8. Ochlos « foule ».
Les Anges.

« Mais celui qui avait été guéri ne savait pas qui c’était ; car Jésus avait disparu de la foule qui était en ce<br /> lieu » (Jn 5, 13).

La disparition de Jésus est bien l’objet principal de notre Crainte. Jésus est la source de notre salut, et sans lui et la présence active de l’Esprit qu’il nous a obtenue, nous ne pouvons pas entrer au Ciel. Au verset huit du même chapitre, Jésus dit au paralytique : « Lève-toi, prends ton lit, et marche ». Voilà en condensé toute l’action de la Crainte. Elle nous relève et nous met en route vers Dieu. Elle nous fait sortir de la léthargie de l’ignorance, dans laquelle nous vivons des vies vaines, c’est-à-dire vides de Dieu et vouées à la mort éternelle, car qu’est-ce que la mort si ce n’est l’absence de vie, et qui nous a donné la vie si ce n’est Dieu ? La Crainte nous promet une vie plus excellente et éternelle. Elle nous sort de notre vie médiocre de grabataires. Ce lit, krabbatos, que nous devons porter avec nous, c’est notre nature. Elle a bien servi et doit-nous servir encore. Jésus est venu rassembler l’humanité perdue. Cette humanité sans lui est une masse humaine informe, disparate, mue par des émotions non contrôlées parmi lesquelles prédomine la crainte : c’est la foule. Le mot grec ochlos, « foule », est utilisé dans 170 versets du NT, dont huit emplois dans le seul Mt 15 et cinq en Mc 8. Le quatrième emploi nous introduit immédiatement dans la merveilleuse réalité angélique. Mt 8, 1 : « Lorsque Jésus fut descendu de la montagne (orous), une grande foule (ochlos) le suivit ».

Nous pensons que les anges[1] constituent la première facette de l’Apostolat. Jésus, Fils de Dieu, sort du sein du Père et vient marcher parmi nous. Il ne vient pas seul : une partie de la hiérarchie angélique l’accompagne et le sert. Cette foule angélique descendue du ciel à la suite du Fils de Dieu vient accompagner également la foule humaine que Jésus est venue rencontrer et ramener au Père. Mt 9, 36 : « Voyant la foule (ochlos), il fut ému de compassion pour elle parce qu’elle était languissante et abattue, comme des brebis qui n’ont point de berger ». Jésus voit dans l’humanité un troupeau d’agneaux innocents, ignorants et faibles. Dans sa grande miséricorde, il voit par-delà nos péchés. Tour à tour, Jésus appelle à lui la foule, puis la renvoie. On voit dans ce mouvement le geste d’un Seigneur qui appelle un serviteur, lui communique un ordre, puis l’envoie en mission. Mt 15, 10 : « Ayant appelé à lui la foule, il lui dit : écoutez et comprenez ». Appel, écoute et compréhension : voilà les trois premières étapes du chemin spirituel, œuvre des trois premiers dons. Cette compréhension fonde tout l’Apostolat humain. La Foi est produite par l’écoute de la parole du Christ, et la Prière est la rumination intérieure de la Foi qui nous la fait comprendre. Alors nous pouvons partir en mission, à l’image des anges. Mt 15, 39 : « Ensuite il renvoya la foule, monta dans la barque, et se rendit dans la contrée de Magadan ». Cet envoi, évoqué au verset 39 (Intelligence) rappelle le ‘missa est’ qui clôt nos messes, œuvres de l’Intelligence dans la Prière. Au verset 32, Jésus exprime sa volonté de nourrir la foule, afin qu’elle ne parte pas en mission à jeûn, de peur que « les forces ne leur manquent (ekluo) », ces forces surnaturelles que le Sacerdoce nous transmet.

Ochlos vient d’un dérivé de echo, « avoir, posséder ». La foule s’accroche à ce qu’elle a, dans la crainte de le perdre. Elles deviennent violentes et incontrôlables lorsqu’elles n’ont plus rien à perdre. Jésus vient convertir les foules pour leur faire s’attacher au seul bien qui importe véritablement : la connaissance du Père. Jésus est « l’écho » du Père, le logos ou « son » venu résonner au milieu de la foule, céleste et terrestre. Les anges sont la foule vibrant au son du Logos. Le ciel est un orchestre sonnant à l’unisson, dans lequel la foule des hommes rachetés s’agrège à la foule des anges. Il serait intéressant de montrer le lien entre phone, « voix », « cri », et la Crainte. La Crainte nous fait entendre la voix de Dieu, de même que la Connaissance nous la fait voir, dans la personne incarnée de Jésus-Christ. Phone, est employé dans 129 versets du NT. A la descente du Saint-Esprit, la voix du Père se fait entendre, en Lc 3, 22 : « Et le Saint-Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et une voix fit entendre du ciel ces paroles : tu es mon fils bien-aimé ; en toi j’ai mis toute mon affection ». En Ac 22, 22 le cri de la foule en colère s’élève : « Ils l’écoutèrent jusqu’à cette parole. Mais alors ils élevèrent la voix, disant : Ote de la terre un pareil homme ! Il n’est pas digne de vivre ». On peut lire ce verset comme la condamnation finale du mal que le retour glorieux du Christ fera retentir, à la Parousie.

Sainte Cécile, fêtée le 22 novembre, est la patronne des musiciens. Ce nom vient du latin caecus, « aveugle». Jésus est venu rendre la vue aux foules aveugles. Par sa prédication, la foudre s’abat sur la foule. Mt 22, 33 : « La foule, qui écoutait, fut frappée (ekplesso) de l’enseignement de Jésus ». Le Logos (latin verbum) est un autre nom du Fils, parole de Dieu. Il est issu de Dieu et nous en révèle la grandeur, thème étroitement lie à la Crainte. On retrouve ekplesso, « frapper », en Lc 9, 43: « Et tous furent frappés de la grandeur de Dieu. Tandis que chacun était dans l’admiration de tout ce que faisait Jésus, il dit à ses disciples ». Le Fils est l’épée foudroyante qui sort de la bouche du Père. Notons la proximité des mots anglais word, mot, logos, et sword, épée. Dans le NT, la foule désigne également les anges déchus, qui cherchent sans cesse à s’emparer des foules humaines. La foule qui acclamait Jésus le jour des Rameaux s’est retournée contre lui quelques jours après et a réclamé sa mort. Cette foule déchainée par la haine est terrifiante, telle une vague puissante qui s’apprête à déferler sur la terre. De nombreux versets mentionnent la crainte qu’elle évoque. Pilate lui cède, et la foule devient l’instrument par lequel les forces du mal obtiennent la mise à mort de Jésus. Mc 15, 15 : « Pilate, voulant satisfaire la foule, leur relâcha Barabbas ; et, après avoir fait battre de verges Jésus, il le livra pour être crucifié ». Mais la seule satisfaction que la foule peut recevoir vient du Christ ressuscité et assis à la droite de Dieu, au ciel. Le ciel est la foule satisfaite, qui chante à l’unisson un Alléluia. Ap 19, 1 : « Après cela, j’entendis dans le ciel comme une voix forte d’une foule nombreuse qui disait : Alléluia ! Le salut, la gloire, et la puissance sont à notre Dieu ».

« Les anges sont de pures créatures spirituelles, incorporelles, invisibles et immortelles, êtres personnels doués d’intelligence et de volonté. Contemplant sans cesse Dieu face à face, ils le glorifient, le servent et sont ses messagers dans l’accomplissement de la mission du salut pour tous les hommes »[2]. Ils sont l’Eglise-Apostolat en germe. Aggelos, « messager », est utilisé dans 173 versets du NT. Agele signifie le « troupeau ». Ago signifie « mener, diriger, ramener » et aussi « célébrer, amener », comme lorsqu’on amène quelqu’un devant le magistrat. Les anges nous amènent à comparaitre devant le tribunal de Dieu, qui commence avec le tribunal de notre conscience. Ce tribunal est éclairé par le don d’Intelligence qui nous révèle la voie de la justice et les droits et devoirs qui sont les nôtres comme citoyens du Royaume de Dieu Mt 10, 18 : « Vous serez menés (ago), à cause de moi, devant des gouverneurs et devant des rois, pour servir de témoignage à eux et aux païens ». On voit d’entrée le lien entre les anges et l’Intelligence. Les anges nous transmettent un message de la part de Dieu, expression de sa volonté. Ils sont médiateurs entre Dieu et les hommes, messagers de Dieu par nature tandis que nous le sommes par vocation.

Le rôle des anges pendant la création est essentiel. Ils sont annonciateurs de la volonté de Dieu. Ils « voient dans l’avenir », car ils connaissent, chacun pour sa part, une partie du dessein de Dieu que l’Intelligence leur communique. Considérant les évènements encore à l’état de projet dans l’Intelligence divine, ils nous font connaitre la promesse de Dieu. Ga 3, 19 : « Dès lors, que vient faire la loi ? Elle vient s’ajouter pour que se manifestent les transgressions, en attendant la venue de la descendance à laquelle était destinée la promesse : elle a été promulguée par les anges par la main d’un médiateur ». L’épître aux Galates est la quatrième de la première série d’épitres. On peut dire que la volonté de Dieu se reflète dans les anges, comme en tout homme dont la volonté est conformée à celle de Dieu. Etoiles du ciel, ils sont créés le quatrième jour. Ils sont des êtres de lumière et la diffusent à toute la création. Cette lumière n’est autre que la parole de Dieu, l’Evangile. Les anges des hiérarchiques supérieures éclairent les anges des hiérarchies inférieures et la hiérarchie angélique est véritablement un modèle de l’Eglise Apostolique. Denys l’Aréopagite parle de l’illumination que reçoivent les Anges : « Ils reçoivent de façon immatérielle et sans mélange les illuminations fondamentales, car, ordonnés eux-mêmes en vue de ces illuminations, ils vivent d’une vie intelligente et intégrale »[3].

Les anges sont tous missionnaires et leurs noms nous révèlent leur mission. Celle-ci prend place dans la mission éternelle de Dieu et ils sont ravis à cette occasion d’être envoyés auprès des hommes qu’ils servent. Saint Olier nous présente le rôle d’évangélisation des anges, véritables apôtres du Christ. « Les anges ont reçu en leur création les idées de Dieu et leur a imprimé l’obligation de leur devoir, et en cela ils sont encore les figures et les images de la mission éternelle du Fils. Et comme tous les jours ils viennent imprimer la lumière et l’amour de Dieu dans les âmes, ils imitent en cela la mission secrète du Saint-Esprit qui vient nous éclairer, nous réchauffer et nous mouvoir en sa vertu. Même le Saint-Esprit se sert de ces esprits comme ses ailes et ses apôtres, de même que Jésus-Christ le Fils de Dieu fait par le ministère des apôtres, des disciples et du reste des hommes »[4]. Ces messagers de Dieu sont réunis en une messe perpétuelle, et nos messes sont autant de participations multiples à cette messe unique, dans laquelle nous mangeons le pain des anges.

Les anges ont été mis par le Seigneur au service des hommes, car ceux-ci ne deviennent véritablement humains que par l’usage de leur intelligence, quand celle-ci, illuminée par le don d’Intelligence, devient le moyen par lequel la volonté de Dieu est réalisée dans la création, pour le bien de toutes les créatures. L’humain est un idéal que chaque homme doit réaliser dans sa propre existence. Avec le don de la vie, une grande et exigeante tâche est confiée aux hommes. Une tradition dit que les hommes sont destinés à remplacer les anges déchus afin de repeupler le ciel. Voici quelques passages du NT illustrant le lien entre les anges et l’Intelligence: Mt 4, 11 : « Alors le diable le laisse, et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient ». Ap 5, 11 : « Alors je vis : et j’entendis la voix d’anges nombreux autour du trône, des animaux et des anciens. Leur nombre était myriades de myriades et milliers de milliers ». 2 P 2, 4 : « Car Dieu n’a pas épargné les anges coupables, mais les a plongés, les a livrés aux antres ténébreux du Tartare, les gardant en réserve pour le jugement ». Mc 12, 25 : « En effet, quand on ressuscite d’entre les morts, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans les cieux ». Entièrement consacrés à Dieu, ils sont pour nous le modèle de toute consécration[5]. « Aptes à déceler une vocation à la sainteté, les anges favorisent également les communions prématurées ou fréquentes ». He 1, 14 : « Ne sont-ils pas tous des esprits remplissant des fonctions et envoyés en service pour le bien de ceux qui doivent recevoir en héritage le salut ? ». « Les anges ne sont plus nos souverains. Dieu par sa providence sage et divine ne les envoie plus pour dominer sur nous, ils sont devenus serviteurs avec nous de Dieu en Jésus-Christ et parfaits serviteurs de Dieu le Père »[6]. Acteurs de la providence divine, les Anges sont les ministres de Dieu, connaissant et exécutant ses plans. Plus on les prie, et plus ils interviennent dans notre vie et la rendent conforme au dessein de Dieu pour nous. Les coïncidences se multiplient alors.

On parle de la multitude des Anges. Dieu sort de lui-même et produit la foule des anges. « Dieu est vie en lui-même et sa vie consiste en son amour et en sa connaissance, et pour cela Dieu, qui produit sa vie hors de lui-même et qui fait voir en quoi elle consiste, produit un million et millions d’esprits remplis de connaissance et d’amour, et qui chacun en leur personne sont différents en leurs degrés d’amour et de lumière, pour faire voir la multiplicité de la perfection d’amour et de lumière qui se rencontre dans l’unité de l’essence divine, qui seule est connaissance et amour très immense »[7]. Les anges évoquent l’ordre immuable du cosmos. Ils sont placés dans une hiérarchie bien claire, et chacun reste à la sa place et y joue son rôle. Ils structurent la création, dont ils ont la charge d’un domaine particulier. Depuis la chute, la création est séparée en plusieurs royaumes: celui de Dieu, dans lequel combat l’armée des bons anges et des hommes de bonne volonté, et celui du Prince de ce monde, dans lequel sévissent les anges déchus et leurs esclaves humains.

Pour conclure notre évocation du lien entre les anges et l’Intelligence, mentionnons ces quelques faits supplémentaires. Les premières images chrétiennes d’anges se trouvent dans les catacombes romaines et datent de la fin du IV siècle. Le Concile Œcuménique de Latran IV, en 1214, est le quatrième des Conciles du Moyen Age. C’est à cette occasion que la doctrine des anges a été définie. Les anges étaient très présents dans la mentalité du Moyen Age et la dévotion à l’Ange gardien date de cette époque. C’est dans le 18ieme arrondissement de Paris que se trouve la Boutique des Anges.

Illustrons maintenant le lien entre les anges et la Crainte. Aggelos est employé dans 173 versets du NT. Lc 1, 11 : « Alors un ange du Seigneur apparut à Zacharie, et se tint debout à droite de l’autel des parfums ». L’agonie dans le Jardin de Gethsémani est le premier mystère douloureux du Rosaire. Lc 22, 43 : « Alors lui apparut du ciel un ange qui le fortifiait ». La solitude est la première pratique ascétique, et les anges accompagnent les solitaires. Ils nous rappellent que Dieu est toujours avec nous. C’est par l’entremise des anges que l’on voit Jésus soumis aux décrets de son Père. Ga 1, 8 exprime parfaitement le fait que les anges sont au service de la propagation de l’Evangile, et non de leur volonté propre : « Mais, quand nous-mêmes, quand un ange (aggelos) du ciel annoncerait un autre Evangile que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème ! ». Les versets liant aggelos à la Crainte sont trop nombreux pour être tous mentionnes ici.

Les anges sont des modèles d’obéissance. On se cultive en obéissant, c’est-à-dire en écoutant. Cette obéissance intervient également dans le processus créatif. Ob et audire désignent une façon d’écouter, de tendre son attention vers quelqu’un. Satan n’a pas de pouvoir sur les obéissants. Hupakouo, « obéir, écouter, prêter l’oreille à, se soumettre à », est employé dans 21 versets du NT. Il vient de hupo, « par, sous, dessous », et d’akouo, « entendre ». Obéir, c’est se soumettre à ce que l’on entend. Citons simplement Col 3, 22 : « Serviteurs, obéissez en toutes choses à vos maitres selon la chair, non pas seulement sous leurs yeux, comme pour plaire aux hommes, mais avec simplicité de cœur, dans la crainte du Seigneur ». La vie d’Abraham, père des patriarches et modèle d’obéissance, est toute marquée de la Crainte de Dieu. He 11, 8 : « C’est par la foi qu’Abraham, lors de sa vocation, obéit et partit pour un lieu qu’il devait recevoir en héritage, et qu’il partit sans savoir où il allait ». Partir sans savoir où l’on va est une chose difficile et angoissante pour l’homme soucieux de sa sécurité et attaché à ses habitudes. La Crainte nous propulse dans l’inconnu, mais non sans le soutien de la foi en Dieu qui se rend mystérieusement présent à nous, comme les anges.

Les anges ont deux, quatre ou six ailes. L’ajout des ailes permet de souligner leur fonction de messager. Dans la religion grecque, la déesse de la victoire Nike, anthropomorphe comme les anges, ressemblait aux anges des Israélites. Elle avait en outre la même fonction de messager, car elle était envoyée par Zeus aux humains pour apporter la victoire. On retrouve aussi des Victoires chez les Perses. Elles ont souvent été considérées comme l’origine de l’iconographie angélique. Le tout premier ange ailé représenté apparaît au IV siècle dans l’abside de l’église Sainte-Pudentienne à Rome. Cette basilique, proche de sainte Marie-Majeure, fut construite à l’endroit où le sénateur Pudente aurait offert l’hospitalité à saint Pierre lors de son arrivée à Rome. Trois siècles plus tard, sous la persécution d’Antonin, deux filles de cette noble famille, sainte Pudentienne et sainte Praxede, offrirent au Pape Pie I une église dans laquelle célébrer les mystères chrétiens. Il existe une église sainte Pudentienne à Châlons-sur-Saône, dont la cathédrale est dédiée à St Vincent de Saragosse, le Victorieux, qui fut martyrisé à Valence en Espagne en 304. Il est fêté le 22 janvier. Dans son hagiographie, écrite au Vième siècle par Prudence, une grande place est faite au rôle des anges.

Intermédiaires entre le monde visible et le monde invisible, les anges se cachent, comme le Père lui-même. Ils disparaissent dès qu’apparait le Christ, comme les étoiles quand se lève le soleil du matin, c’est-à-dire lorsque le Christ commence sa vie publique. Puis ils réapparaissent au matin de Pâques. Les anges jouent un rôle très important lors du Baptême. Tertullien lie les anges avec l’eau baptismale. Saint Ambroise nous dit que la renonciation à Satan et au péché est faite en présence des anges. « Ils sont l’escorte du Père des cieux, et les premières créatures à être sorties du Père » 48. Les Anges sortent de Dieu et font entendre ce qu’Il est. Ils nous relaient l’appel de Dieu, nous rappelant d’où nous venons et nous annonçant où nous allons. Leur reine, Marie, Notre-Dame des Anges, dont toute la vie a été entourée de la présence et de la protection angélique, est elle aussi cachée. Les anges, comme les abeilles, sont des travailleurs. Dans sa Supplique au sujet des chrétiens, l’apologiste Athénagoras décrit ainsi leur role : « Légions (plethos) d’anges et d’assistants (leitourgon), entre lesquels le Dieu Créateur et Artisan (poetes kai demiourgos) du cosmos a réparti les fonctions par l’intermédiaire de son Verbe, leur confiant le soin des éléments, des cieux, du monde et de ce qu’il contient, et de l’harmonie des uns et des autres ». Les trois Archanges sont fêtés le 29 septembre. Au VIIIe siècle, la doctrine des Anges fait de grands progrès : le synode du Latran (745) et le concile d’Aix la Chapelle (789) ont dénoncé comme mauvais ou ont interdit de nommer des noms d’anges qui n’auraient pas appartenu à la révélation biblique. Au XVième siècle, les érudits cabalistes représentent l’arbre du monde angélique. Ce siècle est également celui de Fra Angelico, etc.

Nous avons abondemment cité saint Jean-Jacques Olier (1608-1657), qui a vécu dans la vision permanente de ses anges gardiens, et a grandement contribué à augmenter notre connaissance des anges. De nombreux détails de sa vie sont placés sous le signe de la Crainte. En 1629, une femme lui reproche sa vanité et sa légèreté, ce qui déclenche une conversion encore plus profonde. Il étudie l’Hébreu à Rome. Il manque de perdre la vue, et est guéri à Lorette. Il insiste particulièrement sur la louange que le Christ adresse continuellement à Dieu le Père, ce qui fait de lui un maître d’oraison. Il fonde le 29 décembre 1641 à Vaugirard, dans le XVième arrondissement actuel de Paris, une communauté de clercs et prêtres, transféréepeu après dans la paroisse de saint Sulpice49, connue pour son Grand-Orgue, l’un des meilleurs du monde. Cette église contient par ailleurs une inscription républicaine datant de la période révolutionnaire qui décrit parfaitement l’action de la Crainte en l’homme: « Le peuple français reconnait l’existence de l’être suprême et de l’immortalité de l’ame ». Dieu a de l’humour et rien ne peut arrêter l’accomplissement de ses desseins. Dans la chapelle des Saints Anges de cette église se trouve le célèbre tableau de Delacroix, Le Combat de Jacob avec l’Ange.

NOTES

[1] Les neuf hiérarchies angéliques sont les suivantes : Séraphins, Chérubins, Trônes, Dominations, Principautés, Puissances, Vertus, Archanges, Anges.

[2] CEC 60 (Intelligence).

[3] Œuvres complètes du Pseudo-Denys l’Aréopagite. Aubier, 1998.

[4] Jean-Jacques OLIER. Des Anges, fragrances divine et odeurs suaves. Seuil, 2011.

[5] ‘Les Anges attirent notre regard vers le ciel, au-dessus des réalités matérielles, pour y découvrir le sens vrai et profond de sa propre existence’. Père Gilles Jeanguegin. Les Anges existent ! Ed. Salvator, 2008. Page 30.

[6] Jean-Jacques OLIER. Des Anges, fragrances divine et odeurs suaves. Seuil, 2011.

[7] Op. cit.