1. Graphe « écritures ». L’Ancien Testament

« Qui (l’Evangile de Dieu) avait été promis auparavant de la part de Dieu par ses prophètes dans les saintes Ecritures » (Rm 1, 2).

Graphe « écritures » est employé dans 51 versets du NT. Il désigne dans le NT les écrits sacrés des juifs et nous allons parler dans ce paragraphe de l’Ancien Testament, œuvre de la Crainte dans la Foi. Mt 22, 29 (triple Crainte): « Jésus leur répondit : vous êtes dans l’erreur, parce que vous ne comprenez ni les Ecritures, ni la puissance de Dieu ». L’accomplissement des Ecritures est mentionné en Mc 15, 28 : « Ainsi fut accompli ce que dit l’Ecriture : il a été mis au nombre des malfaiteurs ». En Jn 2, 22, à la vue du Christ ressuscité, la mémoire des Ecritures revient à l’esprit des disciples: « C’est pourquoi, lorsqu’il fut ressuscité des morts, ses disciples se souvinrent qu’il avait dit cela, et ils crurent à l’Ecriture et à la parole que Jésus avait dite ». Tous les évènements de la vie de Jésus sont annoncés, préfigurés, prophétisés dans les Ecritures dont ils sont l’accomplissement. Jn 19, 36 : « Ces choses sont arrivées, afin que l’Ecriture fut accomplie : aucun de ses os ne sera brisé ». En Ga 3, 8, Paul formule le lien entre le Nouveau est l’Ancien Testament, ce qui fut l’un des grands soucis des apologistes : « Aussi l’Ecriture, prévoyant que Dieu justifierait les païens par la foi, a d’avance annoncé cette bonne nouvelle à Abraham : toutes les nations seront bénies en toi ! ». Quatorze versets plus loin, Ga 3, 22 ajoute: « Mais l’Ecriture a tout renfermé sous le péché afin que ce qui avait été promis fut donné par la foi en Jésus-Christ à ceux qui croient ». Le verbe correspondant, grapho, « écrire », est employé dans 183 versets du NT. Tout ce qui est écrit dans les Ecritures sera un jour réalisé. Lc 21, 22 : « Car ce seront des jours de vengeance, pour l’accomplissement de tout ce qui est écrit ».

L’Ancien Testament a été écrit avec les 22 lettres sacrées de l’alphabet hébreu. La tradition juive nous dit que Dieu a également créé le monde avec cette langue sacrée. « La kabbale enseigne que les lettres de l’Alphabet hébreu furent créées en premier. Ensuite, à l’aide de ces lettres, Dieu créa l’univers »[1]. L’univers est la choréo-graphie de ces lettres. Chora, « pays, contrée, terre », est employé dans 27 versets du NT. L’humanité déchue, fille prodigue, doit travailler pour vivre et ce travail est souvent vécu comme une corvée, qui se dit « chore » en anglais. Toute la création est son champ de travail. Lc 15, 15 : « Il alla se mettre au service d’un des habitants du pays (chora), qui l’envoya dans ses champs garder les pourceaux ». L’Esprit de Force pousse les hommes à répandre la Parole de Dieu sur toute la terre, à l’image des premiers chrétiens. Ac 8, 1 : « Saül avait approuvé le meurtre d’Etienne. Il y eut ce jour-là, une grande persécution contre l’Eglise de Jérusalem ; et tous, excepté les apôtres, se dispersèrent dans les contrées (chora) de la Judée et de la Samarie », c’est-à-dire au sud et au nord de la Terre Sainte. Le verbe associé est choreo, « faire de la place pour pouvoir contenir », « comprendre », employé dans 9 versets du NT, et associé aux sept dons, avec une prédominance de la Connaissance. En effet, tous les dons ont pour effet de nous ouvrir à la Parole de Dieu, de lui faire en nous un espace dans lequel elle puisse pénétrer. Cette région, c’est le cœur, la terre dans laquelle la semence de la foi est semée. 2 Co 7, 2 : «  Donnez-nous une place dans vos cœurs (choreo) ! Nous n’avons fait tort à personne, nous n’avons ruiné personne, nous n’avons tiré profit de personne ».

Dieu, le premier, a fait de la place à l’homme, et la Crainte nous fait faire de la place à Dieu en nous à notre tour. Marc-Alain Ouaknin décrit ainsi la théorie hébraïque du Tsimtsoum : « Une image : dieu se retire de lui-même, en lui-même, pour laisser place à l’Autre, à la création et à la créature. Capacité matricielle de Dieu ou Rahmanout, de Rehem en hébreu, ‘matrice’, dont les lettres écrivent aussi le mot Mahar qui veut dire ‘demain »[2]. Plus loin, Ouaknin rappelle que « pour la tradition cabaliste et hassidique, la matière du monde repose sur la structure de l’alphabet hébraïque. La langue hébraïque est une langue d’adhérence directe à la matière, à l’espace et au temps. Ses mots, ses sons, la matérialité des formes de ses lettres épousent les contours et les rythmes du monde et de la création. L’hébreu est la géographie (écriture de la terre) et la géométrie (mesure de la terre) du créé (…). Pour Aboulafia, les lettres de l’alphabet hébraïque sont une voie royale vers la source sacrée qui est en nous, et permettent de s’élever jusqu’au monde de la transcendance »[3]. La Création, œuvre de Dieu, nous conduit à Dieu. Elle est un chemin vers la transcendance. Le Judaïsme est la religion de la Crainte et nous relie à Dieu le Père, créateur de l’univers. CEC 288 : « Ainsi, la révélation de la création est inséparable de la révélation et de la réalisation de l’alliance de Dieu, l’Unique, avec son Peuple. La création est révélée comme le premier pas vers cette alliance, comme le premier et universel témoignage de l’amour Tout-Puissant de Dieu (Gn 15, 5 ; Jr 33, 19-26). Aussi, la vérité de la création s’exprime-t-elle avec une vigueur croissante dans le message des prophètes (cf Es 44, 24), dans la prière des psaumes (Ps 104) et de la liturgie dans la réflexion de la sagesse (cf. Pr 8, 22-31) du Peuple élu ».

L’Eglise du Saint-Sauveur-in-Chora, à Istanbul est un joyau de l’art byzantin. Elle porte une inscription grecque qui nous éclaire sur le sens spirituel de chora : « lieu d’incarnation du Dieu incommensurable » ou « lieu qui contient celui qui ne peut être contenu dans aucun lieu » et fait référence aux entrailles de Marie. En effet, Marie, la nouvelle création, est la première créature digne de recevoir Dieu en personne. Evoquons quelques thèmes de la tradition mariale reliant Marie à la Crainte. Plusieurs grandes fêtes mariales de l’Année liturgique sont liées aux nombres de la Crainte : solennité de l’Immaculée Conception le 8 décembre, solennité de Sainte Marie Mère de Dieu le 1er janvier, solennité de l’Assomption le 15 août, Marie Reine le 22 août, Nativité de Marie le 8 septembre, Notre Dame des Sept Douleurs le 15 septembre. Notons les fêtes du mois d’août, huitième mois de l’année: Dédicace de la Basilique sainte Marie Majeure de Rome le 5, Notre-Dame de Grâce le 10, Notre-Dame de Czestochowa le 26, Sainte Vierge Marie médiatrice le 31. Marie prononce un grand ‘fiat’, qui fonde la nouvelle création, comme le fiat du Père avait fondé l’ancienne. Dire oui, c’est s’ouvrir à quelque chose ou quelqu’un[4]. Marie est le modèle d’acception de l’appel du Père et d’abandon au Père. Sa foi, première vertu théologale, est parfaite. Pr 8, 22 (triple Crainte): « Le Seigneur m’a engendrée, prémices de son activité, prélude à ses œuvres anciennes ». Marie peut reprendre ces paroles de la Sagesse, elle qui contient l’Esprit de Sagesse aux sept colonnes.

Le Trône de la Sagesse est l’un des plus anciens titres mariaux. Marie, Notre-Dame de Sion, est le modèle d’Israël et son fruit le plus parfait. Elle résume à elle seule tout le peuple de Dieu. Elle a attendu Jésus pendant neuf mois, comme Israël attend le Messie. Dans Lumen Gentium, les considérations sur Marie sont présentées au huitième chapitre. Marie est préfigurée dans les femmes de l’AT, comme nous le montre Philippe Lefebvre. « La Bible est à beaucoup d’égards une histoire de la chair : elle raconte, avec un art très étudié, comment Dieu nous est intimement présent. C’est particulièrement en racontant l’histoire des femmes qu’elle manifeste sa précision et son adéquation au réel. Parler de ce qu’une femme vit avec Dieu, de ce qu’elle attend, de la honte ou de l’angoisse qui la tient, de sa stérilité ou de sa fécondité, cela ne s’improvise pas. (…) Il n’est pas simple d’évoquer d’une manière appropriée la grossesse d’une femme déjà âgée comme Elisabeth, la situation délicate dans laquelle se trouve Marie la vierge, ou encore la vie cachée d’une vieille femme comme la prophétesse Anne »[5].

Il n’est pas non plus facile d’évoquer les deux autres réalités que sont la prostitution et l’adultère, des thèmes pourtant très présents dans l’Ancien Testament. Le livre du Prophète Osée est le premier des ‘petits prophètes’. Os 1, 2 : « La première fois que l’Eternel adressa la parole à Osée, l’Eternel dit à Osée : Va, prends une femme prostituée et des enfants de prostitution ; car le pays se prostitue, il abandonne l’Eternel ! ». Osée épouse Gomer, symbole de l’humanité impie qui a détourné sa face du Seigneur et se livre à l’idolâtrie. « Il n’est pas un lecteur de l’Ancien testament qui ne sache que l’Ecriture désigne indistinctement les désordres religieux d’Israël sous le terme propre d’idolâtrie ou sous les termes figures de prostitution et d’infidélité conjugale »[6]. Ce premier mariage d’Osée représente l’Ancienne Alliance. Au chapitre 3 (Piété), l’Eternel dirige Osée vers un deuxième mariage. Os 3, 1 : « Le Seigneur me dit : Va encore, aime une femme aimée par un autre et se livrant à l’adultère : car tel est l’amour du Seigneur pour les fils d’Israël, tandis qu’ils se tournent, eux, vers d’autres dieux et qu’ils aiment les gâteaux de raisin ». Ce deuxième mariage du prophète présente la Nouvelle Alliance, fruit de la miséricorde de Dieu. « Pourtant, malgré les menaces et les châtiments, la miséricorde finit par l’emporter. Le troisième symbole (deuxième mariage d’Osée) nous assure que, néanmoins, Jahvé continue de chérir les idolâtres. Il va seulement les priver systématiquement de tout ce qui favorise leurs tristes penchants. Après quoi il espère, il est sûr qu’ils se convertiront de tout leur cœur et pour toujours »[7]. Toute l’histoire sainte est résumée dans ce petit livre prophétique de l’AT. Ecoutons encore le Père Buzy, dans ces pages écrites en 1922 : « Péché, menaces, châtiments, miséricorde, contrition, relèvement, c’est en résumé toute la théologie d’Osée, bien plus, toute la théologie des prophètes. Et qui ne voit que ces perspectives symboliques annoncent déjà les larges et sublimes aperçus de l’épitre aux Romains sur les destinées du peuple choisi ? Précurseur de saint Paul : c’est le plus bel éloge qu’on puisse faire d’Osée »[8]. Signalons que l’épître aux Romains, première des épîtres, est également placée sous le signe de la Crainte. Les œuvres de la Crainte contiennent en germe toutes les œuvres que les six dons suivants font grandir.

Le Père D. Buzy est prêtre du Sacré Cœur de Jésus de Bétharram et nous allons montrer le lien étroit en cette communauté et Marie de Nazareth. Beth-arram, qui signifie le rameau d’or en béarnais, est le nom un sanctuaire marial situe à 15 km de Lourdes, traversé par la même rivière, la Gave. L’histoire de ce sanctuaire est rythmée par trois miracles et l’on retrouve dans ces trois miracles les trois personnes de la Trinité. En 1503, des bergers virent briller dans buisson une statue de la Vierge Marie et bâtirent à cet endroit une chapelle pour l’abriter. Cette chapelle porta le nom de Notre-Dame de l’Etoile, du nom du village des petits bergers, Lestelle. Nous voilà replongés dans l’Ancien Testament où l’Eternel, se révèle à Moïse dans le buisson ardent. Ce premier miracle est celui du Père. En 1616, une tempête renverse la grande croix plantée sur la colline surplombant le Sanctuaire. « Peu d’instants après être écroulée au sol, la croix se relève toute seule dans une lumière éblouissante »[9]. « En 1623 le premier calvaire de Betharram est inauguré. Deux cents ans durant, le Sanctuaire s’appellera Notre Dame du Calvaire »[10]. Jésus-Christ est la croix dressée sur la terre, don de Dieu au monde par Marie. Ce deuxieme miralce est celui du Fils. Au XVIIe siècle, les miracles se multiplient. En particulier, une fillette tombée à l’eau est sauvée de la noyade lorsque Jésus dans les bras de Marie lui tend un rameau auquel elle s’accroche. L’Esprit-Saint est le don du Père et du Fils, par l’intermédiaire des créatures parfaites que sont Marie et Jésus, il est ce rameau. Ce troisième miracle, miracle de l’Epsrit, a donné son nom actuel au sanctuaire.

La Congrégation des Prêtres du Sacré Cœur de Jésus de Betharaam fut fondée en 1835 siècle par le Père saint Michel Garicoïts. Sainte Marie de Jésus Crucifié, Mariam Baouardy, est considérée comme la deuxième fondatrice de cette congrégation, dont son directeur le Père Estrate fait partie. « En 1875, 12 ans après la mort du père Garicoïts, et grâce à une vision, sœur Marie de Jésus Crucifié recommande aux pères d’entreprendre à Rome des démarches pour que leurs constitutions soient approuvées par Rome. Ce qui advient le 30 juillet de la même année (…). C’est encore grâce à elle qu’une petite communauté de Pères peut s’installer, après de nombreuses difficultés, près du Carmel de Bethléem »[11].. On sait la présence de Marie dans la vie de la petite palestinienne, canonisée le 17 mai 2015. « Elle entretenait une correspondance brûlante avec le Père Etchecopar, supérieur général des Pères de Betharram, avec le Père Estrate et avec Mlle Berthe Dartigaux, qu’elle appelait sa sœurette. Dans une extase du 28 décembre 1879, la petite avait dit à propos de cette dernière : ‘Oh ! cette chérie ! Combien Dieu l’aime ! Quelle belle mort elle fera ! Le Saint-Esprit sera là pour l’assister ! »[12]. En 1910 ouvrit le Carmel de la Sainte Famille à Nazareth, le village de la Vierge de l’Annonciation. Marie est l’étoile du matin (stella matutina), l’astre qui dissipe les ténèbres et annonce l’arrivée du soleil, comme la Crainte annonce la Piété, l’Ancien Testament le Nouveau.

L’AT est une facette de la Foi et il nous donne une première connaissance de Jésus-Christ. « Le message de l’AT n’est pas séparable de celui du Nouveau. Entre eux, il y a continuité et harmonie. Si le premier est l’annonce et la préparation du second, il ne fait cependant pas que préparer les voies, il montre déjà celui à qui il conduit, et vers lequel convergent toutes ses perspectives »[13]. L’histoire de la constitution de la bibliothèque de la Bible est celle de l’adoption, par les chrétiens, de certains écrits sacrés des juifs. L’AT commença à être traduit en latin dans la deuxième moitié du IIe siècle, dans la province romaine d’Afrique. Dans ce même siècle, saint Irénée de Lyon a grandement contribué à la reconnaissance canonique des écrits de l’AT. Ce fut le cas de nombreux autres apologistes. La défense de la foi a pris alors deux voies : d’une part relier la nouvelle alliance (‘testament’) à l’ancienne et montrer que Jésus Christ est le messie annoncé et attendu par les juifs ; d’autre part, montrer la logique des évènements judéo-chrétiens dans leur ensemble face au questionnement philosophique. Les auteurs du NT, à l’exception de Matthieu, ont cité l’AT depuis sa traduction grecque, la Septante, dont l’autorité était considérée par les écrivains du NT comme égale à celle du texte original lui-même. L’AT, comme le NT, nous relate des faits attribués à Dieu. Jn 5, 39 : « Vous scrutez les Ecritures parce que vous pensez trouver en elles la vie éternelle ; et ce sont elles qui rendent témoignage de moi ». Jn 4, 25 est placé trois fois sous le don prophétique de l’Intelligence: « Je sais que le Messie va venir, celui qu’on nomme Christ, et lorsqu’il sera venu, il nous fera tout savoir ». L’AT est rempli des paroles de Dieu, transmises au peuple élu par l’intermédiaire des prophètes. Ceux-ci reconnaissent que Dieu agissent dans leur vie. Ils voient et ils entendent Dieu. Les prophètes dans l’AT sont comme les disciples dans le NT : ils suivent le Père. Dans la nouvelle loi que nous révèle le NT, le Saint-Esprit fait de nous des prophètes, selon les charismes que nous recevons.

Dans la liste des charismes, la prophétie est citée par Paul en deuxième position. 1 Co 12, 28 : « Et Dieu a établi dans l’Eglise premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs, ensuite ceux qui ont le don des miracles, puis ceux qui ont les dons de guérir, de secourir, de gouverner, de parler diverses langues ». Méditons sur le lien entre prophetes, « prophètes » et la Connaissance. Les prophètes pointent vers Jésus comme Jésus pointe vers le Père. Mt 11, 9 : « Qu’êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu’un prophète ». Ils ont versé leur sang comme Jésus sur la Croix. Mt 23, 30 : « Et que vous dites : si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes ». Jésus apparait aux juifs d’abord comme un prophète. Lc 7, 16 : « Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, disant : un grand prophète a paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple ». La visitation des prophètes prépare la visitation du Fils de Dieu, qui lui aussi va passer ‘par’ le monde puis repartir hors de la vue des hommes. Saint Jean-Baptiste est le plus grand des prophètes de l’Ancien Testament, celui qui ‘passe le relai’ à Jésus-Christ, ce qui le fait bondir de joie dans le ventre de sa mère Elisabeth, lors de la Visitation de Marie enceinte.

Jean-Baptiste marque la fin du régime de la loi et des prophètes de l’AT et l’entrée dans celui de l’Esprit. Lc 16, 16 : « La loi et les prophètes ont subsisté jusqu’à Jean ; depuis lors, le royaume de Dieu est annoncé, et chacun use de violence pour y entrer ». En Lc 16, 29, Abraham enjoint aux hommes d’écouter Moïse et les prophètes, comme le Père annonçe et envoie le Fils et l’Esprit : « Abraham répondit : Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent ». En effet, les prophètes sont prophètes par un charisme de l’Esprit et on pourrait également montrer un lien entre eux et la Piété, de même que Jean-Baptiste est un personnage biblique lié à la Connaissance et à la Piété. Le thème de l’écoute est lié aux trois premiers dons, qui ensemble nous ouvrent à la présence trinitaire. Ac 2, 16 est court et directement centré sur le prophète Joël, deuxième de la série des petits prophètes : « Mais c’est ici ce qui a été dit par le prophète Joël ». 2 P 3, 2 associe la mémoire de la Piété qui accueille et couve à la Connaissance par lesquelles les prophètes entendent la parole de Dieu : « Afin que vous vous souveniez des choses annoncées d’avance par les saints prophètes, et du commandement du Seigneur et du Sauveur enseigné par vos apôtres ». En Ap 22, 9, on entend la voix de l’ange de la prophétie que saint Jean s’était empressé d’adorer : « Mais il (l’ange) me dit : garde toi de le faire ! Je suis ton compagnon de service, et celui de tes frères les prophètes, et de ceux qui gardent les paroles de ce livre. Adore Dieu ». C’est le dernier emploi de prophetes dans le NT.

L’AT nous relate l’histoire du peuple élu, Israël, appelé à être le témoin de la révélation divine. Le Dieu de la Bible est le Dieu d’Abraham (Crainte), d’Isaac (Connaissance) et de Jacob (Piété), les patriarches qui ont reçu la promesse du Dieu personnel. Toute l’histoire d’Israël est l’œuvre de Dieu, prototype de l’histoire humaine dans son ensemble. L’Histoire Sainte est l’itinéraire septénaire du retour de l’homme vers Dieu. Les grandes étapes de ce retour vers le Père marquent les grandes phases de l’histoire d’Israël. On peut les relier chacune aux dons, dans l’ordre que nous proposons. Le temps des patriarches correspond à la Crainte. L’histoire juive commence à Sumer, dans la ville d’Ur où vivait Abraham et sa famille. La deuxième époque de l’histoire d’Israël est sa vie de captivité en Egypte. Elle est une image de la chute que la connaissance du bien et du mal à provoquée. C’est la vie dans l’esclavage de Satan (Pharaon), de la chair et du monde, le triple esclavage du péché. L’histoire de Moïse et de ce qu’il accomplit au nom de Dieu, en particulier les neuf (Connaissance) plaies d’Egypte, fait penser à l’Evangile de Marc, litanie de miracles opérés par Jésus. Ici, il serait fascinant de déceler un schéma septénaire dans l’itinéraire de Moïse dans le désert.

L’Exode correspond à la Piété. Celle-ci réalise notre sortie d’Egypte, c’est-à-dire notre conversion profonde, prélude à un renouvellement total de notre vie. L’Eucharistie, mémorial de la mort et de la résurrection du Christ, est le troisième sacrement. La période des Rois correspond à l’Intelligence. Saül est le premier roi. David défait les Philistins et son fils Salomon construit le Temple de Jérusalem, vers 960 av J-C. A la mort de Salomon en 922 av J-C, le royaume d’Israël, au Nord, se sépare de la royauté de Juda, au Sud. Le Nord est en guerre, mais le Sud est en paix, grâce à la croyance d’une monarchie de droit divin rattachée à David. Le royaume du Nord est conquis pas les Assyriens en 721 av J-C (les dix tribus perdues d’Israël) et le royaume du Sud par les Babyloniens en 587 av J-C.

La période de l’Exil correspond à la Force. Le peuple élu est menacé d’une extinction totale. C’est alors que l’Esprit Saint se révèle à Israël comme l’Esprit de Force, qui les soutient dans l’épreuve et fait d’eux un peuple saint. Le cinquième livre de la deuxième série de sept livres de l’AT est le livre d’Isaïe, qui le premier chante la louange de Dieu au milieu des persécutions et prophétise, entre autres, la Pentecôte et l’habitation de l’Esprit septiforme sur toute chair, par Marie, la fleur de Jessé (Chapitre 11, 1-3). La sixième période de l’histoire d’Israël commence avec le retour d’exil, sous les Maccabées et correspond au Conseil. Babylone est conquise par Cyrus rois des Perses en 529 av J-C. La religion perse, le zoroastrisme, est fondée sur le dualisme du bien et du mal, socle de toutes les philosophies morales (Conseil). C’est à cette période que les juifs se divisent en multiples sectes (Religions et Conseil dans la Civilisation). Par exemple, les Saducéens (la caste des prêtres, Force) et les Pharisiens (des rigoristes qui demandent une obéissance méticuleuse de la Torah, Conseil). C’est alors que le Temple est reconstruit (Dévotions populaires et Conseil dans le Sacerdoce).

La septième phase commence avec la conquête d’Alexandre le Grand en 333 bc et correspond à la Sagesse. Après le déclin de ces deux puissances, les Maccabées peuvent reconstruire l’état Juif. La huitième période commence en 63 av J-C avec l’invasion romaine, qui conduit à la destruction du temple en 70 et à la diaspora. Comme Abraham, les juifs doivent à nouveau quitter leur terre. C’est le retour de la Crainte, et le début d’un nouveau cycle. Peut-on voir dans le retour des juifs en Israël l’entrée dans une neuvième phase de leur histoire, correspondant à la Connaissance ? Ils sont de retour à la maison. Beth, la « maison », est la deuxième lettre de l’alphabet hébreu. Peut-on imaginer que la conversion annoncée d’Israël au christianisme sera le début de la dixième période, liée à la Piété ?

Présentons maintenant quelques thèmes illustrant le lien de l’AT avec la Crainte. Toute la révélation est contenue en germe dans l’AT. Le dessein de Dieu nous y est déjà dévoilé. « Nous y voyons l’humanité entière appelée à former l’Eglise, dont Jérusalem est la figure, et, devenue épouse, à s’unir à son Epoux »[14]. Pie XII dans Divino afflante Spiritu, nous invite à découvrir « dans les paroles et les faits de l’AT ce qui y a été merveilleusement ordonné et disposé par Dieu de telle manière que le passé signifiât d’avance d’une manière spirituelle ce qui devait arriver sous la nouvelle Alliance de grâce ». Par ailleurs, toute l’histoire d’Israël est contenue en germe dans la personne d’Abraham, appelé par Dieu pour quitter son pays d’origine, Ur en Chaldée, et marcher vers la Terre promise, la nouvelle terre. Le verbe aller est lié à la Crainte et de nombreux de chapitres commencent par un verset contenant ce verbe. Les juifs sont toujours en chemin, des nomades éternels toujours prêts à repartir. Nous pensons que dans les religions, le Judaïsme est lié à la Crainte. Toute l’histoire d’Israël est l’histoire d’un long exode, une sortie de l’esclavage pour entrer dans la « liberté des enfants de Dieu ».

Dans l’AT, Dieu joue à cache-cache avec les hommes. Il les appelle, se montre à eux, puis disparait progressivement, tout en attendant que les hommes se mettent à chercher Celui qu’ils ont entrevu[15]. L’AT est le premier livre sacré qui nous présente le Dieu unique et personnel. La figure du Père est déjà très présente dans l’AT. « L’Ancien Testament constitue le terrain de base sur lequel les vérités révélées par le Fils de Dieu s’édifient. En proposant à l’homme un Dieu unique et transcendant, esprit et vie, tout-puissant et infiniment saint, il pose les assises indestructibles, aussi bien des révélation subséquentes que de toute vie spirituelle »[16]. « L’AT nous dit les liens entre l’homme et Dieu, il nous rappelle que nous avons été faits par lui et pour lui, qu’il est sans cesse avec nous et vraiment notre. Il nous enseigne la nature du lien qui nous unit à Dieu »[17]. Et aussi « Si elle nous parle de Dieu, la Bible nous parle aussi de l’homme en face de Dieu. De lui également, ce qu’elle met en lumière, ce sont les valeurs essentielles : sa nature profonde, sa misère radicale, ses aspirations foncières, ses irrépressibles élans »[18]. Nous pourrions ici aussi montrer le lien entre prophètes et la Crainte. Citons seulement Mt 1, 22 (triple Crainte) : « Tout cela arriva afin que s’accomplit ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète » ou encore Lc 1, 70 : « Comme il l’avait annoncé par la bouche de ses saints prophètes des temps anciens ».

NOTES

[1] VIRYA. L’alphabet hébreu et ses symboles. Les 22 arcanes de la kabbale. George Lahy, 1997.
[1] Marc-Alain OUAKNIN. Tsimtsoum. Introduction à la méditation hébraïque. Albin Michel. 1992
[2] Op. cit. p. 150.
[1] Film ‘Yes, man !’ du réalisateur Peyton Reed, 2008.
[1] Philippe LEFEBVRE. La Vierge au Livre. Cerf, 2004.
[1] Père D. BUZY. Les Symboles de l’Ancien Testament. Gabalda Editeur, 1923.
[2] Op. cit.
[3] Op. cit.
[1] www.betharram.fr
[2] www.betharram.fr
[1] Amedee BRUNOT. Mariam la petite arabe. Salvator. 1981.
[1] Paul-Marie DE LA CROIX. L’Ancien Testament source de vie spirituelle. Desclée de Brouwer, 1956.
[2] Op. cit. page 120.
[1] Op. cit.
[1] Abraham Joshua HESCHEL. God in Search of Man. Souvenir Press Ltd. 2009.
[2] Paul-Marie DE LA CROIX. L’Ancien Testament source de vie spirituelle. Desclée de Brouwer, 1956.
[3] Op. Cit.
[4] Op. cit.