6. Ioudaios « Juifs ».
Présentation générale du don de Conseil

<br /> La femme samaritaine lui dit : Comment toi, qui es Juif, me demandes-tu à boire ? (Jn 4, 9).<br />

Ioudaois, « juifs », est employé dans 188 versets du NT. Les juifs au sens péjoratif sont les fils d’Israël que Dieu utilise afin d’opposer une résistance à l’œuvre chrétienne. Ils sont la pierre d’achoppement. Ils manigancent pour faire trébucher Jésus et ses disciples à sa suite. Ac 20, 3 : « Où il séjourna trois mois. Il était sur le point de s’embarquer pour la Syrie, quand le Juif lui dressa des embûches. Alors il se décida à prendre la route de la Macédoine ». Ac 21, 27 : « Sur la fin des sept jours, les Juifs d’Asie, ayant vu Paul dans le temple, soulevèrent toute la foule, et mirent la main sur lui ». Ils sont ceux qui murmurent dans le dos de Jésus. Jn 6, 41 (Conseil deux fois) : « Les Juifs murmuraient à son sujet, parce qu’il avait dit : Je suis le pain qui est descendu du ciel ». Ils usent de tactiques de manipulation. Ga 2, 13 : « Avec lui les autres Juifs usèrent aussi de dissimulation, en sorte que Barnabas même fut entrainé par leur hypocrisie ». En Jn 8, 48, les Juifs accusent Jésus d’être un Samaritain : « Les Juifs lui répondirent : N’avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain, et que tu as un démon ? ». Des Juifs sortent des faux-prophètes. Ac 13, 6 : « Ayant ensuite traversé toute l’île jusqu’à Paphos, ils trouvèrent un certain magicien, un faux-prophète juif, nommé Bar-Jésus ». Ils sont aussi présentés comme des faussaires. Ac 19, 13 : « Quelques exorcistes juifs ambulants essayèrent d’invoquer sur ceux qui avaient des esprits malins le nom du Seigneur Jésus, en disant : Je vous conjure par Jésus que Paul prêche ! ». Ils sont jaloux. Ac 13, 45 : « Les Juifs, voyant la foule, furent remplis de jalousie, et ils s’opposaient à ce que disait Paul en le contredisant et en l’injuriant ». Les Juifs sont ceux qui poussent la foule à se retourner contre Jésus. Ils ont été l’instrument choisi par Dieu pour pousser les Romains à crucifier Jésus. Ac 13, 50 : « Mais les Juifs excitèrent les femmes dévotes de distinction et les principaux de la ville ; ils provoquèrent une persécution contre Paul et Barnabas, et ils les chassèrent de leur territoire ». Ils sèment le trouble. Tous ces thèmes sont liés au Conseil, car ils évoquent les résistances à nos entreprises que Dieu nous envoie afin de nous faire grandir spirituellement. On mûrit dans les épreuves.

La légende du Juif errant illustre le lien entre les Juifs et le Conseil. Le Conseil est le don qui nous accompagne sur le chemin. Sans ce guide, la vie est une longue errance sur la terre, comme dans un labyrinthe dont on ne peut pas sortir. La prédication chrétienne doit d’abord être faite aux Juifs (Conseil), puis aux Grecs (Sagesse). Ac 20, 21 : « Annonçant aux Juifs, et aux Grec la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus-Christ ». Paul, auteur de la plus grande partie du sixième ensemble du NT, les épitres, est un juif. 1 Co 9, 20 : « Avec les Juifs j’ai été comme Juif, afin de gagner les Juifs, avec ceux qui sont sous la loi, comme sous la loi quoique je ne sois pas moi-même sous la loi, afin de gagner ceux qui sont sous la loi ».

L’hébreu Etsah, « conseil », « avis, décision, bon sens, prudence », est employé dans 85 versets de l’AT. Jg 20, 7 : « Vous voici tous, enfants d’Israël ; consultez-vous, et prenez ici une décision (etsah) ! ». Le Conseil nous guide dans l’exécution du dessein de Dieu que l’Intelligence nous fait pénétrer. Il est un don pratique. Jésus le présente ainsi à Sœur Marie Lataste : « Le don de conseil est un don surnaturel qui dirige, règle et conduit les actes de l’âme qui a connaissance de ses devoirs. Cette direction, cette conduite ne vient pas par le raisonnement, mais par le conseil ou l’inspiration du Saint-Esprit. Ce don de conseil fait donc éviter le mal dans les actes et toujours opère le bien ; il vous mène dans toutes les actions qui tendent à la vie éternelle, dans tout ce qui est, comme dans tout ce qui n’est pas de nécessité de salut. Il vous est facile de comprendre, ma fille, quelle perfection l’âme acquiert par ce don, car elle a par lui la rectitude même de Dieu ou de l’Esprit-Saint qui dirige toutes choses sur la terre et dans le ciel »[1]. Notons le lien entre l’Intelligence et le Conseil : les conseils pratiques du Conseil sont ordonnés aux devoirs révélés au préalable par l’Intelligence. Il faut savoir où l’on va pour se poser alors la question de comment y aller. La vie est faite de mille et une décisions par lesquelles nous traçons notre chemin, le chemin de la sanctification, qui est unique à chacun. 2 S 16, 20 : « Absalom dit à Achitophel : Consultez ensemble (etsah) ; qu’avons-nous à faire ? ». Le prophète poursuit ainsi, en 2 S 16, 23 : « Les conseils donnés en ce temps-là par Achitophel avaient autant d’autorité que si l’on eut consulté Dieu lui-même. Il en était ainsi de tous les conseils d’Achitophel, soit pour David, soit pour Absalom ».

Les royaumes chrétiens sont l’œuvre du Conseil dans l’Apostolat. Les rois ont tous des conseillers, médiateurs du Conseil de Dieu. Ils sont eux-mêmes les conseillers de leur peuple, et les guident sur le droit chemin, légiférant afin de les encourager à faire le bien et les garder de faire le mal. Pr 20, 18 fait le lien entre l’Intelligence, qui élabore des projets ou desseins, et le conseil, qui les met en œuvre: « Les projets s’affermissent par le conseil ; fais la guerre avec prudence ». La bonne odeur est un signe de sainteté, c’est-à-dire de la présence de l’Esprit. Il est intéressant de voir en Pr 27, 9 le lien entre les parfums et le conseil, car il rappelle le Saint Chrême, l’huile d’onction qui fait les rois et les saints : « L’huile et les parfums réjouissent les cœurs, et les conseils (etash) affectueux d’un ami sont doux ».

Le don de Conseil nous fait marcher au pas de Dieu, main dans la main. Il est le don de la coopération entre le ciel et la terre, entre Dieu et l’homme. Cette idée est parfaitement rendue en Za 6,13 : « Il bâtira le temple de l’Eternel ; il portera le insignes de la majesté ; il s’assiéra et dominera sur son trône, il sera sacrificateur sur son trône, et une parfaite union (etsah) règnera entre l’un et l’autre ». Cette union est rendue visible dans le sixième sacrement, l’union du mariage, par laquelle les époux marchent ensemble dans le bien et bâtissent un foyer, temple de l’amour et lieu de toutes les croissances, physiques et spirituelles. Etsah vient de ya’ats, employé dans 74 versets du NT. Pr 12, 20 fait le lien entre la paix et le conseil: « La tromperie est dans le cœur de ceux qui méditent le mal, mais la joie est pour ceux qui conseillent (ya’ats) la paix ». Le Conseil fait de nous des artisans de paix, à la suite de Jésus Christ, annoncé par Isaïe en Es 9, 6 : « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, et la domination reposera sur son épaule ; on l’appellera Admirable, Conseiller (ya’ats), Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix ». Il est à noter qu’Esaïe nous annonce l’incarnation dans le chapitre 9 du livre, en particulier au verset 2 : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres voit une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre de la mort une lumière resplendit ». La Connaissance nous fait connaitre voir le Père par le Fils rendu visible en Jésus-Christ, afin que tous parviennent à la connaissance de la Foi et cheminent dans cette lumière. Es 9, 9: « Tout le peuple en aura connaissance, Ephraïm et les habitants de Samarie, qui disent avec orgueil et fierté ».

Le grec Sumboulion, « conseil » et « assemblée de conseillers », est employé dans 8 versets. Mt 27, 1 : « Dès que le matin fut venu, tous les principaux sacrificateurs et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus, pour le faire mourir ». Les juifs complotent pour faire disparaitre Jésus, révélant ainsi leurs desseins secrets. Mc 3, 6 : « Les pharisiens sortirent, et aussitôt ils se consultèrent (sumboulion) avec les hérodiens sur les moyens de le faire périr ». Plusieurs sectes juives s’allient pour réaliser leurs projets communs. Sumboulion vient de symboulos, un « conseiller », employé dans le seul Rm 11, 34 : « Qui a connu la pensée (nous) du Seigneur, ou qui a été son conseiller (sumboulos) ? ». Le conseiller apporte un avis sur les moyens d’obtenir un résultat escompté. Il est informé des desseins (Intelligence) secrets de celui qu’il conseille. Il connait sa pensée. Intelligence et Conseil s’éclairent l’un l’autre. De la même façon, le Magistère est au service de l’Apostolat. Elle en est le conseiller permanent. Sumbolos vient de sun, « avec », et boule,  « conseil », « but », « dessein », « décision », employé dans 12 versets du NT. Un bon conseiller doit partager la volonté de celui qu’il conseille. Il est ami et coopérateur, et non traitre ni adversaire. Les rois sont les serviteurs du dessein de Dieu. Ac 13, 36 : « Or David, après avoir en son temps servi au dessein (boule) de Dieu, est mort, a été réuni à ses pères, et a vu la corruption ». Saint Paul est le modèle des pasteurs. Ac 20, 27: « Car je vous ai annoncé tout le conseil (boule) de Dieu, sans en rien cacher ».

Au verset suivant est décrite la mission du Magistère et de tous les pasteurs chrétiens : « Prenez donc garde à vous-mêmes, et déjà tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour paitre l’Eglise du Seigneur, qu’il s’est acquise par son propre sang ». Ce chapitre 20 estcomme le testament spirituel de saint Paul le bâtisseur des premières communautés chrétiennes, ces églises épouses du Christ qui s’efforcent d’accomplir sa volonté sur la terre comme au ciel. Le Conseil gouverne la mise en œuvre de la vie chrétienne. C’est pour cela que nous lions dans notre esprit la vie des saints avec le Conseil dans la Foi, bien qu’elle commence ‘dès’ le don de Crainte, dans lequel elle s’enracine. Comme saint Bonaventure nous le précise, le Conseil permet de discerner le bien du mal dans toutes les situations de la vie. Il nous fait ensuite choisir, c’est-à-dire vouloir le bien. Puis il nous le fait accomplir. « Non seulement, elle a discerné et elle a élu, mais elle a poursuivi. Il ne suffit pas d’avoir une bonne volonté, sans que l’homme veuille la mettre en œuvre, allant de la puissance intellective à la puissance affective et de l’affective à l’opération. Le Philosophe dit que trois choses sont nécessaires à la vertu : savoir, vouloir et œuvrer imperturbablement »[2]. Pour terminer, Bonaventure commence par citer Si 6, 6: « Ceux qui te saluent, qu’ils soient nombreux, mais tes conseillers, un entre mille ! » et met en garde contre les mauvais conseillers. Car le Conseil doit d’abord s’appliquer au choix de ses collaborateurs, et de ses amis, dont nous écoutons les avis. Dans cette conférence, le Docteur revient à plusieurs reprises sur l’importance de l’exemple des saints. « L’homme doit suivre les conseils des saints, de Benoit et des autres. Il ne doit pas ajouter de nouveaux conseils, mais suivre les conseils du Christ, dont la vie est une forme de vie certaine »[3]. Bonaventure termine cette conférence sur le proverbe Pr 12, 20 que nous avons cité plus haut. Le Conseil conduit à la Sagesse, c’est-à-dire à la paix.

NOTES

 

[1] Soeur Marie LATASTE. Vie et œuvres complètes.

[2] Saint BONAVENTURE. Les sept dons du Saint-Esprit. Septième conférence. Page 153.

[3] Op. cit. Page 161.