annonce du dessein secret de Dieu vers l’unité. L’univers est l’uni-vers. Le cosmos est animé d’un mouvement (dunamis) ordonné. Kruptos, « secret, caché », est utilisé dans 16 versets du NT et désigne les œuvres que l’on fait en secret. La science décrypte l’univers et elle y trouve partout de l’intelligence. Elle nous donne le sens de Dieu-intelligence. Mais ce sens peut être nié car Dieu reste caché dans son œuvre et l’esprit humain est toujours libre de faire de lui une ‘hypothèse inutile’. Cette hypothèse a accompagné l’histoire de la recherche scientifique jusqu’à l’époque des Lumières, au XVIIIe siècle. La science fut la prérogative des hommes d’Eglise pendant de longs siècles. C’est Dieu que l’on cherchait dans la nature, et on l’y trouvait. Dans l’édifice de la Culture, œuvre de la Crainte, Dieu reste toujours caché. C’est la condition d’exercice du don de Crainte. On peut toujours le nier et l’oublier. Cela n’empêche pas la Culture de progresser. Le Dieu de la Crainte est le Dieu des Juifs, un Dieu caché. On retrouve dans l’histoire de la Culture le même processus observé dans la Bible : Dieu se fait connaitre, puis disparait progressivement, au point de se faire oublier. Sa voix résonne dans un ‘je suis là !’, puis s’estompe progressivement, nous laissant dans le souvenir de cette rencontre. C’est une invitation à entrer dans un jeu de cache-cache avec Dieu, après s’être mis en route dans la direction d’où venait cette voix mystérieuse. Tous les domaines de la Culture ont connu une apogée dans laquelle Dieu était bien présent, puis il fut graduellement oublié (dans les Langues, les Sciences, le Droit, les Arts). Chaque domaine de la Culture nous introduit dans un attribut divin et les Sciences (naturelles) nous familiarisent avec son intelligence. Mc 4, 22 : « Car il n’est rien de caché qui ne doive être découvert, rien de secret qui ne doive être mis à jour ». Seul l’Evangile nous révèle Dieu dans toute sa gloire et la science est un proto-évangile dans lequel Dieu se fait pressentir comme une force de cohésion. Il maintient la multitude des êtres en un tout cohérent. Chaque être naturel, dans son propre ‘règne’, œuvre de façon ordonnée pour le bien du groupe à  la place qui est la sienne,. On retrouve cet ordre dans les organisations et institutions qui constituent l’Eglise-Apostolat où la partie se met au service du tout. Dans le cas de la nature les acteurs ne sont pas tous intelligents et leur fonctionnement est régulé par les lois propres à leur règne.

Les anges et les hommes sont des êtres intelligents, et, à ce titre, ils sont des causes possibles de chaos. Comme animal intelligent, l’homme est soumis aux lois naturelles ainsi qu’aux lois éthiques. Il peut contrevenir aux unes comme aux autres. L’Intelligence nous révèle la volonté d’unité de Dieu. Cette volonté est un dessein caché, le principe de toutes nos actions. On ne le confie qu’à ceux qui nous connaissent (Connaissance) et nous aiment (Piété). 1 Co 14, 25 : « Les secrets de son cœur sont dévoilés, de telle sorte que, tombant sur sa face, il adorera Dieu, et publiera que Dieu est réellement au milieu de vous ». La science tente de percer les secrets de Dieu tels qu’ils sont manifestés par l’univers. Ces secrest sont les Arcana Mundi des latins. L’expression est de Sénèque dans sa tragédie Hercules Furens. Les sciences sont nées occultes car elles ont toujours eu pour vocation de faire connaitre les secrets de l’univers. L’histoire de la science a été réécrite à l’époque des Lumières afin d’en éliminer les travaux dont les sources se disaient ‘inspirées’ d’une lumière non rationnelle. Ce corpus scientifique prémoderne est devenu ce que l’université appelle l’ésotérisme. En marge des académies royales, lieu de production de la science officielle, des sociétés secrètes de chercheurs se sont constituées, s’abreuvant aux grands fleuves de la tradition scientifique et sont maintenant les grands courants de l’ésotérisme. Il nous apparait que l’ésotérisme est à replacer en grande partie dans l’histoire de la science.

Les scientifiques progressent donc du connu vers l’inconnu tel des détectives ou des explorateurs. Ils font des découvertes, c’est-à-dire qu’ils voient ce qui n’avait pas encore été vu. Le grec heurisko, « découvrir » est employé dans 168 versets du NT, à commencer par Mt 1, 18, ou Marie réalise qu’elle est enceinte. : « Voici de quelle manière arriva la naissance de Jésus-Christ. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva (heurisko) enceinte, par la vertu du Saint-Esprit, avant qu’ils eussent habite ensemble ». Voilà une belle métaphore l’entreprise scientifique comme découverte d’une intelligence à l’œuvre, un logos ordonnateur de tout l’univers, présent et actif, mais caché à nos yeux jusqu’à ce que l’on y trouve. Le scientifique est celui qui, tels les Rois Mages, entre dans la maison (oikos) de l’univers et y voit le petit enfant. Mt 2, 11 : « Ils entrèrent dans la maison virent (heurisko) le petit enfant avec Marie, sa mère, se prosternèrent et l’adorèrent ; ils ouvrirent ensuite leurs trésors, et lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe ». Marie est dans cette métaphore la nature, œuvre de Dieu mais aussi porteuse du Dieu descendu parmi nous. Le Dieu d’Intelligence donne son sens à toute la création.

De même, l’Intelligence donne sens à notre vie, et heurisko est également utilisé pour décrire le fait de retrouver sa vie. Mt 16, 25 : « Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera (heurisko) ». Trouver Jésus près de Marie c’est trouver le sens ultime de sa vie car il est venu redonner à nos vie le sens qu’elles n’auraient jamais dû perdre : des chefs-d’œuvre de Dieu à l’intérieur de la grande œuvre d’amour que la création est appelée à être. La création est orientée par Dieu comme nos vies individuelles doivent être réorientées par l’Intelligence. Grâce à elle, nous mettons de l’ordre dans nos vies de telle sorte qu’on peut dire d’elles ce que Jésus dit de la maison de celui qui « est avec Jésus » en Lc 11, 25 : « et, quand il arrive, il la trouve balayée et ornée ». Une vie en ordre est belle. Kosmos, « le monde ordonné », a donné le français cosmétique. Découvrir n’est pas inventer : c’est voir ce qu’il y a à voir mais qui n’avait encore jamais été vu. Dans Les Découvreurs, Daniel Boursin mélange l’histoire de la science et l’histoire des explorations car les deux n’en forment qu’une[2]. La poussée exploratrice est semblable à la poussée missionnaire. La science et l’Apostolat sont toutes les deux des œuvres de l’Intelligence. L’une reçoit de Dieu des lumières sur la nature. L’autre envoie les hommes propager la lumière de la Révélation aux « quatre coins du monde-kosmos ».

La science fait des hypothèses. Hupostasis est employé dans 5 versets du NT et désigne ce qui est placé (stasis) au-dessous (hupo) et tient lieu de fondement. Le latin correspondant est substantia, ce qui se tient (stance) dessous (sub), et sous-tend la Création tout entière. La substance est le point d’appui des choses, posées en-deçà des phénomènes, supposées. Ce point d’appui est pensé comme ferme et solide et nous pouvons construire dessus tout l’édifice de la connaissance scientifique. De même, les chrétiens sont invités à fonder leur vie sur la vérité révélée de l’Evangile. Dans ses cinq emplois, hypostasis est traduit par assurance, en particulier dans le verset bien connu de He 11, 1 : « Or la foi est une ferme assurance (hupostasis) des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas ». La vie chrétienne est une expérience que nous tentons sur la base, le fondement, l’hypothèse, de la foi. Hypothèse, base et foi sont, dans leur état plus embryonnaire, l’œuvre de la Connaissance. Mais l’Intelligence les illumine au point d’en faire des principes directeurs de vie. La Foi acquiert une substance toute particulière par l’Intelligence. De même en science, le scientifique prend au sérieux une hypothèse et lui consacre toute sa vie. Ils en deviennent les propagateurs ou apôtres de leurs théories.

L’objet de la science est la nature et on parle de sciences naturelles. Son ancien nom est la ‘Philosophie de la Nature’ (anglais Natural Philosophy). Phusis est employé dans 11 versets du NT, tous dans les épîtres. La nature est un principe interne de mouvement et l’ordre. Aristote, le philosophe de l’Intelligence, en est le grand théoricien. Face au mystère du comportement des êtres naturels, il postule ce principe caché à l’intérieur de chaque individu et qui le fait se mouvoir d’une façon finalisée. Aristote est également le philosophe des quatre causes, la quatrième étant la cause finale. L’Intelligence nous donne le sens de la finalité, dans tous les domaines d’activité de la nature et de l’homme. L’araignée tisse sa toile. Le lion chasse sa proie. La cellule se divise, etc. Tout se passe comme si chaque être naturel ‘savait’ ce qu’il devait faire, ce vers quoi son existence tendait, sa raison d’être. Les êtres naturels sont comme programmés par leur nature, qui leur dit comment vivre. C’est la loi naturelle. La théologie spirituelle met le mystère de l’homme au cœur de ses réflexions et médite sur la nature humaine, très présente dans la Somme théologique de Saint Thomas d’Aquin. La nature humaine est diffractée en plusieurs facultés et la théologie spirituelle théorise le chemin que l’homme doit parcourir afin de réaliser son potentiel d’amour à la suite du Christ.

La nature nous enseigne ce que les êtres naturels doivent faire. 1 Co 11, 14 : « La nature (phusis) elle-même ne vous enseigne-t-elle pas que c’est une honte pour l’homme de porter de longs cheveux »[3]. De même, Dieu, auteur de la nature, nous enseigne par l’Evangile ce qu’il faut faire pour revenir à lui. L’Esprit-Saint devient notre nouvelle loi, vérité que nous expose Paul dans la lettre aux Romains. Les lois naturelles ordonnent la vie naturelle et la vie sociale mais elles ne sont pas suffisantes pour établir en l’homme – et donc dans la création entière – la loi de la charité que Dieu seul peut nous communiquer. Le don de la grâce doit se rajouter au don de la nature afin de nous rendre « participant de la nature divine ». 2 P 1, 4 : « Lesquelles nous assurent de sa part les plus grandes grâces et les plus précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature (phusis) divine, en fuyant la corruption qui existe dans le monde par la convoitise ». Dieu est amour et participer à sa nature, c’est exprimer la charité dans nos vies, ce que la Messe, les Instituts de Vie Consacrée et les Sacrements en particulier, nous aident à faire, de même que le quatrième sacrement, la réconciliation. Tout dans l’univers doit concourir à la charité. Telle est le dessein de Dieu. La charité est le principe d’ordre par excellence dans les affaires humaines. Elle est un autre nom de l’Esprit.

La science est la connaissance des choses stables et éternelles. Elle recherche des lois permanentes, les relations constantes et nécessaires entre les choses. Kathistemi, « établir, poser fixement », est employé dans 20 versets du NT. Dieu établit les lois de la nature. Mt 24, 47 : « Je vous le dis en vérité, il l’établira sur tous les biens ». L’homme est établi héritier de la Création, qu’il doit continuer à faire fructifier comme tout bon héritier. Ou encore Mt 25, 21 : « Son maitre lui dit : C’est bien bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai (kathistemi) beaucoup ; entre dans la joie de ton maitre », entrée qu’effectue le don de Sagesse. La justification est le rétablissement de la justice originelle perdue, œuvre de l’Intelligence, qui nous replace dans l’amitié de Dieu en nous faisant désirer le servir dans l’intelligence de son dessein d’amour. Jc 4, 4 : « Adultères que vous êtes ! ne savez-vous pas que l’amour du monde est inimité contre Dieu ? Celui donc qui veut être ami du monde se rend (kathistemi) ennemi de Dieu ». Aion est employé dans 100 versets du NT et signifie « monde », « siècle », « tous âges », « toujours », « éternellement ». Il signifie le temps dans lequel l’éternité se déploie. Il est la création comme scène sur laquelle le drame humano-divin se joue, le temps imparti à l’homme pour devenir « participant de la nature divine ». Ce temps se diffracte en plusieurs ‘éons’, et la Tradition contient de nombreuses théories des âges de l’humanité décrivant les étapes de l’histoire de la nature, de l’homme et du dessein de Dieu, qui n’en font qu’une. Le chapitre III du livre Le Nom de Gloire de Jean-Marie Mathieu rapproche le septénaire du temps avec les sept lettres du nom de gloire qu’il présente dans l’ensemble de son travail[4]. Aion est à la fois l’éternité et le temps septénaire dans laquelle l’éternité se réalise.

Tout dans la Création semble se dérouler selon un ordre préétabli qui pointe vers une intelligence supérieure. Le Dieu de la science est un dieu intelligent qui relie harmonieusement les parties au tout. Le travail de l’intelligence consiste à remonter du particulier à l’universel, de la multiplicité vers l’unité. Dieu est le principe d’unité. Il assure la cohésion de son œuvre et toute la nature nous parle de lui. L’athéisme n’est pas ‘naturel’ : il est le fruit de l’effort humain qui, malgré l’impression première d’ordre que la nature lui communique, nie que cet ordre puisse avoir une origine distincte de lui-même. L’amour de la science est un amour de l’ordre, et le chemin de la science conduit à l’idée de Dieu ordonnanceur du cosmos. Est ‘naturel’ ce qui est directement de Dieu. Jésus-Christ est ‘naturellement’ Fils de Dieu. Nous le sommes par adoption. Il l’est de naissance. Ga 2, 15 : « Nous, nous sommes Juifs de naissance (phusis), et non pécheurs d’entre les païens ». Ou dans Eph 2, 3 : « Nous étions par nature des enfants de colère, comme les autres » (extrait). De la phusis, notre méditation peut naturellement remonter à Dieu.

En hébreu, le nom de Dieu est un Tétragramme (Intelligence et quatre) : YHWH, employé dans 5515 versets de l’AT. Il est souvent traduit par l’Eternel et nous verrons le lien entre l’éternité et l’Intelligence qui nous la fait saisir. Le tout premier est Gn 2, 4, où le lien entre Dieu et sa création est établi : « Voici les origines des cieux et de la terre, quand ils furent créés. Lorsque l’Eternel (Yehovah) Dieu fit une terre et des cieux ». On pourrait montrer le lien entre Yhwh et l’Intelligence dans le NT. Theos, « dieu », est employé dans 1162 versets du NT. Ce mot très répandu peut être lié à tous les dons et nous allons ici montrer son lien avec l’Intelligence. En Mt 4, 4, Dieu est celui dont la parole nous soutient : « Jésus répondit : il est écrit : L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Dans le seul verset Mt 22, 32, theos est employé cinq fois : « Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ? Dieu n’est pas Dieu des morts, mais des vivants ». Sur la Croix, Jésus appelle son Père, mon Dieu, en Mt 27, 46 : « Et vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte : Eli, Eli, lama sabachthani ? c’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». L’Intelligence illumine notre esprit du mystère de l’Evangile. Mt 4, 11 : « Il leur dit : c’est à vous qu’a été donné le mystère du royaume de Dieu ; mais pour ceux qui sont dehors tout se passe en paraboles ». Jésus parle en paraboles à ceux qui sont encore dehors, au stade de la Connaissance, car ils n’ont pas franchi le seuil de la Piété, et ne sont donc pas entrés dans l’Intelligence de la Révélation. Mc 10, 18 : « Jésus lui dit : pourquoi m’appelles-tu bon ? Il n’y a de bon que Dieu seul ».

Citons quelques versets courts liés à l’Intelligence et centrés sur l’idée de Dieu. Mc 11, 22 : « Jésus prit la parole, et leur dit : Ayez foi en Dieu ». Mc 12, 32 : « Le scribe lui dit : Bien, maitre : tu as dit avec vérité que Dieu est unique, et qu’il n’y en à point d’autre que lui ». Lc 1, 47 : « Et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur ». En Mc 15, 39, le centenier remonte des faits à la conclusion : « Le centenier, qui était en face de Jésus, voyant qu’il avait expiré de la sorte, dit : assurément, cet homme était Fils de Dieu ». Toute la création raconte les œuvres de Dieu, ce qui fait de la science une voie de retour vers Dieu et explique l’attrait des parcours initiatiques à prétention scientifique de l’ésotérisme, où le meilleur se mêle au pire. Lc 8, 39 : « Retourne dans ta maison, et raconte tout ce que Dieu t’a fait. Il s’en alla, et publia par toute la ville tout ce que Jésus avait fait pour lui ». Les scientifiques ont des vies consacrées à leurs recherches et les laboratoires de recherche présentent des similitudes avec les Ordres Religieux : constitutions, méthodes, discipline, lieux, colloques, publications, etc. La nature, par l’intelligence que la science nous en apporte, nous transmet une première connaissance du Père et la Révélation en ajoute une deuxième. Jn 1, 18 : « Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaitre ». On ne voit pas Dieu, mais on voit ses œuvres. Cela reste vrai dans le domaine de la Révélation.

La Science élabore des théories, c’est-à-dire des façons de voir le monde. Theoreo, « regarder, voir », est employé dans 55 versets du NT. On remarque en Mc 3, 11 le lien entre l’Intelligence (voir) et la Piété (se prosterner) : « Les esprits impurs, quand ils le voyaient (theoreo), se prosternaient devant lui, et s’écriaient : Tu es le Fils de Dieu ». Les scientifiques sont souvent humbles devant leurs découvertes car ils se sentent dépassés par l’univers qu’ils observent avec émerveillement. Il en est de même des témoins de la résurrection, révélation parfaite de la grandeur de Dieu. 21 des 55 emplois de theoreo sont dans le quatrième Evangile. Citons seulement  Jn 20, 14 : « En disant cela, elle vit (theoreo) Jésus debout ; mais elle ne savait pas que c’était Jésus ». Theoreo est également utilisé pour décrire les visions célestes. Ainsi saint Etienne en Ac 7, 56 : « Et il dit : Voici, je vois (theoreo) les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu ». Que cherchent les savants en explorant ainsi la nature ? On peut leur attribuer la parole de sainte Thérèse d’Avila prononça à ses parents pour justifier sa fugue d’enfant : « Je suis partie parce que je veux voir Dieu, et que pour le voir il faut mourir ». N’est-ce pas l’essence de la noble quête des scientifiques ? Sainte Thérèse, grande exploratrice de l’âme humaine, fut elle-même une savante. Le Château Intérieur ou Livre des Demeures est le fruit de ses travaux exploratoires de la Tradition et de sa propre expérience. Il est également le fruit de l’inspiration divine, le génie créateur. Dieu met les savants sur la piste de leurs travaux.

Ainsi commence ce trésor de la science chrétienne : « Tandis que je priais aujourd’hui Notre-Seigneur de parler à ma place, parce que je ne savais que dire, ni de quelle manière je devais commencer ce travail que l’obéissance m’impose, il s’est présenté à mon esprit ce que je vais dire maintenant et qui sera en quelque sorte le fondement de cet écrit. On peut considérer l’âme comme un Château qui est compose tout entier d’un seul diamant ou d’un cristal très pur, et qui contient beaucoup d’appartements, ainsi que le ciel, qui renferme beaucoup de demeures »[5]. Dieu l’a orientée dans sa recherche, lui inspirant une certaine façon de voir les choses. Tous les scientifiques partent d’une intuition première. Cette intuition, ou hypothèse, semble provenir de leur observation de la nature, mais la science est une œuvre inspirée et les intuitions scientifiques qui conduisent aux grandes découvertes sont ‘soufflées’ par Dieu par l’intermédiaire des anges, comme toutes les œuvres culturelles. Les Anges sont les ‘génies’ cachés qui font les génies. Ils ‘génèrent’ sans cesse des idées originales, autant de points de départ vers de nouvelles aventures intellectuelles. Ce chef-d’œuvre de sainte Thérèse d’Avila est une œuvre scientifique dans laquelle elle « analyse et explique les opérations de Dieu dans l’âme »[6]. « La science de Thérèse est devenue plus profonde et plus vaste, plus élevée et plus simple. Des sommets ou elle est parvenue, elle découvre mieux les droits de Dieu et les devoirs de la créature, les exigences de l’absolue et la faiblesse de l’homme ; elle peut considérer le chemin parcouru, mesurer les étapes, apprécier les difficultés et compatir a la souffrance des âmes qui peinent sur les pentes. Elle peut décrire avec précision, conseiller avec autorité, se pencher avec amour : le mariage spirituel a donné à sa maternité de grâce toute sa puissance de fécondité »[7]. ‘Décrire avec précision’ la nature, ‘conseiller avec autorité’ les hommes et ‘se pencher avec amour’ vers Dieu devraient être la triple finalité de la science.

La science montre et démontre. Deiknuo est employé dans 29 versets du NT et signifie « montrer, exposer aux yeux, faire connaitre ». Le premier emploi est en Mt 4, 8 : « Le diable le transporta encore sur une montagne très élevée, lui montra (deiknuo) tous les royaumes du monde et leur gloire ». La science a la même prétention englobante. Elle veut nous montrer en un tout l’ensemble de la Création, dans sa structure même, ses ‘royaumes’ : le Ciel et la Terre, et sur la terre les quatre règnes : le minéral, le végétal, l’animal et l’humain. En Jn 2, 18, les Juifs réclament à Jésus de leur montrer un miracle pour prouver ce qu’il avance : « Les Juifs, prenant la parole, lui dirent : Quel miracle nous montres-tu (deiknuo), pour agir de la sorte ? ». La nature entière n’est-elle pas le miracle permanent qui nous montre l’intelligence merveilleuse de Dieu ? N’est-elle pas source infinie d’émerveillement ? Par les bonnes œuvre de l’Apostolat, les hommes font voir la charité qui les habite et les unit, cet Esprit caché dans le cœur humain et que nos œuvres publient. Jn 10, 32 : « Jésus leur dit : Je vous ai fait voir (deiknuo) plusieurs bonnes œuvres venant de mon Père : pour laquelle me lapidez-vous ? », que reprend Jc 2, 18. Nous montrons notre foi par nos œuvres, de même que Dieu se montre par ses œuvres. La science le révèle par l’étude de la nature. La théologie le révèle par l’étude de la Tradition.

L’Apostolat a pour but de faire grandir le nombre des chrétiens afin qu’ils soient aussi nombreux que les Etoiles du ciel tombées à la suite de la chute des anges. Il faut repeupler le Ciel. Ac 11, 21 : « La main du Seigneur était avec eux, et un grand nombre (arithmos) de personnes crurent et se convertirent au Seigneur ». Cette main du Seigneur désigne la providence divine, qui fait aboutir la volonté de Dieu par l’intermédiaire des œuvres humaines. Ce thème de la providence est étroitement lié à l’Intelligence. Il est le fruit de la prise de conscience que Dieu est ‘derrière’ toutes nos bonnes entreprises, les inspire, par les quatre premiers dons, et en facilite la réalisation, par les trois derniers. Le nombre des anges est « des myriades de myriades et des milliers de milliers » (Ap 5, 11) et le nombre de ceux marques du sceau est « cent quarante-quatre mille » (Ap 7, 4).

La méthode de la science est l’analogie : elle étudie les ressemblances entre les objets particuliers de l’expérience sensible. Elle s’efforce de « relever des ressemblances au sein même des différences, parfois essentielles, entre plusieurs choses. L’analogie est l’application du même nom à des réalités différentes sur la base de similitudes de fond ou d’apparence entre elles »[8]. Pythagore appelait analogia le rapport entre des nombres représentant des propositions identiques. La science est l’art de faire des correspondances, comparaisons, homologies. Homoios est employé dans 43 versets du NT et signifie « ressembler », « être semblable »[9]. Le premier emploi est en Mt 11, 16 : « A qui comparerai-je cette génération ? Elle ressemble (homoios) à des enfants assis dans des places publiques, et qui, s’adressant à d’autres enfants ». Cette image est reprise en Lc 7, 32. L’Intelligence qui nous remet au service de Dieu établit l’Eglise, soit l’ensemble des hommes engagés sur le chemin de la ressemblance de Dieu. Le verset Lc 6, 47  contient une belle description du chrétien comme apôtre du Christ: « Je vous montrerai à qui est semblable tout homme qui vient à moi, entend mes paroles, et les met en pratique ». Lc 13, 18 nous présente Jésus à la recherche d’une analogie afin de nous faire comprendre en quoi consiste le royaume de Dieu, qui n’est compréhensible que par cette méthode : « Il dit encore : A quoi le royaume de Dieu est-il semblable (homoios), et à quoi le comparerai-je ? ». La science n’est-elle pas le domaine par excellence des comparaisons, qui permettent de classer des éléments divers en groupes homogènes d’objets ? Dans la Société, œuvre de l’Intelligence dans la Civilisation, les hommes des différentes ‘classes’ sociales sont sans cesse en train de se comparer à d’autres, dans les quatre directions de la croix : en haut (les plus riches), en bas (les plus pauvres), et à gauche et à droite (leurs ‘égaux’, anciens et nouveaux venus de la classe). Le verbe correspondant est homoioo, employé dans 15 versets du NT, dont Lc 13, 18 déjà cité. La science utilise ces correspondances afin de nommer les objets qu’elle observe.

Méditons sur cet acte de nommer, si propre à l’aventure scientifique. Kaleo, « nommer » est employé dans 138 versets du NT. Nous l’avons évoqué dans le paragraphe 1 du chapitre 3 à propos de parakaleo, « prier ». Mt 1, 25 : « Mais il ne la connut point jusqu’à ce qu’elle eut enfanté un fils, auquel il donna (kaleo) le nom de Jésus ». Les hommes sont inspirés jusque dans le nom qu’ils donnent à leurs enfants, et qui annonce leur vocation, c’est-à-dire la volonté de Dieu pour eux, le sens même de leur vie. Les chrétiens qui entrent dans la vie religieuse changent de nom pour manifester la nouvelle vie qu’ils commencent en Dieu. En Mc 11, 17, Jésus rappelle que la vocation de toute la création, maison de Dieu, est d’être un lieu de prière, où Dieu sera honoré : « Et il enseignait et disait : N’est-il pas écrit : Ma maison sera appelée (kaleo) une maison de prière pour toutes les nations ? Mais vous, vous en avait fait une caverne de voleurs ». Voici une description de ce que Jean nomme le monde, troisième ennemi de Dieu et des hommes. Il est le réseau des relations humaines désordonnées, dans lequel chaque homme est un loup pour l’homme et cherche à lui nuire, ce qui est l’opposé de la charité. Ces relations intra-humaines sont désordonnées car elles ne sont pas ancrées dans la seule source de charité et d’ordre, la relation de l’homme avec Dieu. La vocation royale de Jésus est résumée dans le verset Lc 1, 32 : « Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ». Nous voyons ici un autre exemple de verset lié à l’Intelligence exprimé au futur.

Le nom contient en germe tout la personne qui se déploiera au cours de son existence avec l’aide de Dieu. Marie Madeleine nous est présentée en Lc 10, 39 : « Elle (Martha) avait une sœur, nommée Marie, qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole ». Marie Madeleine nous évoque la Provence, où elle a terminé sa vie. Cette Provence est également le lieu où la Curie est venu se réfugier au XIVe siècle, à Avignon. La Kabbale est née en Provence au XIIe siècle. Elle est la science des noms et des chiffres reçue divinement et transmise à quelques disciples choisis, comme Jésus donnait des explications supplémentaires à quelques ’uns pris à part. La kabbale aborde la question des attributs divins et des correspondances entre ces attributs et ceux de sa création. Les principaux livres du corpus kabbalistique sont le Bahir, livre de la clarté, le Zohar et le Yetsirah. Le kabbaliste, comme le scientifique, cherche à pénétrer les mystères de ce monde. La science, intelligence du multiple, utilise les nombres. Le livre des Nombres dans lequel Dieu distribue son héritage aux tribus d’Israël est le quatrième livre de l’AT. L’arithmétique est le quatrième des Arts Libéraux. Arithmos, « nombre » est employé dans 15 versets du NT. Ac 4, 4 : « Cependant, beaucoup de ceux qui avaient entendu la parole crurent, et le nombre (arithmos) des hommes s’éleva à environ cinq mille ».

NOTES

[1] Alexandre GANOCZY. Christianisme et neurosciences. Odile Jacob, 2008.
[2] Daniel BOORSTIN. Les Découvreurs. D’Hérodote à Copernic, de Christophe Colomb à Einstein, l’aventure de ces hommes qui inventèrent le monde. Robert Laffont, Bouquins.
[3] Elisabeth DUFOURCQ. L’invention de la loi naturelle. Bayard, 2012.
[4] Jean-Marie MATHIEU. Le Nom de Gloire. Essai sur la Qabale. Editions DesIris, 1992.
[5] Cité dans Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, ocd Je veux voir Dieu, Editions du Carmel. Page 17.
[6] Op. cit. page 20.
[7] Op. cit. page 21.
[8] Alexandre GANOCZY. Christianisme et Neurosciences. Odile Jacob, 2008.
[9] On peut également lier ce mot au Conseil, qui gouverne les processus de rétablissement de la ressemblance perdue que l’on appelle la sanctification. En particulier, homoios est employé six fois dans le chapitre 13 de Matthieu qui nous présente les paraboles de la croissance du Royaume de Dieu.

Légende : Le Palais de la Découverte, Paris. http://www.universcience.fr/fr/nous-connaitre/palais-de-la-decouverte/