9. Agôn « combat ». Les Mystiques

« Pour vous annoncer l’Evangile de Dieu (theos), au milieu de bien des combats (agon) » (1 Th 2, 2).

Le thème du combat est lié à la Connaissance. Depuis le tout début de l’histoire humaine se joue un combat entre la connaissance et l’ignorance de Dieu. Le vieil ennemi de l’homme a pour principal objectif de tenir l’homme éloigné de Dieu. C’est le « combat de la foi » dont parle St Paul. A ce sujet, Alan Vincent a écrit un livre très inspirant rappelant aux chrétiens qu’il faut aller réclamer les fruits du sacrifice de Jésus sur la croix[1]. Notre foi dans la victoire du Christ doit être assez forte pour nous faire prendre notre dû au sérieux et prier Dieu de nous l’accorder. Au nom de son Fils, nous devons demander à Dieu le Père de répandre son Esprit sur toute chair, afin que les hommes apprennent à connaitre Dieu dès leur vie sur terre. Agon, « combat », est employé dans 6 versets du NT. On le trouve tout d’abord en Ph 1, 30: « En soutenant le même combat que vous m’avez vu soutenir, et que vous apprenez maintenant que je soutiens ». Et aussi en 1 Tim 6, 12 : « Combats le bon combat de la foi, saisis la vie éternelle, à laquelle tu as été appelé, et pour laquelle tu as fait une belle confession en présence d’un grand nombre de témoins ». Le sacrement de Confirmation, le deuxieme du septenaire des Sacrements, est le lieu par excellence de cette ‘belle confession’. Il nous enrôle dans l’armée du Christ, car tous les chrétiens, par ce sacrement, sont faits serviteurs de Jésus-Christ. Il nous arme pour ce combat, afin que tous puissent dire comme Saint Paul, à la fin de leur vie : « J’ai combattu le bon combat (agon), j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi » (2 Tm 4, 7).

Le deuxième emploi d’agôn introduit la partie de la Tradition qui nous semble illustrer parfaitement l’essence du combat chrétien, l’expérience mystique consignée dans les écrits des Mystiques. Col 2, 1 : « Je veux, en effet, que vous sachiez combien est grand le combat (agôn) que je soutiens pour vous, et pour ceux qui sont à Laodicée, et pour tous ceux qui n’ont pas vu mon visage en la chair ». Paul, qui a vu Jésus sur le chemin de Damas, est le modèle des mystiques chrétiens[1], et ce qu’il dit de lui dans ce verset pourrait s’appliquer à Jésus. De même que tous les chrétiens des premiers temps n’ont pas rencontré Paul en personne, seul un petit nombre d’hommes au cours des siècles a pu voir (horao), par une grâce particulière, le visage (prosopon) de Jésus en (en) la chair (sarx). Ces hommes et ces femmes, ce sont les mystiques. Le mysticisme chrétien n’est pas l’accès à n’importe quel mystère. Il est connaissance du mystère chrétien, c’est-à-dire de la divinité de Jésus et de sa présence éternelle parmi nous. C’est pourquoi les Mystiques sont l’œuvre de la Connaissance dans le septénaire du Magistère. La présence de l’homme-Dieu qui a marché parmi nous, a souffert, est mort, est ressuscité, est monté au ciel et est assis à la droite du Père comme nous le dit le Credo est cachée aux yeux des hommes. Elle est un objet de foi. Mais Dieu a voulu se montrer à certains au cours des siècles afin qu’ils témoignent de cette présence. On parle de révélation particulière.

Les chrétiens courent sans cesse le risque de paraitre arrogants, car ils voient ce que les autres ne voient pas et se croient dans l’obligation de le révéler au monde, ce qui est le cas. Les deux critères d’authenticité d’une révélation particulière sont la conviction de son caractère véridique et l’obligation morale dans laquelle on se trouve de la propager. Dieu continue à se révéler nous et ces révélations particulières ont un but communautaire. Elles sont circonstancielles et jouent un rôle précis dans l’Eglise pour l’aider à traverser les passes difficiles. C’est en ce sens que les Mystiques font partie du Magistere de l’Eglise. Leurs ecrits ont inspire les papes, tout le clerge, les theologiens ainsi que les laics depuis le debut du christianisme. Apres les Apparitions mariales (Crainte dans le Magistere), les apparitions du Fils de Marie constituent la deuxieme source de conseil pour l’Eglise tout entiere dans sa marche vers le Père. Les mystiques nous donnent l’exemple d’hommes et de femmes qui se laissent guider par Dieu. Ainsi, Nous sommes tous appelés à être des mystiques, de même que nous sommes tous appelés à la sainteté. « Le mysticisme n’est pas une forme de vie extraordinaire, mais le couronnement de la vie intérieure de l’homme qui se laisse conduire par Dieu »[3]. Les mystiques vivent des choses extraordinaires mais cela ne veut pas dire que tout le monde ne soit pas appelé à des expériences similaires. C’est la vie à la suite de Jésus-Christ qui devient extraordinaire.

Les mystiques sont des guides sur le chemin de retour vers Dieu. Ils le connaissent bien car ils l’ont parcouru, en ont fait l’expérience[4]. Ils nous décrivent les étapes du voyage et nous mettent en garde contre les dangers qu’il comporte. Le territoire que les mystiques explorent n’est autre que l’âme (psuche) humaine, dont ils deviennent les experts. Ils sont des maitres en spiritualité, si la spiritualité est l’ensemble des moyens par lesquels l’homme se conforme et est conformé au Christ, se sanctifie et est sanctifié[5]. Ce chemin de la sanctification est marqué de l’alternance propre aux dons de l’Esprit entre des phases de zèle et des phases de découragement, de consolations et de désolations, de foi et de doute, etc. Il est aussi marqué par le ternaire propre au Conseil : la purification, l’illumination et la perfection. Aussi, les mystiques sont des modèles de docilité à la motion de l’Esprit. Ils se laissent conduire par la main en toute confiance. Les mystiques sont des témoins ou prophètes de l’invisible, utilisés par Dieu pour diriger l’activité humaine et la mettre en garde contre les dangers de l’impiété.

Illustrons le lien entre les Mystiques et la Connaissance.

Tout d’abord, le mysticisme nous invite à méditer sur l’idée de manifestation. Phaneroo, « apparaitre », est employé dans 43 versets du NT. Mt 16, 14 : « Enfin il apparut aux onze, pendant qu’ils étaient à table ; et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité ». On le trouve dans les mots « théophanie » et « épiphanie ». Dans les apparitions de Jésus et de sa cour aux mystiques, le Dieu de l’univers, auteur de toutes choses, se montre à visage découvert. Jn 7, 4 : « Personne n’agit en secret, lorsqu’il désire paraitre : si tu fais ces choses, montre (phaneroo)-toi toi-même au monde ». Jésus, depuis sa résurrection, ne cesse de se montrer à sa veuve l’Eglise qu’il a laissée sur terre. Jn 21, 14 : « C’était déjà la troisième fois que Jésus se montrait à ses disciples depuis qu’il était ressuscité des morts ». Les visions des mystiques s’accompagnent souvent d’une bonne odeur. 2 Co 2, 14 : « Grâces soient rendues à Dieu, qui nous fait toujours triompher en Christ, et qui répand (phaneroo) pour nous en tout lieu l’odeur de sa connaissance (gnosis)! ». Les mystiques sont les véritables gnostiques. Le Seigneur leur accorde la connaissance de lui-même de la façon la plus parfaite qu’il soit possible d’avoir sur terre. Gnosis, « connaissance », « science », « sagesse », est employé dans 28 versets du NT. 9 de ces emplois sont en 1 Co, la deuxième épitre. Dans cette épitre, saint Paul nous rappelle que la connaissance est ordonnée à la charité. Il ne faut pas en rester à la Connaissance mais entrer dans les œuvres de la Piété. 1 Co 8, 7 : « Pour ce qui concerne les viandes sacrifiées aux idoles, nous savons que nous avons tous la connaissance (gnosis).-La connaissance (gnosis) enfle, mais la charité édifie. » Personne ne doit s’enorgueillir des révélations particulières que Dieu lui accorde, mais les transmettre humblement pour l’édification de tous, dans les limites que lui  impose le Magistère. La science (gnosis) des charismes est décrite par saint Paul dans cette même épître. 1 Co 13, 2 : « Et quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance (gnosis), quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. » Comme les Apocryphes, autre œuvre de la Connaissance dans la tradition, les Ecrits Mystiques ont pour rôle de fortifier les esprits dans la Foi et de montrer le foi-sonnement de l’action miraculeuse de Dieu dans le monde. Ils sont le bois avec lequel le feu de la charité est entretenu.

En quoi consiste donc l’expérience mystique ? On peut la décrire sans risque d’erreur comme un baiser entre l’homme et son époux[1] du Ciel Jésus-Christ. Comme dans l’exemple de st Paul, le Roi du ciel nous saisit d’un seul coup et nous tire à lui, comme on prend quelqu’un dans ses bras pour l’embrasser. La princesse endormie des contes de fées est l’âme que la vie chrétienne doit réveiller et préparer pour le baiser avec le prince sans son palais.  Philema « baiser » est employé dans 7 versets du NT. C’est le baiser de la paix qui unit la communauté ecclésiale. Rm 16, 16 : « Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser (philema). Toutes les Eglises de Christ vous saluent ». Philema vient de phileo, « aimer ». La Connaissance est un baiser. Elle nous sort du coma de l’ignorance.

Contrairement à la saisie de la pomme sur l’arbre de la connaissance du bien et du mal, ou du vol du feu par Prométhée, l’homme ne provoque pas sa rencontre cachée et intime avec Jésus-Christ. Elle a lieu lorsque le Seigneur le décide. On parle de passivité mystique. Comme dans le cas de saint Paul, l’expérience mystique est parfois un baiser vole. Mais il y a une longue tradition de préparation à ces moments d’intimité avec le Seigneur. L’ensemble des disciplines par lesquelles l’homme se prépare à entrer dans la chambre du roi s’appelle l’ascèse, et la branche de la théologie qui traite de ces questions est la Théologie ascétique et mystique, œuvre de la Connaissance dans le corpus théologique. Toute cette littérature, ainsi que les écrits mystiques, nous ramène au thème du combat qui y prédomine. Les mystiques sont les soldats de Dieu. Agonizomai, combattre, est employé dans 7 versets du NT. Dans le neuvième chapitre de la deuxième épître, Paul évoque l’ascèse indispensable à tout guerrier. 1 Co 9, 25 : « Tous ceux qui combattent (agonizomai) s’imposent toute espèce d’abstinences, et ils le font pour obtenir une couronne corruptible ; mais nous, faisons-le pour une couronne incorruptible. »  Les pratiques ascétiques des mystiques sont bien connues. Sainte Catherine de Sienne ne mangeait et ne dormait presque pas. Elles ne sont pas l’essence de l’expérience mystique, pas plus que les phénomènes extraordinaires[1] qui l’accompagnent. On pourrait même dire que les mystiques en sont gênés et tentent de les cacher à la vue de tous, de la même façon que Jésus impose souvent le secret sur les miracles qu’il accomplit dans l’Evangile de Marc.

L’essence de l’expérience mystique est plutôt la conformation du chrétien à Jésus-Christ, jusque dans sa passion et sa mort, deux thèmes étroitement liés à la Connaissance. Ce faisant, ils font de leur vie une tabula rasa sur laquelle Dieu peut jouer et rejouer le mystère de Sa Passion. Les mystiques sont les acteurs d’une pièce de théâtre. Ils souffrent et ils saignent. Ac 9, 16 : « et je lui montrerai tout ce qu’il doit souffrir (pascho) pour mon nom. » Ils parlent et ils meurent devant le public de tous les âges médusé par la ressemblance  qu’ils prennent avec le Christ persécuté. Ils sont toujours à l’agonie, c’est-à-dire tiraillés entre les griffes de Satan qui les tirent vers le bas, et les mains du Père qui les tirent vers le haut. Ils vivent et revivent sous nos yeux le combat que Dieu et Satan se livrent depuis des siècles pour l’amé humaine. Maria Valtorta la grande mystique italienne du XX siècle a passé des années à l’article de la mort, sur la brèche entre le ciel et la terre. De là, elle a vu le film de toute la vie du Christ, qu’elle a relate dans les dix volumes de L’Evangile tel qu’il m’a été révélé, sans doute le moment le plus grandiose de toute la littérature mystique chrétienne. Les mystiques nous donnent à voir le Purgatoire, œuvre de la Connaissance dans le Sacerdoce. Il y a dans la tradition chrétienne un lien étroit entre la vision et la souffrance. L’amour de Dieu est manifeste de la façon la plus parfaite par la crucifixion de son Fils unique. La Croix est le lieu de toutes les révélations, générales et particulières. Un des plus grands mystiques de tous les temps s’appelle Saint Jean de la Croix, un espagnol carmélite du XVI siècle. L’Espagne, pays de la Connaissance, a donné au monde de nombreux mystiques, dont Maria d’Agreda, précurseur de l’œuvre de Maria Valtorta. L’Espagne est connue pour ses combat de taureaux, où l’on voit l’animal piqué et ensanglanté combattre fièrement jusqu’à la fin. Dans la langue des oiseaux, le taureau (deuxième signe du zodiaque) évoque le stauros grec, la croix du supplice et le lieu de la victoire sur le mal.

Stauros, est employé dans 27 versets du NT. Il est lie de façon particulière aux du Fils, la Connaissance et la Force. Hb 12, 2 : « Ayant les regards sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi, qui, en vue de la joie qui lui était réservée, a souffert la croix (stauros), méprisé l’ignominie, et s’est assis à la droite du trône de Dieu. » La croix est le chemin du ciel, le véritable parcours initiatique vers la seule connaissance digne de ce nom. Lc 9, 23 : « Puis il dit à tous : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix (stauros), et qu’il me suive. » Nous nous chargeons de la Croix, avant qu’enfin elle se charge de nous et nous emmène au ciel, à la suite du Christ-Roi. Jésus est crucifié coiffé de sa couronne, et Pilate y fait inscrire ces mots plein de vérité : INRI, Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum, Jésus de Nazareth Roi des Juifs (Jn 19, 19). L’humanité est un roi souffrant, elle qui était appelée à régner sur la création au nom de Dieu. On retrouve le thème du roi malade dans le Parsifal de Wagner. Amfortas est blessé au côté, comme Jésus sur la Croix, comme tous les mystiques traversés par la Sainte Lance. Parsifal, le chaste fol, vient compatir à la blessure du roi, comme Jésus est venu compatir à la souffrance de l’humanite dechue. Le nom d’Amfortas nous évoque l’amphoteros du NT, qui signifie ‘tous les deux’. Eph 2, 16 décrit parfaitement l’œuvre du grand prêtre Jésus-Christ – Parsifal : « et de les réconcilier, l’un et l’autre (amphoteros) en un seul corps, avec Dieu par la croix (stauros), en détruisant par elle l’inimitié. » Sur la Croix, Dieu se réconcilie le monde (kosmos). Et dans la vie mystique, la réconciliation se reproduit, se démultiplie en chaque homme. De séparés qu’ils étaient, Dieu et le monde sont unis en Christ, par les hommes. Les mystiques sont souvent très impliqués dans les affaires du  monde.

Les mystiques sont souvent des femmes. Entrer dans le mystère du lien entre les mystiques et les femmes, c’est entrer dans le mystère de la femme, gune. Parmi les versets qui évoquent cette réalité, citons simplement Jn 16, 21 sur les douleurs de l’accouchement : « La femme (gune), lorsqu’elle enfante, éprouve de la tristesse, parce que son heure est venue ; mais, lorsqu ’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus de la souffrance, à cause de la joie qu ’elle a de ce qu’un homme est né dans le monde. »  Les souffrances mystiques sont les douleurs de l’accouchement spirituel car la mort mystique est une naissance au ciel. On peut en dire du même des souffrances du Purgatoire. Dans l’histoire, les femmes n’ont pas eu le même accès au savoir que les hommes et on a longtemps considéré que les révélations privées venaient compenser cet état de fait. En effet, les mystiques reçoivent leur enseignement du ressuscité lui-même. Les mystiques sont theodidaktos, instruits par Dieu, expression utilisée une seule fois, en 1 Th 4, 9 : « Pour ce qui est de l’amour fraternel, vous n’avez pas besoin qu’on vous en écrivecar vous avez vous-mêmes appris de Dieu à vous aimer les uns les autres. »  L’instruction porte sur l’essence de l’Evangile, l’amour fraternel.

En Eph 4, 21, saint Paul parle d’être instruit ‘en lui’: « Si du moins vous l’avez entendu, et si, conformément à la vérité (alethetia) qui est en Jésus, c’est en lui que vous avez été instruits (didasko) ». Sœur Marie Lataste est une mystique du XIXe siècle à laquelle Jésus en personne a enseigné toute la doctrine chrétienne. Elle vécut chez les Dames du Sacré-Cœur de Renne du 10 mai 1846 jusqu’à sa mort l’année suivant, jour pour jour, le 10 mai 1847 à l’âge de 25 ans. Citons un extrait de sa vie, racontée par l’abbé Pascal Darbins : « A la fin de cette année 1839, poussée par l’attrait irrésistible qui s’était emparé de tout son être, Marie s’achemina un jour vers l’Eglise. Absorbée par la pensée unique qui l’occupait, elle ne remarque rien sur son passage : jardins, champs, prairies, hommes, ils avaient disparu à ses yeux ; elle ne voyait que le tabernacle. Enfin, elle entra dans le lieu saint et vit Notre-Seigneur sur l’autel. Il était environné de ses anges, mais comme voilé par un nuage lumineux qui empêchait de le distinguer parfaitement. La pieuse fille fut remplie d’un bonheur inexprimable ; elle revint plusieurs fois, et, se tenant humblement à l’écart, elle regardait son adorable Maitre sans oser s’en approcher. Lui-même daigna s’avancer vers elle et se montra clairement à ses yeux sous la forme d’un homme plein de douceur et de majesté »[1]. Marie avait rencontré le seul ‘vrai bien’.

Un jour, Jésus lui-même, d’un ton sévère, lui explique pourquoi il l’instruit ainsi : « C’est par un effet de ma miséricorde que ne viens t’instruire. Cette instruction ne t’est point due. Garde-toi de la mépriser, garde-toi de t’enorgueillir, garde-toi de t’élever pour cela au-dessus d’autrui. Ma parole ne te sauvera pas seule, il faut ta coopération. Ma parole ne te donnera pas de mérite, ton mérite sera de correspondre à ce qu’elle te dira. Ma parole ne retournera pas inutile vers moi. Ce que je te dis suffirait pour convertir des millions d’idolâtres. Malheur à toi si tu n’en profites point ! Sache que tu dois toujours t’humilier devant moi, car tu n’es que cendre et poussière, péché et corruption, et je suis le Dieu tout-puissant, le Dieu infiniment parfait, le Dieu trois fois saint, le Saint des saints, la sainteté même. Je fais les rois. Je fais trembler les monarques et les potentats sur leurs trônes. Je sonde les cœurs et les reins ; rien de ce qui se fait parmi les hommes ne m’échappe ; je connais leur plus secrètes pensée. Sois donc fidèle et prêtre-moi ton attention »[9]. Nous distinguons dans la vie de ces mystiques de nombreux thèmes et évènements liés à l’Intelligence. Ce passage à une grandeur teneur apostolique. Il remet l’homme à sa place devant Dieu, et rappelle la nécessité de faire fructifier par notre coopération les grâces ou talents reçus. Mais surtout, nous l’avons choisi parce qu’en lui Jésus se révèle comme le Seigneur de l’histoire, dont le regard de Sagesse pénètre l’ensemble de la Création.

Pour illustrer la richesse de la nuée de mystiques féminins, listons quelques noms familiers tires du dictionnaire d’Audrey Fella [1]: Mme Acarie, Agnès de Langeac, Agnès de Montepulciano, Angèle de Foligno, Angèle Merici, Anne-Catherine Emmerich, Anne-Marie Javouhey, Angélique Arnaud, Alice Bailey ( !), Barbe de Compiègne, Beatrice de Nazareth, Yvonne-Aimée de Jésus (Beauvais), Bernadette Soubidous, Brigitte de Suède, Catherine de Bologne, Catherine de Ricci, Catherine de Sienne, Catherine de Suède, Catherine Laboure, Claire d’Assise, Claire de Montefalco, Claire de Rimini, Colette de Corbie, David-Neel, Madeleine Delbrel, Dhuoda d’Aquitaine, Isadora Duncan, Edith Stein, Elisabeth de Hongrie, Elisabeth de la Trinite, Elisabeth de Portugal, Elisabeth de Schonau, Elizabeth Ann Séton, Françoise Romaine, Gemma Galgani, Gertrude d’Helfta, Gertrude de Hackerborn, Goubaidoulina Sofia, Mme Guyon, Hadewijch d’Anvers, Héloïse, Hildegarde de Bingen, Hillesum Etty, Hypatie d’Alexandrie, Isadora, Jacinta Marto (Fatima), Jeanne d’Arc, Jeanne de Chantal, Jeanne de France, Jeanne des Anges (Loudain), Julienne de Mont-Cornillon, Julienne de Norwich, Marguerite Kempe, Elisabeth Leseur, Louise de France (fille de Louis XV), Louise de Marillac, Chiara Lubich, Lucia de Jésus Dos Santos (Fatima), Macrine, Madeleine-Sophie Barat, Marguerite d’Oingt, Marguerite de Cortone, Marguerite de Hongrie, Marguerite Ebner, Marguerite-Marie Alacoque, Marguerite Porete, Marie d’Oignies, Marie de Jésus d’Agreda, Marie de l’Incarnation, Marie de Valence, Marie des Vallées (la Sainte de Coutances), Marie l’Egyptienne, Marie-Madeleine, Marie-Madeleine de Pazzi, Raïssa Maritain, Mechtilde de Hackerborn, Mechtilde de Magdebourg, Mélanie, Mendenez Josefa, Thérèse Neumann, la Perle Evangélique (anonyme), Rachel, Radegonde de Poitiers, Rita de Cascia, Marthe Robin, Rose de Lima, Adrienne von Speyr, Teresa de Calcutta, Thérèse Couderc, Thérèse d’Avila, Thérèse de Lisieux, Yvonne-Aimée de Jésus ou de Malestroit. Noter la fréquence des prénoms d’Elisabeth, Marguerite et Catherine, entre autres. Elisabeth nous rappelle la visitation et la joie de Jean-Baptiste qui perçoit la présence cachée du Fils de Dieu dans le ventre de Marie. Marguerite nous évoque la perle (margarites) précieuse de la foi qui seule permet d’accorder de la valeur aux révélations privées. Catherine rappelle la pureté (katharos) de l’âme chrétienne en chemin vers la chambre nuptiale. Il y a aussi beaucoup de Marie et de Madeleine parmi les mystiques

NOTES

[1] Alan VINCENT. The good fight of Faith. Destiny Image, 2008.

[2] Albert SCHWEITZER. La Mystique de l’Apotre Paul. Editions Albin Michel, 1962.

[3] Louis BOUYER. Mysterion. Du mystère à la mystique. OIL édition, 1990.

[4] ‘Ce que je voudrais vous expliquer est très difficile à saisir quand l’expérience fait défaut’ (Ste Thérèse d’Avila dans Le Château intérieur).

[5] Joachim BOUFLET. Encyclopedie des phenomenes extraordinaires dans la vie mystique. Edition le Jardin des Livres, 2001.

[6] Le Père John G AINTERO, OP 1860-1928. Evolucion Mistica, 1908. Traduction anglaise de 1949: ‘The Mystical Evolution in the development and vitality of the Church’.

[7] Le theme de l’epoux est tres present dans les ecrits mystiques.

[8] Sœur Marie LATASTE. Vie, et œuvres complètes, par l’abbé Pascal Darbins, 5 édition. Editions Tequi, 1974. ‘To taste’ signifie gouter en anglais. La Sagesse nous donne une connaissance savoureuse de Dieu.

[9] Op. cit.

[10] Audrey FELLA. Les Femmes mystiques. Histoire et Dictionnaire. Robert Laffont. 2013.