7. Samareites « Samaritains ».
Présentation générale du don de Sagesse

« A moi qui suis une femme samaritaine ?- Les Juifs, en effet, n’ont pas de relations avec les Samaritains » (Jn 4, 9).

La Sagesse ouvre ses bras à tous les hommes. Elle ne fait pas de distinction entre les juifs et les gentils. Elle invite chaque homme à prendre part aux noces de l’agneau, quelle que soit leur origine ethnique. Le juif est celui qui observe des règles strictes afin de marcher vers Dieu sur le droit chemin, autant de thèmes liés au Conseil. La samaritaine, symbole de tous les gentils, est exonérée de ces règles. Elle n’en est pas moins l’objet de toute la sollicitude de Dieu, qui lui annonce, par Jésus-Christ, qu’elle trouvera en lui un puits qui la désaltèrera pour toujours. Samareites est employé dans 9 versets du NT. Samareia, la « Samarie », est employé dans 11 versets du NT. En Hébreux, la Samarie se dit Shomerown, qui vient de shamar, « garder », « surveiller », dont le premier emploi dans l’AT est en Gn 2, 15 : « L’Eternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Eden pour le cultiver et pour le garder (shamar) ». La charge de garder les réserves, confiée aux empereurs, est liée a la Sagesse. On retrouve ce thème dans le verset Gn 41, 35 : « Qu’ils rassemblent tous les produits de ces bonnes années qui vont venir ; qu’ils fassent, sous l’autorité de Pharaon, des amas de blé, des approvisionnements dans les villes, et qu’ils en aient la gardent (shamar) ». Les empereurs sont les gardiens des greniers c’est-à-dire des réserves communes. Shamar est appliqué au sabbat (Sagesse) dans le verset Ex 31, 14 : « Vous observerez (shamar) le sabbat, car il sera pour vous une chose sainte. Celui qui le profanera, sera puni de mort ; celui qui fera quelque ouvrage ce jour-là, sera retranche du milieu de son peuple ». Samarie est la capitale du royaume du nord d’Israël, située à 50 km au nord de Jérusalem. Il est associé avec les dix tribus d’Israël qui se séparèrent du royaume après la mort de Salomon pendant le règne de son fils Roboam et qui fut gouvernée par Jéroboam.

L’hébreu Chokmah « sagesse » est employé dans 141 versets de l’AT. Ex 35, 31 : « Il l’a rempli de l’Esprit de Dieu, de sagesse, d’intelligence et de savoir pour toutes sortes d’ouvrages ». Ce verset 31 de la Piété rappelle le mystère de l’inhabitation de l’Esprit Saint, troisième personne de la Trinité. La Sagesse nous donne la vision globale de l’aigle de saint Jean, elle nous fait voir le tout dans une grande vision panoramique et rien n’échappe au regard perçant du sage. 2 S 14, 20 : « C’est pour donner à la chose une autre tournure que ton serviteur Joab a fait cela. Mais mon seigneur est aussi sage qu’un ange de Dieu, pour connaitre tout ce qui se passe sur la terre ». Google Earth a été fondé le 28 juin 2005. Il offre aux hommes du XXIe siècle une vision complète de notre planète, selon des hauteurs variables, comme le fait la Sagesse, don de la vision d’ensemble mais aussi des plus petits détails. La compagnie Google elle-même est née ‘pour’ le XXIe siècle, en 1998. La Sagesse prend ses racines dans la Crainte. Jb 28, 28: « Puis il dit à l’homme : voici, la crainte du Seigneur, c’est la sagesse ; s’éloigner du mal, c’est l’intelligence ». Mais il faut faire le trajet de l’une à l’autre, afin de dérouler devant Dieu une vie qui lui agrée et qui manifeste les promesses contenues dans le germe de la Crainte.

La Sagesse est le don de l’achèvement dans l’espace-temps de la première Création, la nature, du projet encore plus grandiose de la nouvelle création, réalisée avec le concours de la créature, par l’homme fait à l’image de Dieu. Le sage est l’homme expérimenté, car il a vécu et travaillé avec Dieu. Jb 32, 7 : « Je disais en moi-même : les jours parleront, le grand nombre des années enseignera la sagesse». Mais le temps seul ne fait pas le sage. Il lui faut une aide surnaturelle, qui lui fait voir les choses comme Dieu les voit. La Sagesse façonne nos mentalités, nos esprits (le nous grec). Elle nous fait considérer les choses en Dieu, non pas en tant qu’elles sont anticipées mais en tant qu’elles sont réalisées. La Sagesse fait porter un jugement, favorable ou défavorable, sur les œuvres que nous avons accomplies. Qo 7, 23 : « J’ai éprouvé tout cela par la sagesse. J’ai dit : je serai sage. Et la sagesse est restée loin de moi ». Les époques dites décadentes donnent l’impression que les hommes ne portent plus aucun jugement sur ce qu’ils font, et que tout se vaut. Elles donnent envie de parler comme Jérémie en Jr 49, 7: « Sur Edom. Ainsi parle l’Eternel des armées : N’y a-t-il plus de sagesse dans Theman ? La prudence a-t-elle disparu chez les hommes intelligents ? Leur sagesse s’estelle évanouie ? ».

Voici comment Jésus présente la sagesse déjà Sœur Marie Lataste : « La sagesse est une habitude de l’âme qui lui permet de goûter les choses et de les juger, d’où vous voyez que la sagesse des méchants est une habitude de leur âme qui produit un goût et un jugement dépravés, tandis que la sagesse des bons est une habitude qui produit un goût et un jugement parfaits de toutes choses »[1].

Le grec sophia, « sagesse », est employé dans 49 versets du NT. La sagesse nous fait contempler les mystères de Dieu. Elle nous fait entrer dans la connaissance parfaite qui est le face à face avec Dieu, la vision béatifique dont parle St Thomas d’Aquin comme la finalité de la vie humaine. 1 Co 1, 21 : « Car, puisque le monde, avec sa sagesse, n’a point connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication ». La Sagesse nous fait connaitre « Dieu dans la sagesse de Dieu ». Ayant perdu la justice originelle, nous devons suivre un itinéraire de retour vers Dieu, à la lumière de l’Evangile que les prédicateurs nous transmettent. « Il y a pourtant une sagesse, don du Saint-Esprit, qui est plus élevée et que certaines âmes reçoivent pour s’élever plus haut dans la contemplation des mystères divins, dans la connaissance de ces mystères et le pouvoir de les manifester à autrui, comme pour mieux connaitre la direction des actes de leur vie, selon la volonté de Dieu, connaissance dont l’utilité ne s’arrête pas à eux seulement, mais retombe aussi sur autrui. Mais cette sagesse est une des grâces purement gratuites, et qui, considérées en elles-mêmes, ne concourent pas à rendre plus agréables à Dieu ceux qui les ont38 ».

La Sagesse nous fait goûter les choses d’en haut. Saint Bonaventure commence sa conférence sur la Sagesse avec un extrait de l’épitre aux Colossiens, la septième de la première série des Epitres. « Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, où est le Christ, assis à la droite de Dieu. Goûtez les choses d’en haut, non celles de la terre » (Col 3, 1-2). Le saint nous dit ensuite qu’il faut désirer la sagesse, citant Sg 7, 7 : « J’ai prié, et il m’a été donné de comprendre ; j’ai invoqué, et l’esprit de sagesse est venu en moi ». La Sagesse contient et récapitule tous les autres dons. Elle est le don de la perfection et nous donne le sentiment d’être arrivés à destination, bien que nous ne le soyions véritablement jamais, car Dieu est le tout autre, l’infiniment grand. Il nous dépasse toujours et notre progression vers lui n’est jamais achevée. Cependant, Dieu nous prépare à sa rencontre. La perfection est l’état de l’homme prêt à entrer dans le palais du Christ-Roi. Col 1, 28 : « C’est lui que nous annonçons, exhortant tout homme, et instruisant tout homme en toute sagesse, afin de présenter à Dieu tout homme, devenu parfait en Christ ». La Sagesse nous fait entrer dans l’intimité de Dieu, comme nous le dit Salomon en Sg 7, 28: « Car seuls sont aimés de Dieu ceux qui partagent l’intimité de la Sagesse ».

La Sagesse est le don de la révélation finale, quand tout ce qui est caché sera rendu visible. Sg 7, 21 : « Toute la réalité cachée et apparente, je l’ai connue, car l’artisane de l’univers, la Sagesse, m’a instruit ». Le septième don contient tous les dons et la Sagesse est un autre nom de l’Esprit-Saint. Le livre de la Sagesse est le troisième de la septième série des livres de l’AT d’après la TOB39 . Il est un hymne au Saint Esprit, troisième personne de la Trinité. Le premier verset nous invite à chercher la Sagesse, c’est-à-dire à œuvrer pour que le Dieu de l’univers vienne résider en nous. Ce désir fait le monachisme, œuvre de la Piété dans l’Apostolat. Sg 1, 1 : « Aimez la justice, vous qui gouvernez la terre, entretenez de droites pensées sur le Seigneur, avec simplicité de cœur, cherchez-le ». Dès le premier verset de ce livre, la vie de l’Esprit-Saint en nous est présentée comme la vie de l’amour dans notre cœur, trois mots-clés liés à la Piété. Cette vie est la justice même de Dieu, autre thème lié à la Piété. L’homme juste est pieux, et inversement. Au verset 7 de ce premier chapitre se trouve la phrase qui a servi de titre au livre du Conseil de présidence du grand jubilé de l’an 2000, marquant l’entrée dans le troisième millénaire, L’Esprit Saint remplit l’univers : « Oui, l’Esprit du Seigneur remplit la terre et comme il contient l’univers, il a connaissance de chaque son ». L’Esprit Saint rétablit la justice originelle perdu par la désobéissance d’Adam. Sg 1, 15 : « Car la justice est immortelle ». Cette justice est l’œuvre de l’Esprit Saint, qui nous relie à Dieu par le lien de l’amour.

Au verset suivant est décrite la mission du Magistère et de tous les pasteurs chrétiens : « Prenez donc garde à vous-mêmes, et déjà tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour paitre l’Eglise du Seigneur, qu’il s’est acquise par son propre sang ». Ce chapitre 20 estcomme le testament spirituel de saint Paul le bâtisseur des premières communautés chrétiennes, ces églises épouses du Christ qui s’efforcent d’accomplir sa volonté sur la terre comme au ciel. Le Conseil gouverne la mise en œuvre de la vie chrétienne. C’est pour cela que nous lions dans notre esprit la vie des saints avec le Conseil dans la Foi, bien qu’elle commence ‘dès’ le don de Crainte, dans lequel elle s’enracine. Comme saint Bonaventure nous le précise, le Conseil permet de discerner le bien du mal dans toutes les situations de la vie. Il nous fait ensuite choisir, c’est-à-dire vouloir le bien. Puis il nous le fait accomplir. « Non seulement, elle a discerné et elle a élu, mais elle a poursuivi. Il ne suffit pas d’avoir une bonne volonté, sans que l’homme veuille la mettre en œuvre, allant de la puissance intellective à la puissance affective et de l’affective à l’opération. Le Philosophe dit que trois choses sont nécessaires à la vertu : savoir, vouloir et œuvrer imperturbablement »[2]. Pour terminer, Bonaventure commence par citer Si 6, 6: « Ceux qui te saluent, qu’ils soient nombreux, mais tes conseillers, un entre mille ! » et met en garde contre les mauvais conseillers. Car le Conseil doit d’abord s’appliquer au choix de ses collaborateurs, et de ses amis, dont nous écoutons les avis. Dans cette conférence, le Docteur revient à plusieurs reprises sur l’importance de l’exemple des saints. « L’homme doit suivre les conseils des saints, de Benoit et des autres. Il ne doit pas ajouter de nouveaux conseils, mais suivre les conseils du Christ, dont la vie est une forme de vie certaine »[3]. Bonaventure termine cette conférence sur le proverbe Pr 12, 20 que nous avons cité plus haut. Le Conseil conduit à la Sagesse, c’est-à-dire à la paix.

NOTES

[1] Soeur Marie LATASTE. Vie et œuvres complètes. Page 121.

[2] Saint BONAVENTURE. Les sept dons du Saint-Esprit. Septième conférence. Page 153.

[3] Op. cit. Page 161.