8. Exerchomai « aller, venir, partir ».

« Puis il leur dit : Dans quelque maison que vous entriez, restez-y jusqu’à ce que vous partiez (exerchomai) de ce lieu » (Mc 6, 10).

Exerchomai, « aller, venir, partir », est employé dans 215 versets du NT. Au huitième jour, le Seigneur achèvera l’œuvre de rétablissement de sa domination de Créateur sur toute son œuvre. Le vieil ennemi, le diable, sera extirpé de la Création une bonne fois pour toutes. Ce sera l’avènement du royaume des cieux dont le premier Evangile parle sans cesse. Ce sera la parousie, ou retour du Christ en gloire, l’héritier qui vient prendre pleine possession de son héritage. Le troisième emploi évoque des démoniaques « sortant des sépulcres ». Mt 8, 28 : « Lorsqu’il fut à l’autre bord, dans le pays des Gadaréniens, deux démoniaques, sortant des sépulcres, vinrent au-devant de lui. Ils étaient si furieux que personne n’osait passer par la ». Depuis la chute originelle, toute la création est devenue pour l’homme une sépulture dont il doit sortir. Il n’y vit pas naturellement de la vie pour laquelle il avait été fait. Il ne participe pas à la vie divine, surnaturelle. Il est spirituellement mort. La Résurrection, c’est-à-dire l’entrée dans la vie divine, dans le sein de la Sainte Trinité, est un processus continu déjà commencé. On peut l’imaginer comme ternaire. Tout d’abord, la Crainte nous extirpe de notre environnement naturel et nous jette sur la route de la recherche de Dieu. C’est la foi d’Abraham, le père des croyants, qui éclaire notre esprit de la lumière encore lointaine de Dieu, distante de nous comme les étoiles dans le ciel. Ensuite, les six dons suivants (de la Connaissance à la Sagesse) travaillent en profondeur notre âme, afin de l’évangéliser, selon un parcours en six étapes. Enfin, la troisième étape transforme nos corps, en les libérant des chaînes de la mort. C’est la Résurrection générale, le huitième jour. La Crainte fait sortir de nous et de la Création les hôtes indésirables qui faisaient de nos corps des tombeaux. Lc 4, 36 : « Tous furent saisis de stupeur, et ils se disaient les uns aux autres : quelle est cette parole ? Il commande avec autorité et puissance aux esprits impurs, et ils sortent ! ». Cette sortie progressive des esprits impurs produit un affaiblissement du pouvoir du mal sur la terre et un renforcement de la puissance de Dieu. Le caractère progressif de ce ‘nettoyage’ est rendu au verset Jn 8, 9 par l’expression ‘un à un’ : « Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers ; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu ». Le couple Jésus-Marie Madeleine représente la couple Dieu-Création. Le Ciel est le lieu où Dieu et sa Création rachetée se retrouvent entre eux, sans un tiers perturbateur (Satan et ses troupes, angéliques et humaines), précipité au-dehors de cette rencontre qu’est le Ciel, dans le lieu de l’enfer. Jugement dernier, Résurrection générale et Ciel sont trois thèmes éclairés par le don de Crainte.

La Doctrine de la Résurrection générale des morts est très importante dans le Judaïsme, religion de la Crainte. Ps 15, 9-10 : « Aussi mon cœur se réjouit, mon âme exulte et ma chair demeure en sureté, (10) car tu ne m’abandonnes pas aux enfers, tu ne laisses pas ton fidèle voir la fosse ». Le prophète Ezéchiel décrit une vision dans laquelle il est voir la chair revenir sur les ossements desséchés. Ez 37, 8 : « Je regardai : voici qu’il y avait sur eux des nerfs, de la chair croissant et il étendit de la peau par-dessus ; mais il n’y avait pas de souffle en eux ». Ce verset 8 correspond à l’action du Père artisan qui façonne la matière. Le verset 9 correspond à l’action du Fils qui invoque la descente de l’Esprit du Père sur la chair afin de la vivifier. Le Fils est notre grand-prêtre, situé d’une certaine façon ‘entre’ le Père et l’Esprit. Il nous obtient par sa prière interrompue une Pentecôte continue. Ez 37, 9 : « Il me dit : Prononce un oracle sur le souffle, prononce un oracle, fils d’homme ; dis au souffle : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Souffle, viens des quatre points cardinaux, souffle sur ces morts et ils vivront ». Le verset 10 correspond à l’action de l’Esprit qui obéit au Père et au Fils et descend agir au cœur de la matière et se communique à elle, lui qui est la vie même : « Je prononçai l’oracle comme j’en avais reçu l’ordre, le souffle entra en eux et ils vécurent ; ils se tinrent debout : c’était une immense armée ». La Résurrection des corps est, comme la Création, œuvre de la Trinité. On peut rapprocher ces trois versets des trois premiers de la Bible. Gn 1, 1 : « Lorsque Dieu commença la création du ciel et de la terre ». Ce verset implique que le Père a créé une matière première. C’est la doctrine de la création ex nihilo. Gn 1, 2 : « La terre était déserte et vide, et les ténèbres à la surface de l’abîme ; le souffle de Dieu planait a la surface des eaux ». La terre, notre chair, ne contient pas encore l’Esprit qui plane au-dessus. Le Ciel n’est pas encore descendu sur la terre. Gn 1, 3 : « Et Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut ». Le Saint-Esprit est lui-même cette lumière. La Création elle-même n’est-elle pas la ‘sortie’ du Père hors de lui-même ? Mt 20, 1 : « Car le royaume des cieux est semblable à un maitre de maison qui sortit dès le matin, afin de louer des ouvriers pour sa vigne ».

Dans le NT, la résurrection provoque une immense crainte chez les femmes, premières témoins. Mt 28, 8 : « Elles s’éloignèrent promptement du sépulcre, avec crainte et avec une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples » ou encore Mc 16, 8 : « Elles sortirent du sépulcre et s’enfuirent. La peur et le trouble les avaient saisies ; et elles ne dirent rien à personne, à cause de leur effroi ». La Crainte de Dieu perdure au Ciel, comme les six autres dons.