8. Speiro « semer, germe ».

« Une autre partie tomba (epesen) au milieu (meso) des épines (akhanta): les épines crurent (sumphuesai) avec elle, et l’étouffèrent (apopnigo) » (Lc 8, 7).

Speiro, « semence », le « germe », la « graine », est employé dans 42 versets du NT. Il viendrait de grec spao, « tirer l’épée », la « sortir du fourreau ». Ne voit-on pas le geste créateur du Père qui fait sorti de lui la création ? La graine contient la vie en puissance, l’embryon végétal. Elle meurt pour laisser sortir la vie, de même que l’homme doit mourir à son ancienne vie pour naitre à la nouvelle. 1 Co 15, 36 : « Insensé ! ce que tu sèmes (speiro) ne reprend point vie, s’il ne meurt ». Huit est le chiffre de la vie nouvelle, de la résurrection générale et de la résurrection anticipée qu’est le baptême, conféré dans des baptistères octogonaux. Saint Ambroise dit que le huit est au NT ce que le sept est à l’AT. Le travail final du Christ sera fait au septième jour, mais il sera manifesté dans sa gloire le huitième, jour de son avènement. Ga 6, 8 : « Celui qui semé (speiro) pour sa chair (sarkos) moissonnera de la chair la corruption ; mais celui qui semé (speiro) pour l’esprit (pneuma) moissonnera de l’esprit la vie éternelle ». La moisson, ce sont les huit Béatitudes du sermon sur la montagne[1], qui décrivent la transformation que Dieu opèrera lors de son avènement. Il montre comment le bien est contenu en germe dans le mal, le bonheur dans le malheur. Makarios, « heureux », est employé dans 49 versets du NT. Lc 12, 43 : « Heureux ce serviteur, que son maitre, à son arrivée, trouvera faisant ainsi » ou le très simple Rm 4, 8 : « Heureux l’homme à qui le Seigneur n’impute pas son péché ! ». Le dernier emploi est en Ap 22, 14 : « Heureux ceux qui lavent leurs robes, afin d’avoir droit à l’arbre de vie, et d’entrer par les portes de la ville ! ». On pourrait aussi montrer le lien entre makarios et la Sagesse. La Crainte et la Sagesse sont étroitement liées. Suivons Mt 5, 3-12. La première béatitude contient tous les autres en germe et résume l’action de la Crainte : elle nous détache du monde et nous fait rechercher le Royaume de Dieu. C’est le bonheur par la pauvreté, première affliction du septénaire musulman. La deuxième béatitude nous annonce la consolation, œuvre du Paraclet, le Saint-Esprit, dont le deuxième sacrement, la Confirmation, nous confère les dons. La troisième béatitude nous révèle la puissance de la douceur qui vient à bout de la violence, la douceur si propre à l’Esprit, etc.

[1] Raniero CANTALAMESSA. Huit étapes vers le bonheur, les Béatitudes évangéliques. Ed. Béatitudes, 2009.