7. Atimos « mépris ». L’Art

« Mais Jésus leur dit : un prophète n’est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents, et dans sa maison » (Mc 6, 4).

Atimos, « méprisé, moins honorable », est employé dans 4 versets du NT. Il est formé du préfixe privatif a et de timê, la « valeur, le prix, l’honneur ». Timê est la « récompense, le prix ou trophée » que l’on reçoit en échange d’un acte reconnu par tous comme bon. Atimia, à l’inverse, est la « honte » qui couvre celui qui a commis une action mauvaise, reprouvée. Il est employé dans 7 versets du NT. Rm 9, 21 : « Le potier n’est-il pas maître de l’argile pour faire avec la même masse un vase d’honneur et un vase d’usage vil (atimia) ? ». Le vase de valeur est en or ou en argent. Le vase de ‘vil’ prix est en bois ou en argile (terre). Les premiers sont durables et résistent aux éléments, alors que les deuxièmes auront vite disparu. 2 Tm 2, 20 : « Dans une grande maison, il n’y a pas seulement des vases d’or et d’argent, mais il y en a aussi de bois et de terre ; les uns sont des vases d’honneur, et les autres sont d’un usage vil ». Timê comme atimia sont tous deux le fruit d’un jugement, et en particulier le jugement du « temps », anglais time. L’Art est l’ensemble des œuvres humaines qui ont passé le test du temps. Ce test est en réalité le fruit d’un jugement de valeur que les hommes portent sur des œuvres humaines en tout lieu et en tout temps. L’Art est universel. La Sagesse est le don du jugement[1], et en particulier du Jugement Dernier. Dieu juge ceux qu’il va garder avec lui dans son palais, de même que les hommes jugent des œuvres humaines qu’ils vont garder et mettre au musée et dans leurs maisons. Ce même don fait l’Art, œuvre de la sagesse dans la Culture. Nous avons déjà cité Ex 35, 35 : « Il les a remplis d’intelligence (chokmah) pour exécuter tous les ouvrages de sculpture et d’art, pour broder et tisser les étoffes teintes en bleu, en pourpre, en cramoisi, et le fin lin, pour faire toute espèce travaux et d’inventions ». Comme domaine culturel par excellence, l’Art fait connaître l’homme à lui-même. Il se découvre auteur d’œuvres durables, comme Dieu. « La nature est anonyme ; la masse de pierre est anonyme ; l’arbre est anonyme. L’œuvre d’art a un auteur, et révèle un auteur »[2]. L’Art révèle également l’essence des choses et l’intelligence qu’on en a. Il fait ressortir leur caractère propre, qui n’est pas nécessairement dominant dans la nature. Cette découverte produit l’admiration. Plus que toutes les autres œuvres culturelles, l’Art nous ouvre à la transcendance. Le sublime fait soudainement irruption dans l’ordre agencé, comme certains passages de Schubert au beau milieu des longueurs de ses sonates pour piano.

Doxa, « gloire », est utilisé dans 150 versets du NT. Le trône sur lequel le Fils de l’homme sera assis est appelé le ‘trône de gloire’. Mt 19, 28 : « Jésus leur répondit : Je vous le dis en vérité, quand le Fils de l’homme, au renouvellement de toutes choses, sera assis sur le trône de sa gloire, vous qui m’avez suivi, vous serez de même assis sur douze trônes, et vous jugerez les douze tribus d’Israël ». Le roi assis sur le trône se donner à contempler dans toute sa majesté. Saint Jean nous parle de la gloire du Fils, qui nous donne à voir la gloire du Père dont il est issu. Jn 1, 14 : « Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique de Dieu ». De même, l’Art donne à voir une majesté qui le dépasse. Il est la matière assumée par le travail ‘sanctificateur’ de l’homme, de même que le Fils de l’homme désigne l’homme Jésus-Christ dont la chair est assumée au ciel. Le dogme de l’Assomption a été proclamé le 1er novembre 1950, c’est-à-dire le premier jour de la septième saison de l’Année liturgique. Il rappelle « le destin surnaturel et la dignité de tout corps humain, appelé par le Seigneur à devenir un instrument de sainteté et à participer à sa gloire »[3]. L’Art, de même, est une préfiguration de la glorification de toute la Création par le travail conjoint de l’homme et de Dieu,. La glorification est à la fois un processus (Conseil) et un résultat achevé (Sagesse). Par leur travail, les hommes produisent des œuvres qui font contempler la beauté de Dieu. Dans la Bible prédomine l’idée du « vrai » (alêthês) et du « bien / bon » (kalos). Est ‘beau’ ce qui est bon, comme on parle d’une belle / bonne âme. « La beauté est la valeur qui attire par elle-même », « Cette valeur qui agit sur l’esprit humain comme n’ayant pas d’au-delà »[4]. « Seul Dieu peut être identifié à cette valeur. Dieu seul mérite de captiver nos regards. Toute beauté est théophanique. Et exige qu’elle transporte l’esprit au-delà d’elle. L’art rappelle à l’homme sa vocation surnaturelle »[5]. L’expérience artistique est donc une préfiguration de la vision béatifique.

L’Art appelle à la contemplation. Theaomai, « contempler, regarder, voir », est utilisé dans 24 versets du NT. Il s’applique à un spectacle public, comme une pièce de théâtre, ou à des personnes importantes que l’on vient regarder avec admiration, comme le célèbre saint Jean-Baptiste. Mt 11, 7 : « Comme ils s’en allaient, Jésus se mit à dire à la foule, au sujet de Jean : Qu’êtes-vous allés voir au désert ? Un roseau agité par le vent ? ». Les personnages importants aiment se donner en spectacle, se faire ‘voir’, ce que reproche Jésus en Mt 6, 1, premier emploi de theaomai dans le NT: « Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour en être vus ; autrement, vous n’aurez point de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux ». Le Christ-Pantokratôr voit tout, de même que l’homme plein de Sagesse. Il regarde de son trône le spectacle du monde, et le juge. Il en est de même de l’Art. L’Art se donne à contempler, et il est fait par le jugement qui accompagne cette contemplation. En effet, l’Art n’est pas seulement le produit du travail de l’homme. Il est ce travail plus le jugement que l’on porte sur lui et qui le fait accéder à l’ « honneur » (doxa) d’entrer dans la grande famille des ‘œuvres d’Art’. Les œuvres humaines entrent dans les galeries des musées comme les hommes entrent dans le palais du Christ-Roi. Ils y atteignent la gloire qui les fait voir de tous en bonne compagnie, la compagnie de Jésus-Christ « assis à la droite de Dieu ». Theaomai est aussi utilisé pour décrire la vision des apôtres qui voient Jésus monter au ciel le jour de l’Ascension, ce qui a dû être un spectacle grandiose (Ac 1, 11). Le spectacle de son retour le sera tout autant. Le Dieu ne s’offrira jamais à nous en spectacle car il n’est pas de ce monde. 1 Jn 4, 12 : « Personne n’a jamais vu Dieu ». Mais Jésus-Christ qu’il a envoyé, le donne à voir. Assis à la droite de Dieu, il reflète la gloire du Père et nous offre le spectacle le plus grand que nous n’aurons jamais sous les yeux. De même que le Christ-Roi est au centre de cette vision de l’éternité que la Tradition nous offre, de même il est au centre de l’Art comme œuvre combinée de la Sagesse et de la Crainte. L’Art chrétien est le sommet de l’Art. Les touristes du monde entier qui viennent se bousculer à Rome, Florence ou Venise en sont la preuve.

Quel est donc ce jugement qui fait l’Art ? En Mt 19, 28, « juger » se dit krinô, employé dans 98 versets du NT. Il a donné la critique qui fait ou défait l’œuvre d’Art. Toute œuvre passe au jugement de ce tribunal. Mais il ne faut pas la réduire à la critique autorisée des spécialistes. Il est le tribunal de la Tradition elle-même, c’est-à-dire du jugement des hommes dans l’espace et le temps. Le deuxième emploi de krino est dans un verset très court dont la numération pointe directement vers la Sagesse, Lc 7,1 : « Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés ». La Sagesse est l’attribut principal du bon juge, celui qui juge en dernier recourt, comme le fera le Fils de l’homme au jugement dernier. Le livre des Juges est le septième des livres de l’Ancien Testament. Ces personnages redressent les torts qu’ils observent, de même que l’Apocalypse, le septième livre du NT, nous dépeint la correction finale que Dieu enverra aux œuvres humaines, en supprimant celles qui ne seront pas assumées, c’est-à-dire conviées à entrer dans l’éternité. L’apparente éternité des œuvres d’Art nous familiarise avec le caractère éternel de la vie que Dieu a projetée pour nous, et que nous devons contribuer à faire advenir. En Ac 7, 7, Etienne rapporte les paroles que Dieu adressa à Abraham, le père des nations : « Mais la nation à laquelle ils auront été asservis, c’est moi qui la jugerai, dit Dieu. Après cela, ils sortiront, et ils me serviront dans ce lieu-dit ». En Rm 14, krinô est utilisé huit fois. Saint Paul nous exhorte à ne plus nous juger les uns les autres (Rm 14,13). C’est ce qui nous fait voir dans la Civilisation une vision de l’humanité dans laquelle les barrières des préjudices sont tombées et où les hommes ne se condamnent pas eux-mêmes

Pour en revenir à theaomai, on en trouve un emploi dans le passage où Jésus fait fuir loin de la femme adultère tous ceux qui la condamnaient. Jn 8, 10 : « Alors s’étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit : Femme, ou sont ceux qui t’accusaient ? Personne ne t’a-t-il condamnée ? ». Apres le Jugement dernier gouverné par la Sagesse arrivera la Parousie, où la nouvelle Création, figurée ici par la ‘femme’, se trouvera seule avec Jésus et le Ciel dans son ensemble, car peut-on imaginer un Empereur sans sa cour ? Les accusateurs du genre humain, ennemis de l’homme autant que de Dieu, auront disparu. Après la Sagesse, la Crainte revient (le verset 8 de Jean), pour un nouveau cycle d’aventures et de croissance, afin de poursuivre notre marche infinie, de « gloire en gloire » vers le Dieu transcendant.

Il est impossible de parler d’Art sans mentionner le goût, qui est l’un des thèmes premiers associés au don de Sagesse. Le goût est bien au cœur de ces deux réalités. « Sagesse » en latin se dit sapientia, qui a donné le mot saveur. Il est le fruit d’un jugement de notre palais, de même que le juge suprême, Jésus-Christ, est assis dans son palais splendide. Geuomai, « goûter », est employé dans 15 versets du NT. Il est également traduit par mourir, c’est-à-dire faire l’épreuve de l’entrée au ciel, le goûter après l’avoir anticipé. Mt 16, 28 : « Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point, qu’ils n’aient vu le Fils de l’homme venir dans son règne ». Nous pensons que le septième Sacrement est l’Extrême onction, qui adoucit l’épreuve de la mort. Nous sommes invités au repas du Seigneur. Voilà notre destination finale. Lc 14, 24 : « Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon souper ». Le goût est le sens de la proximité car il suppose intégration et assimilation. « Le goût exprime donc un contact et au-delà de la saveur du contact une assimilation qui nous profite, nous transforme, nous construit. Transposé au niveau spirituel, le goût est le premier des sens immédiats, c’est-à-dire sans la médiation des éléments extérieurs, sans messager entre Dieu et l’âme. La vision implique une distance par rapport à l’objet perçu, l’ouïe un milieu médiatique de transport du son, l’odorat la médiation d’odeurs transmettant les informations de celui qui les a émises. Là, il y a un contact. Or, rien ne peut satisfaire en dehors du contact puis de l’union avec le Bien-Aimé et si les intermédiaires excitent le désir ils ne peuvent le combler »[6]. Nous pensons que la communion eucharistique est le septième temps de la Messe, dans lequel nous goûtons l’union avec le Christ. Cette union n’est pas toujours suave. Elle peut être amère, car notre Dieu est crucifié. « Il faut distinguer entre un goût des choses spirituelles, qui risque d’avoir une dimension affective propice à l’attache sensible, donc contraire au détachement et à la nudité de l’esprit, et le goût de Dieu Lui-même, c’est-à-dire les sentiments d’holocauste d’amour du Christ »[7].

La Sagesse apporte le plaisir comme la souffrance. Le Frère carme cite l’Homélie 27, 7 de saint Macaire l’ascète : « La réalité du christianisme tient en ceci : goûter la vérité, se nourrir et se désaltérer de la vérité ; c’est manger et boire d’une façon réelle et efficace ». Les Ascètes et les Mystiques sont placés sous le signe de la Sagesse et sont des maitres dans l’art de « goûter Dieu ». « Grégoire de Nysse fait du vin eucharistique le terme de l’initiation chrétienne, suite au baptême et à la confirmation. Au-delà comme la vie éternelle. Comme le rapporte Jean Daniélou citant Lewy : ‘Avec la réception du Saint-Sacrement, commence d’après Grégoire la vie éternelle, dont la pleine béatitude ne peut être attendue que dans l’éternité, mais dont la saveur des éléments eucharistiques est dès ici-bas, dans l’instant de l’extase de la communion, un avant-goût »[8]. La tradition parle de sobre ivresse. Les amateurs d’Art connaissent aussi ce sentiment d’ébriété en face d’une œuvre qui les transporte, et, de même que l’ivresse chrétienne est le fruit d’une longue purification, les amateurs d’Art ont eux aussi affiné leurs sens et leur jugement afin d’apprécier toujours plus pleinement les trésors artistiques. De même que l’union mystique est comparée à des épousailles, de même les amateurs d’Art et les artistes se sentent mariés à l’Art, ‘leur’ Art. Les Mystiques furent souvent de grands artistes, et les artistes sont des mystiques.

L’Art est un luxe. Il se distingue des Métiers par sa gratuité. Il n’a pas pour essence l’utilité, bien que des objets d’art puissent avoir une utilité particulière. Il a sa finalité en lui-même. « Tout cet effort, tout cet amour, tout ce rayonnement ajoutent à ce qui est imposé, sans faire l’objet eux-mêmes d’aucune exigence règlementaire. De là l’inspiration et la luxuriance, qui ne peuvent surgir et se développer qu’au sein de la liberté. C’est l’absence de liberté, c’est-à-dire le règne d’un culte régi par la seule contrainte, qui, dans les civilisations archaïques, empêchent la beauté d’apparaître »[9]. Lux signifie la lumière en latin. L’Art reflète la lumière supérieure qui brille dans le Ciel, et que l’on dit sans comparaison avec l’éclat de la lumière ‘naturelle’. Il est splendide, c’est-à-dire plein de lumière. Phostimos est employé dans deux versets du NT. 2 Co 4, 4 : « Pour les incrédules dont le dieu de ce siècle a aveuglé l’intelligence, afin qu’ils ne visent pas briller la splendeur (photismos) de l’Evangile de la gloire du Christ, qui est l’image de Dieu ». L’intelligence ici traduit le grec noema, employé dans 6 versets du NT, aussi traduit par pensées, et qui vient de noeô / nous « esprit », et a donné la noétique, ou connaissance immédiate de Dieu, ce que la Sagesse opère en nous par la contemplation. On a dit ailleurs que la Sagesse élevait notre esprit comme le Conseil élevait notre âme et la Force notre corps.

« Tout change de signification quand l’art s’introduit dans la technique, quand l’agréable gratuit vient s’ajouter au pur utilitaire […]. N’en doutons pas : tout ce que l’homme rajoute au besoin, sans lui offrir aucune satisfaction supplémentaire, ce qu’on appelle l’art, n’a qu’un seul mobile: se manifester à lui-même qu’il n’est pas qu’un vivant ; qu’il n’est pas seulement un être qui mange, qui boit, qui dort, qui combat, qui se déplace, mais un sujet spirituel, qui sait si bien s’élever au-dessus des exigences de l’organisme et qui souffrirait d’une certaine honte de se trouver soudain semblable à l’animal »[10]. L’Art est le fruit le plus grand de l’élévation de l’esprit humain, la perfection de la Culture. « L’homme n’a pas seulement à vaincre la nature extérieure pour assurer sa liberté physique, ce qui est le rôle de la technique. Il a à développer les germes tenus de sa propre nature spirituelle, jusqu’à ce qu’ils parviennent à leur plénitude. Mais comme l’esprit de l’homme n’est pas un pur esprit, et qu’il reste conditionné par les exigences implacables de la vie biologique, il ne peut opérer cette conquête que progressivement, sans jamais la réaliser pleinement. De là cette perpétuelle joie de l’esprit à chacune de ses manifestations nouvelles, et son insatisfaction en constatant qu’elle est encore insuffisante. De là ce caractère ambigu de l’homme sorti de l’état de nature, toujours triomphant et toujours amer, toujours auteur de nouveaux progrès et toujours tendu vers d’autres »[11]. Ce passage pourrait également décrire la vie spirituelle chrétienne. 2 Co 3, 18 : « Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme le Seigneur, l’Esprit ». La Sagesse nous donne le sentiment d’être arrivé à destination, et nous fait apprécier le chemin parcouru. Mais cet arrêt est temporaire. La Crainte entame alors un nouveau cycle qui nous remet en marche vers de nouvelles aventures, car le Très-Haut nous appelle toujours plus près de lui et cette ascension est infinie. La Sagesse nous octroie la grace de voir dans nos œuvres toujours inachevées, car humaines, un état qui nous fait savourer le travail accompli, et que nous qualifions parfois de ‘parfait’. Cette vision permet à l’artiste d’achever une œuvre afin de la présenter au monde. L’œuvre d’Art poursuit sa vie dans la contemplation que les hommes font d’elle.

L’Art s’adresse à l’esprit et lui fait goûter, sur terre, les délectations qu’il aura au ciel en présence de Dieu, dans cette vision de Dieu qui est selon saint Thomas d’Aquin la finalité du dessein de Dieu pour l’homme. On jouit de l’Art sur terre comme on jouira de Dieu au Ciel. Le deuxième emploi de photismos se trouve dans la même Epître, en 2 Co 4, 6 : « Car Dieu, qui a dit : La lumière brillera du sein des ténèbres ! a fait briller la lumière dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ ». Quel merveilleux résumé de ce que nous avons tenté de dire sur l’Art ! La personne du Christ-Roi est au cœur de toutes les œuvres artistiques véritables, de façon toujours plus visible jusqu’au Moyen Âge, dans le sommet de l’Art que sont les cathédrales gothiques et leurs tympans. Puis de façon décroissante au fur et à mesure que l’Art dégénère graduellement vers son triste état actuel. L’Art est passé comme un soleil dans le ciel des hommes, ayant atteint son point culminant au midi du Moyen Âge. Il est en train de se coucher. Au sommet de sa course, il nous a révélé son essence, qui est de glorifier la beauté de Dieu. Cette beauté culmine dans la personne humano-divine du Christ-Roi. La Culture est bien une préfiguration, dans des œuvres humaines, de la Civilisation qui reflètera elle aussi la ‘face de Christ’, mais non plus dans des œuvres de pierre ni de papier, mais dans des œuvres de chair, l’humanité entière réunie dans la paix et l’amour du Christ. Entre ces deux œuvres, l’Esprit septénaire a façonné les cinq autres œuvres de la Tradition, qui sont, elles, proprement chrétiennes, le passage obligé de l’une à l’autre. La Civilisation est, comme l’Art, l’œuvre du génie chrétien, ce ‘Génie du christianisme’ dont a pris la défense, à une époque sombre, Chateaubriand, le ‘palais brillant’. « Frères de la poésie, les beaux-arts vont être maintenant l’objet de nos études : attachés aux pas de la religion chrétienne, ils la reconnurent pour leur mère aussitôt qu’elle parut au monde ; ils lui prêtèrent leurs charmes terrestres ; elle leur donna sa divinité. La musique nota ses chants, la peinture la représenta dans ses douloureux triomphes, la sculpture se plut à rêver avec elle sur les tombeaux, et l’architecture lui bâtit des temples sublimes et mystérieux comme sa pensée »[12].

Un septénaire de l’Art pourrait être : Musique et Crainte, Littérature (Poésie) et Connaissance, Sculpture et Piété, Architecture et Intelligence, Danse et Force, Jardinage et Conseil, Peinture et Sagesse.

NOTES

[1] Jean de SAINT-THOMAS, Les dons du Saint-Esprit, Pierre Téqui, 2000.
[2] GOBRY, Le sens de la beauté, Paris, Éd. de Table Ronde, 2003.
[3] JEAN-PAUL II, catéchèse du 9 juillet 1997.
[4] GOBRY, op. cit.
[5] Id., p. 155.
[6] Un frère carme, Les sens spirituels. Éd. du Carmel, 2014, p. 208.
[7] Op. cit. Page 214.
[8] Op. cit. Page 221.
[9] Ivan Gobry. Le sens de la beauté.
[10] Op. cit. Page 25.
[11] Op. cit. Page 36.
[12] François-René de CHATEAUBRIAND, Le génie du christianisme, III, 1.

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