8. Parrhesiazomai « assurance »

« Après avoir souffert et reçu des outrages à Philippes, comme vous les savez, nous prîmes de l’assurance (parrhesiazomai) en notre Dieu (theos) » (1 Th 2, 2).<br />

Le don de Crainte nous donne une assurance que Dieu, qui nous a donné la vie, nous soutiendra dans l’existence, si nous lui obéissons et cherchons à lui plaire. Il devient non seulement le fondement de notre être, mais notre appui tout au long de nos jours. Le mot grec ici est parrhesiazomai, « assurance », utilisé neuf fois dans le NT, et qui dérive de parrhesia, « liberté, assurance » dans les paroles. La crainte nous empêche de parler librement, ouvertement. La Crainte de Dieu remplace cette crainte naturelle en une crainte supérieure qui a pour objet Dieu lui-même : elle nous fait craindre de déplaire à Dieu et non aux hommes, de perdre la vie éternelle et non cette vie transitoire. La Crainte de Dieu est donc libératrice. Elle nous ancre en Dieu et nous donne une assurance que Dieu ne nous laissera pas tomber si nous lui sommes agréables. On retrouve parrhesia en Ac 4, 29 : « Et maintenant, Seigneur, vois leurs menaces, et donne à tes serviteurs d’annoncer ta parole avec une pleine assurance ». Et plus loin, en Ac 19, 8 (extrait): « Ensuite Paul entra dans la synagogue, où il parla librement ». Parrhesia est formé de pas, « tout », et de rheo, « annoncer ». Parler ouvertement, c’est parler à tout le monde, et non à un petit nombre. Jn 16, 29 : « Ses disciples lui dirent : Voici, maintenant tu parles ouvertement, et tu n’emploies aucune parabole ». Cette exclamation des disciples vient juste après un long monologue de Jésus, commencé dans ce chapitre 16 où il parle de sa filiation divine en termes très clairs, que tous peuvent comprendre. Jésus ne craint pas les répercussions de ces paroles blasphématoires aux oreilles des pharisiens. Ce monologue est une autobiographie de Jésus, une révélation par lui-même de l’essence de sa personne. Il se trouve dans un verset lié à la Connaissance et culmine en Jn 16, 28 : « Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde ; maintenant, je quitte le monde, et je vais au Père ». Le Père dit ouvertement ici ce qu’il tenait secret jusque-là, caché sous le voile des paraboles. Cette franchise donne à notre esprit de voir Jésus dans sa gloire de Fils de Dieu, comme nos yeux le verront, au ciel, le jour de son avènement, du grec parousia (cf. paraphe 36 de ce Chapitre).

Les deux révélations nous plongent dans une grande et sainte Crainte : Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme, bien qu’il se soit fait très proche de nous. Hans et Sophie Scholl, jeunes résistants allemands contre le totalitarisme hitlérien, sont deux modèles de franchise héroïque. « Sophie est condamnée à mort lors d’un procès qui évoque les tribunaux de l’Inquisition. Mais le tribunal est aussi une tribune où les inculpés (ils sont trois) profitent de leur court temps de parole pour affirmer en public leurs convictions. Et leurs mots, leur calme, leur résolution font trembler l’assistance davantage que les imprécations du magistrat »[1]. L’assurance des hommes prêts à donner leur vie pour leurs idéaux humanistes fait trembler Satan et ses légions. La Crainte aide à vaincre la peur de la mort. Mt 10, 28 : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne ». Le frère et la sœur furent décapités le 22 février 1943.

[1] Source internet.