5. Ischuros « fort ». Les Sacramentaux

« Personne ne peut entrer dans la maison d’un homme fort et piller ses biens, sans avoir auparavant lié cet homme fort » (Mc 3, 27).

Ischuros, « fort », est employé dans 25 versets du NT. Il vient du nom ischus, « force », employé dans 11 versets du NT. Mc 12, 33 : « Et que l’aimer de tout son cœur, de toute sa pensée, de toute son âme et de toute sa force (ishus), et aimer son prochain comme soi-même, c’est plus que tous les holocaustes et tous les sacrifices ». En Ep 1, 19 se trouvent les quatre mots du NT désignant la puissance: « Et quelle est envers nous qui croyons l’infinie (huperballos) grandeur (megethos) de sa puissance (dunamis), se manifestant avec efficacité (energeia) par la vertu (ischus) de sa force (kratos)». Dunamis est la capacité de faire quelque chose, le pouvoir de surmonter nos limitations. C’est la puissance par laquelle on prêche l’Evangile (Rm 15, 19). Energeia est le « travail » (ergon) de l’ « intérieur » (en). L’Esprit nous meut de l’intérieur et nous rend zélés, travailleurs, actifs. Cette énergie nous vient du Verbe de Dieu lui-même, qui est un pouvoir tranchant. Kratos est la « puissance comme autorité, suprématie, domination » que l’on retrouve dans la ‘démo-cratie’, le pouvoir du peuple. Il est employé dans 12 versets du NT et pointe de nombreuses fois vers l’Intelligence qui régit les structures hiérarchiques. 1 P 5, 11 : « À lui soit la puissance (kratos), aux siècles des siècles ! Amen ! ». La « force » (ischus) est donnée en proportion de la « puissance » (kratos), de même que la Force est au service de l’Intelligence et lui est proportionnée, car elle nous permet d’accomplir notre mission. On retrouve le lien entre ces deux mots en 1 P 4, 11 : « Si quelqu’un parle, que ce soit comme annonçant les oracles de Dieu ; si quelqu’un remplit un ministère, qu’il le remplisse selon la force (ischus) que Dieu communique, afin qu’en toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et la puissance (kratos), aux siècles des siècles. Amen ! ». La « force » (ischus) que Dieu nous donne est un signe de son autorité sur toutes choses. Jésus-Christ a autorité sur l’ensemble de la création. Il est le Panto « Tout » Kratôr « Puissant ». Cette « puissance » kratos s’exprime sous la forme d’une force ischus qu’il communique à ses serviteurs, comme Samson reçut la force de Dieu dans les sept tresses de ses cheveux, symboles des sept dons de l’Esprit.

Sur la Croix (Intelligence), Jésus a lié Satan, l’homme fort qui dominait jusque-là la création, suite à la désobéissance humaine. Le dessein de Dieu avait toujours été de mettre l’homme en charge de la création, au service de Dieu dont il est l’intendant, lieutenant, serviteur, etc. Jésus-Christ est venu rétablir cette domination, mais ce rétablissement nécessite la continuation du combat contre les légions de Satan que Dieu nous a ‘laissées’, afin que nous en venions à bout nous-même, par la force (ischus) qu’il nous donne. Ischus est dérivé de echô, « avoir, posséder, tenir à ». La force est ce que l’on possède et que l’on peut utiliser quand nécessaire. On se sent rempli de cette force comme lorsque notre main est remplie de la poignée de l’épée. L’homme fort-ischus est l’homme rempli de Dieu, en possession de Dieu pourrait-on dire, comme une cassette est remplie de pièces d’or[1]. Echô est employé dans 626 versets du NT. Afin de « posséder » le trésor du ciel, il faut se défaire des trésors de la terre. La pauvreté est l’essence de l’Ordre franciscain, lié à la Force. Mt 19, 21 : « Jésus lui dit : si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras (echô) un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi ». Saint Laurent a livré à la Tradition la vérité selon laquelle les pauvres sont les trésors de l’Église, car Dieu est toujours avec ceux qui n’ont rien des richesses du monde. Il ‘remplit’ le vide ainsi laissé. Quand Jésus sera parti, nous aurons toujours avec nous les pauvres pour nous montrer le visage du Christ. Mt 26, 11 : « Car vous avez (echô) toujours des pauvres avec vous, mais vous ne m’avez (echô) pas toujours ». Les époux doivent ‘tenir’ de toutes leurs forces l’un à l’autre. Lorsque l’un part, la douleur est déchirante. La veuve prie alors de toutes ses forces (ischus) pour être réunie avec son mari.

Cette même force du lien d’amour doit animer tous les gestes du Sacerdoce par lequel notre Epoux du ciel nous est donné. Mc 2,19 : « Jésus leur répondit : les amis de l’époux peuvent-ils jeûner pendant que l’époux est avec eux ? Aussi longtemps qu’ils ont avec eux l’époux, ils ne peuvent jeûner». Les légions de Satan cherchent sans cesse à nous voler nos possessions. Notre bien le plus précieux est l’Esprit-Saint venu résider en nous et devenu notre force intérieure. Nous défendons notre trésor par la force de ce même trésor, car l’Esprit est une épée tranchante. Nous défendons notre foi par cette même foi. Mc 4, 40 : « Puis il leur dit : Pourquoi avez-vous ainsi peur ? Comment n’avez-vous point de foi ? ». Nous possédons la foi car nous ‘possédons’ l’Esprit de Dieu, si l’on peut dire. Cette possession remplace la ‘possession’ précédente, lorsque nous étions aux mains des forces du mal. Mc 5, 15 : « Ils vinrent auprès de Jésus, et ils virent le démoniaque, celui qui avait eu la légion assis, vêtu, et dans son bon sens ; et ils furent saisis de frayeur ». L’Esprit-Saint fait de nous les légionnaires du Christ en nous arrachant à l’emprise de l’ennemi. Comme dans les films d’action américains, lorsque le héros (Jésus), après un combat violent avec le chef de l’ennemi, est blessé et laissé pour mort, sa compagne (Marie), qui jusque-là avait été dans son ombre, reprend le combat et révèle une force insoupçonnée. Elle achève le travail commencé et obtient la victoire définitive, ayant fait fuir les hommes de main qui sévissent encore. Le héros se relève alors, ses blessures n’étant pas mortelles, et les deux sont réunis et entourés de leurs enfants[2].

Parmi les armes du combat se trouvent en premier lieu les Sacramentaux, œuvre de la Force dans le Sacerdoce. Ils sont une expression de notre foi dans la toute-puissance de Dieu obtenue par notre supplication. En effet, ils se distinguent des Sacrements par le fait qu’ils ne sont pas efficaces en eux-mêmes, mais par la prière de l’Eglise. Les Sacramentaux sont avant tout des prières dirigées vers Dieu, et ensuite, par Sa réponse, une sanctification des personnes, des objets et des lieux. Les effets dépendent du bon vouloir de Dieu. Le CEC (Catéchisme de l’Église catholique, Plon/Mame, 1992) n° 1 670 précise : « Les Sacramentaux ne confèrent par la grâce de la même façon que les sacrements, mais, par la prière qu’ils contiennent, ils nous préparent à la recevoir et disposent à y coopérer » et encore CEC n° 1 670 : « Chez les fidèles bien disposés, presque tous les événements de la vie sont sanctifiés par la grâce divine qui découle du mystère Pascal de la passion, de la mort et de la Résurrection du Christ, car c’est de Lui que tous les sacrements et sacramentaux tirent leur vertu ; et il n’est à peu près aucun usage honorable des choses matérielles qui ne puisse être dirigé vers cette fin : la sanctification de l’homme et la louange de Dieu ». La grâce que transmettent les Sacramentaux est médiatisée par l’humilité des hommes qui l’implorent. Déô, employé dans 41 versets du NT, signifie « lier, attacher avec des chaînes, envelopper ». Il a donné le verbe deomai, « prier, supplier, demander », ainsi que le nom deesis, « prière, supplication ». Le premier emploi de déô en résume le sens. Il se trouve en Mt 12, 29 : « Ou, comment quelqu’un peut-il entrer dans la maison d’un homme fort et piller ses biens, sans avoir auparavant lié cet homme fort (ischuros)? Alors seulement il pillera sa maison ».

Les Sacramentaux sont des prières par lesquelles les chrétiens obtiennent de Dieu la force nécessaire pour lier l’homme fort. Cet homme fort est Satan, qui a lui-même été lié par le sacrifice de Jésus-Christ sur la Croix et la maison n’est autre que la création elle-même, dans ce qu’elle a de plus concret. Par l’effusion de Force que ces prières humaines obtiennent, la toute-puissance divine est ‘lâchée’ sur terre et en chasse les ennemis. La terre entière est ainsi purifiée spirituellement. Le lépreux de Lc 5, 12 prie (déomai) Jésus de le purifier. Sa prière est le modèle de toutes les prières contenues dans la tradition des Sacramentaux : « Jésus était dans une des villes ; et voici, un homme couvert de lèpre l’ayant vu, tomba sur sa face, et lui fit cette prière : Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur ». Cette prière est une expression de la foi du lépreux, cette foi qui libère les forces divines. Elle nous sauve. En Lc 9, 41, Jésus reproche à ses disciples leur manque de foi qui les a rendus impuissants à chasser l’esprit impur. Ce verset suit le constat d’impuissance des disciples contenu en Lc 9, 40 : « J’ai prié tes disciples de le chasser, et ils n’ont pas pu ». On peut dire très graphiquement que les Sacramentaux chassent les mauvais esprits des lieux de la création. Les exorcismes prononcés sur l’eau, le sel et l’huile, etc. supposent que Satan demeure dans ces éléments comme dans son domaine, et qu’il y exerce une domination. Que Satan s’éloigne de cette huile, afin qu’elle puisse servir à l’onction spirituelle. L’eau bénite semble le moyen le plus efficace pour chasser les démons. Dans les pays (Angleterre, Allemagne en particulier) où les lieux sacrés ont été profanés, les forces du mal ont repris possession des esprits et ont fait des ravages spirituels et moraux évidents[3]. Notons la proximité de deesis et du mot français « déesse ». Les Sacramentaux sont des objets de lumière (cierge, images saintes, statues, etc.) qui remplacent les esprits des ténèbres. L’Esprit Saint fait fuir les hôtes indésirables de la création.

Les Sacramentaux sacralisent, sanctifient, consacrent la nature tout entière (ses lieux, ses objets), de même que les Sacrements sacralisent les vies humaines (Intelligence). Ils sont à la fois des rites consécratoires (bénédiction d’abbaye, consécration des religieux, couronnement des rois, exorcismes, catéchuménat, funérailles, etc.), et des objets consacrés (crucifix, eau bénite, hostie consacrée, objets bénis, l’anneau nuptial, lit de noces, sel, images saintes, etc). Ces objets et lieux sont consacrés, c’est-à-dire séparés du monde profane, ou encore de l’ordre naturel dont ils font partie à l’origine. Ils sont consacrés à rendre présents des réalités d’un autre ordre. La Création devient alors elle-même le temple de Dieu. Hagiazô est employé dans 25 versets du NT. Dans sa grande prière de Jn 17, Jésus parle de sa propre sanctification, au verset 19 : « Et je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu’eux aussi soient sanctifiés par la vérité », cette vérité qui prend corps dans la Doctrine. En Ep 5, 26, St Paul semble nous présenter les Sacramentaux comme faisant suite aux Sacrements: « Afin de la sanctifier (hagiazô) par la parole, après l’avoir purifiée par le baptême de l’eau ». La sanctification porte ici sur l’épouse, que l’homme doit aimer comme Dieu aime l’Église. Cette épouse est souvent adultère, car marquée du péché. Dieu pardonne nos péchés et nous aide à demeurer fidèles. Les Sacramentaux sont faits de paroles de bénédiction qui attirent sur la terre la puissance salvifique de Dieu. 1 Tm 4, 5 : « Parce que tout est sanctifié par la parole de Dieu et par la prière ».

Eulogia, « bénédiction, louange », est employé dans 14 versets du NT. Il vient du verbe eulogéô, employé dans 40 versets du NT et formé de eu, « bien », et légô, « dire », comme dans le latin bene (bien) dicere (dire). Bénir, louer, c’est dire du bien de quelqu’un. Dans la bouche de Dieu, la parole est une parole performative qui effectue ce qu’elle dit. La bénédiction de Dieu confère à l’homme un bien. Elle le place dans un état meilleur et annonce les dons ou libéralités que Dieu fera pleuvoir sur l’homme béni. La réponse de l’homme est la louange, c’est-à-dire l’action de grâce qui s’élève devant le don reçu. La louange la plus parfaite est offerte à Dieu du seul fait qu’il est Dieu et qu’il nous a placés en sa compagnie, capable de voir sa grandeur. Mt 26, 26 : « Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain ; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant : Prenez, mangez, ceci est mon corps ». Une autre traduction est « après l’avoir béni ». Cette bénédiction du pain par Jésus opère une transformation de sa substance, une « transsubstantiation ». Ce pain est désormais plein de Dieu. Les chrétiens sont invités, dans le benedicite, à opérer une consécration de leur nourriture. Les Sacramentaux sont des prières d’actions de grâce par lesquelles une entité particulière de l’espace, un corps, est reconnue et nommée comme appartenant à Dieu. Elle lui est rendue. L’hébreu barak, « bénir », est employé dans 289 versets de l’AT. Le premier emploi est en Gn 1, 22 : « Dieu les bénit, en disant : soyez féconds, multipliez et remplissez les eaux de la mer ; et que les oiseaux multiplient sur la terre ». La bénédiction de Dieu est la condition de toute fécondité et de croissance. Gn 26, 12 : « Isaac sema dans ce pays, et il recueillit cette année le centuple ; car YHWH le bénit ». La « bénédiction », berakah en hébreu, donne la vie. Elle transmet une capacité surnaturelle de se maintenir dans le bien. On juge de la santé par les fruits qu’elle produit. Dieu est la source de toute bénédiction comme de toute vie et les hommes reçoivent de lui la capacité de se bénir les uns les autres.

La bénédiction de Dieu doit se transmettre de père en fils, comme on le voit en Gn 27. Ésaü implore son père Isaac de le bénir aussi, comme si sa vie en dépendait. Après la bénédiction de son père, Jacob combat avec l’ange et lui demande, à l’issue du combat, de le bénir. Gn 32, 26 : « Il dit : laisse-moi aller, car l’aurore se lève. Et Jacob répondit : Je ne te laisserai point aller, que tu ne m’aies béni ». Aux bénédictions du père de la terre succèdent celle du Père des cieux, comme nous l’annonce à l’avance Jacob dans le discours qu’il fait à son fils Joseph en Gn 49, 25 : « C’est l’œuvre de Dieu ton père, qui t’aidera ; c’est l’œuvre du Tout-Puissant, qui te bénira des bénédictions des cieux d’en haut, des bénédictions des eaux en bas, des bénédictions des mamelles et du sein maternel ». Et en Gn 49, 26 : « Les bénédictions de ton père s’élèvent au-dessus des bénédictions de mes pères, jusqu’à la cime des collines éternelles. Qu’elles soient sur la tête de Joseph, sur le sommet de la tête du prince de ses frères ! ». Les bénédictions ne sont pas des récompenses. Elles sont des paroles de puissances qui libèrent notre potentiel. Elles nous font passer à l’acte. Elles nous disent : « deviens ce que tu es, je t’aiderai », « libère-toi de tes entraves. Je t’ai créé et je te veux vivant et fécond ». Dès la création de l’homme, en Gn 1, 22, Dieu le place dans un projet de vie surabondante. La bénédiction fait vivre et la malédiction fait mourir. Les bénédictions font croitre dans l’être. On voit ici le lien entre la Force et la Crainte, car la bénédiction est également liée à la Crainte. Lorsque l’homme bénit ou loue le Seigneur, il en proclame l’existence et le chante comme Créateur. Lorsque Dieu bénit l’homme, il lui donne un surplus d’être qui se manifeste dans la fécondité de ses œuvres. Il le rend créateur à son tour. Par les Sacramentaux, l’homme participe activement à la réalisation de la Nouvelle Création. La Nouvelle Création sera la première Création débarrassée du mal, c’est-à-dire de tout ce qui n’œuvre pas de concert avec Dieu. La Création a été prise en otage par les forces du mal. Les Sacramentaux la libèrent. Ils créent des espaces de paix, des petites ‘nouvelles créations’ dans lesquelles seul le bien règne.

Un des espaces à libérer est notre esprit. Il est plein d’informations de toutes sortes qui peuvent être aliénantes. La vérité du Christ y est reçue et elle nous rend libre. Le processus par lequel cette vérité est reçue est appelé la catéchèse. Katechô, « s’emparer, retenir », est employé dans 19 versets du NT. On y retrouve échô, « posséder ». Par la catéchèse, nous nous emparons du trésor précieux de la foi et le retenons dans notre esprit. 1 Co 15, 2 : « Et par lequel vous êtes sauvés, si vous le retenez (katecho) tel que je vous l’ai annoncé ; autrement, vous auriez cru en vain ». En Lc 4, 42, on voit la foule tenter de retenir Jésus avec eux, « afin qu’il ne les quittât point ». « Très vite on a appelé catéchèse l’ensemble des efforts entrepris dans l’Eglise pour faire des disciples, pour aider les hommes à croire que Jésus est le Fils de Dieu afin que, par la foi, ils aient la vie en son nom, pour les éduquer et les instruire dans cette vie et construire ainsi le Corps du Christ. L’Église n’a cessé d’y consacrer ses énergies » (Catechesi Tradendæ). Le chapitre 19 de ce même document nous éclaire sur l’aide de la grâce que cet approfondissement de la Foi requiert : « C’est dire que la «catéchèse» doit souvent se soucier, non seulement de nourrir et d’enseigner la foi, mais de la susciter sans cesse avec l’aide de la grâce, d’ouvrir le cœur, de convertir, de préparer une adhésion globale à Jésus-Christ chez ceux qui sont encore sur le seuil de la foi. Ce souci commande en partie le ton, le langage et la méthode de la catéchèse ». Le Catéchuménat, ou Rituel d’Initiation Chrétienne des Adultes, est un long processus par lequel la Parole de Dieu pénètre l’esprit humain. Il est un Sacramental, comme l’exorcisme ou le couronnement d’un roi. En effet, la Parole de Dieu ne peut prendre racine en l’homme que par une action du Saint-Esprit lui-même qui purifie notre être tout entier. Le Saint-Esprit fait le ménage et le lit de la chambre dans lequel il vient dormir. On peut en distinguer sept étapes.

La première est la Première évangélisation ou pré catéchuménat. La deuxième est la Célébration de l’entrée en Catéchuménat, qui contient si nécessaire un petit rituel d’exorcisme[4] et la signation du front[5] et des sens[6]. Cette deuxième étape contient également un rituel d’imposition d’un nom nouveau et d’entrée dans l’Eglise, deux thèmes liés à la Connaissance. Elle se termine par le Psaume 33 (34) qui commence par « Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sans cesse à mes lèvres ». La troisième étape est le Temps du Catéchuménat durant lequel la parole de Dieu est célébrée. Ces célébrations sont placées sous le signe de la Piété. Elles ont pour but : « de graver dans le cœur des catéchumènes l’enseignement reçu à propos des mystères du Christ et de la manière de vivre qui en découle…de leur apprendre à goûter les formes et les voies de la prières… de leur faire découvrir le sens des signes, des actions et des temps du mystère liturgique ; de les introduire peu à peu dans la liturgie de toute la communauté »[7]. Elle introduit des exorcismes mineurs, qui « montreront aux catéchumènes la véritable condition de la vie spirituelle, le combat entre la chair et l’esprit »[8]. Pendant cette troisième phase, les Catéchumènes reçoivent des bénédictions particulières. « Les bénédictions manifestent l’amour de Dieu et la sollicitude de l’Eglise. Elles seront proposées aux catéchumènes pour que, dans l’attente de la grâce des sacrements, ils reçoivent cependant de l’Église courage, joie et paix dans leur effort et leur itinéraire »[9].

Afin de montrer toute la puissance contenue dans les rituels du Catéchuménat, si important dans un Orient à christianiser et un Occident à rechristianiser, citons une de ces prières de bénédiction. L’existence de Satan y est très clairement exprimée. On sait que de nombreux prêtres n’osent plus en mentionner le nom dans leurs homélies de peur de faire fuir les fidèles. Satan s’en frotte les mains, car occulter l’ancien ennemi du genre humain de la catéchèse, c’est lui enlever son caractère dramatique, son sérieux, sa gravité, tout son intérêt. Comment la vie chrétienne et toute la Tradition peuvent-elles alors être prises au sérieux ? Comment peut-on louer le Christ Sauveur si on ne prend pas conscience de l’esclavage spirituel dans lequel nous sommes et de toutes les ‘forces’ en présence ? « Prions. Dieu et Seigneur de toutes choses, par ton Fils unique, tu as terrassé Satan, détruit ses chaines, et libéré les hommes qu’il tenait prisonniers. Nous te rendons grâce pour les catéchumènes que tu as appelés. Affermis-les dans la foi pour qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus, le Christ ; garde-les dans la pureté de cœur sur le chemin de la sainteté, afin qu’ils soient trouvés dignes du bain de la nouvelle naissance et de la participation à tes saints mystères. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur »[10]. Un autre rite opéré pendant cette troisième étape du Catéchuménat (ou le Samedi Saint) est celui de l’onction des catéchumènes. L’huile, comme le Signe de Croix est l’un des plus anciens et puissants Sacramentaux. Voici la prière de bénédiction de l’huile : « Dieu tout-puissant, tu es la force de ton peuple, tu veilles sur lui, et tu as créé l’huile, symbole de vigueur ; daigne bénir cette huile, et accorde ta force aux catéchumènes qui en seront marqués. Recevant de toi intelligence et énergie, ils comprendront plus profondément la Bonne Nouvelle et s’engageront de grand cœur dans les luttes de la vie chrétienne ; rendus capables de devenir tes fils adoptifs, ils seront heureux de naitre à nouveau et de vivre dans ton Église. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur »[11]. Cette merveilleuse prière fait très clairement le lien entre l’intelligence de l’Évangile et le don de sa vie à la cause de Dieu (Intelligence et Apostolat). À cet engagement de toute notre personne fait suite l’élévation de nos capacités afin de l’actualiser dans nos œuvres (Force). Le rituel d’onction est conféré par la bénédiction suivante : « Que la force du Christ vous fortifie, lui qui est le Sauveur ; qu’elle vous imprègne comme cette huile du salut dont je vous marque dans le Christ notre Seigneur, lui qui règne pour les siècles des siècles ». [12]

La quatrième étape du Catéchuménat est l’Appel décisif et l’inscription du nom. Le catéchumène prend un engagement solennel face au Christ-Roi et son nom est inscrit dans la liste des soldats du Christ (Intelligence). La cinquième étape est le Temps de purification et d’illumination. Elle contient les trois Scrutins et les Traditions (ou transmission du Symbole de la foi et de l’Oraison dominicale). « Les scrutins, que l’on célèbre solennellement le dimanche, sont accomplis au moyen des exorcismes. Ils ont ce double but : faire apparaître dans le cœur de ceux qui sont appelés ce qu’il y a de faible, de malade et de mauvais, pour le guérir, et ce qu’il y a de bien, de bon et de saint, pour l’affermir. Ils sont donc faits pour purifier les cœurs et les intelligences, fortifier contre les tentations, convertir les intentions, stimuler les volontés, afin que les catéchumènes s’attachent plus profondément au Christ et poursuivent leur effort pour aimer Dieu. Ils donnent aux futurs baptisés la force du Christ, qui est, pour eux, le Chemin, la Vérité et la Vie »[13]. C’est dans cette cinquième étape qu’est opéré le rite de l’ephphatha, par lequel le célébrant demande à Dieu d’ouvrir les oreilles et les lèvres du catéchumène. Ce rite reproduit l’épisode de Mc 7, 31-37 dans lequel Jésus guérit un sourd-muet. Mc 7, 33 : « Le prenant loin de la foule, à l’ écart, Jésus lui mit les doigts dans les oreilles, cracha et lui toucha la langue. (34) Puis, levant son regard vers le ciel, il soupira. Et il lui dit : ‘Ephphata’, c’est-à-dire : Ouvre-toi ». La sixième étape du Catéchuménat est la Célébration des trois Sacrements de l’Initiation, le Baptême, la Confirmation et l’Eucharistie. La septième étape est le Temps de la Mystagogie. Les Catéchumènes entrent par la Sagesse dans le ‘goût’ de l’Evangile. Ils font l’expérience du mystère, comme les Mystiques. « Les néophytes acquièrent une intelligence plus complète et plus fructueuse des mystères grâce avant tout à l’expérience des sacrements reçus et de la catéchèse qui l’accompagne. Ils ont en effet un cœur renouvelé, ils ont goûté plus intimement la Bonne Nouvelle de Dieu, ils sont entrés en communion avec l’Esprit Saint et ont expérimente comme est bon le Seigneur »[14]. Cette étape dure pendant tout le reste de leur vie.

Le Catéchuménat, réinstauré en 1972, est d’une importance capitale en cette période de Nouvelle évangélisation. Les premiers seront les derniers. Saint Joseph le taciturne, dont la présence est si humble et discrète dans le NT, revient au premier plan. La Force opère deux opérations indissociables : elle chasse le mal et elle introduit le bien. On retrouve ces deux temps dans la double signification du nom de Josef, comme nous l’explique ainsi le père Andrej Laton : « Premièrement, Josef désigne celui par qui Dieu supprime (‘asaf’) le mal. Rien d’étonnant dès lors, que dans les litanies à saint Joseph, l’Église l’invoque comme ‘Terreur des démons’. Saint Joseph nous aide à atteindre le bien que nous ne voyons pas encore, mais que Dieu va ajouter (‘jasaf’) »[15]. La foi de S. Joseph le réconforte dans l’épreuve, comme le fut Joseph le fils de Jacob[16]. Il est un modèle d’obéissance dans la souffrance, preuve suprême d’amour, ainsi qu’un modèle pour les laïcs, c’est-à-dire des témoins du Christ dans le monde, très souvent persécutés. Il est le bon époux livré à son épouse Marie par une totale docilité à l’action de l’Esprit Saint qui le place à ses côtés pour la servir. S. Joseph, père adoptif de Jésus, est pour nous la figure de Dieu le Père, père adoptif des hommes. Par sa constante bénédiction de Jésus, il a contribué à son épanouissement d’être humain. « Comme tout père assumant son ministère d’accoucheur d’âme, saint joseph fut ce premier ‘autre’ qui permit à l’enfant Jésus de se lancer dans la grande aventure de la découverte de l’altérité et du dialogue »[17]. Ioseph, Joseph, est employé dans 32 versets du NT. Le troisième emploi, en Mt 1, 19, nous décrit Joseph comme un homme de bien, c’est-à-dire un homme capable de transmettre ce bien qu’il possède : « Joseph, son époux, qui était un homme de bien et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle ». La nouvelle évangélisation est la propagation du don de l’Esprit Saint par l’exemple de vie chrétienne incarnée dans le monde. Cet exemple provoque un effet d’étonnement (Force) qui attire l’attention et opéré une plus grande ouverture des yeux, des oreilles et du cœur, une ephphata. Les missionnaires du troisième millénaire doivent continuer à intriguer les foules. L’Église Corps du Christ agit dans le monde.

La liste des Sacramentaux est infinie. Le Saint-Esprit continue à inspirer aux chrétiens de nouvelles prières de bénédictions. Le Sacramental le plus utilisé est sans doute le Signe de Croix. Le chapelet est une arme d’une puissance extraordinaire. Les crucifix, les statues et les images saintes sont omniprésentes dans la vie catholique[18]. Les reliques ont marqué toute la géographie religieuse de l’Europe[19], car l’entrée de l’Esprit Saint dans la création se fait par la médiation du corps humain. La puissance du Saint-Esprit demeure dans le corps des saints par une grâce particulière que Dieu opère avant et surtout après leur mort[20].

NOTES

[1] Nous pensons que l’avarice est le cinquième péché capital.
[2] Les Légionnaires de Marie, une Association de laïcs fondée en 1921 par Frank Duff, a pour mission d’aider Marie à écraser la tête du serpent et à étendre le règne de Dieu. Elle compte plus de 3 millions de membres dans le monde.
[3] Eamon DUFFY, The Stripping of the altars. Traditional religion in England 1400-1580, Yale University Press, 2005.
[4] « Après une très courte monition, le célébrant, tourné vers chaque candidat, souffle légèrement sur lui ; il dit : ‘Seigneur, Dieu, par le souffle de ta bouche, repousse les esprits mauvais, ordonne-leur de se retirer, car ton Royaume est proche’ », in Rituel de l’Initiation Chrétienne des Adultes, Desclée/ Mame, p. 43. 2003.
[5] « Le célébrant trace avec le pouce une croix sur le front de chaque catéchumène (ou devant le front si le toucher ne semble pas convenir) en disant : ‘N., recevez sur votre front la croix du Christ, c’est le Christ lui-même qui vous protège par le signe de son amour (ou de sa victoire). Appliquez-vous, désormais, à le connaître et à le suivre ». Id., p. 46.
[6] « Que vos oreilles soient marquées de la croix, pour que vous écoutiez la voix du Seigneur ». « Que vos yeux soient marqués de la croix, pour que vous voyiez la lumière de Dieu ». « Que votre bouche soit marquée de la croix, pour que vous répondiez à la parole de Dieu ». « Que votre cœur soit marqué de la croix, pour que le Christ habite en vous par la foi ». « Que vos épaules soient marquées de la croix, pour que vous portiez joyeusement le joug du Christ ». « Je vous marque tous du signe de la croix au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, afin que vous ayez la vie pour les siècles des siècles ».
[7] Id., p. 61.
[8] Id., p. 62. Ces prières d’exorcismes sont pleines du vocabulaire de la Force (révéler la vraie vie, détruire la corruption, fortifier la foi, relever l’espérance, ranimer la charité, enlever du cœur l’incrédulité et le doute, renouveler en eux l’esprit de foi et de piété, etc.). Tous ces actes sont obtenus du Père « au nom de ton Fils bien-aimé, Jésus, le Christ, notre Seigneur, et dans la puissance de l’Esprit Saint ».
[9] Id., p. 70.
[10] Op. cit. Page 73.
[11] Op. cit. Page 76.
[12] Op. cit. Page 77.
[13] Op. cit. Page 99.
[14] Op. cit. p. 163.
[15] Joseph-Marie VERLINDE, Gilles de CHRISTEN & Andrzej LATON, La place de saint Joseph dans la nouvelle évangélisation, Parole et Silence, 2012.
[16] Le musical Joseph and the Amazing Technicolor Dreamcoat de Andrew Lloyd Weber date aussi de 1972. Les couleurs de ce manteau sont celles de l’arc-en-ciel, symbole de l’Esprit Saint.
[17] Op. cit. p. 98.
[18] Joan Carroll CRUZ, Miraculous Images of our Lord, Tan Books, 1995.
[19] Philippe GEORGE, Reliques, le Quatrième Pouvoir, Les Éd. Romaines, 2013.
[20] Joan Carroll CRUZ, The Incorruptibles, Tan Books, 1977.

Légende : Le Signe de Croix d’après Marie par Jacqueline Aubry, voyante de l’Ile Bouchard