9. Eleemosune « Aumône ».

« Afin que ton aumône se fasse en secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra » (Mt 6, 4).

Eleemosune est employé dans 13 versets du NT. Il vient d’eleos, la « miséricorde ». Il signifie « miséricorde, pitié, bienfaisance ». Aumône et prière sont liées entre elles, à l’image de la Connaissance et de la Piété. Il faut voir la misère des hommes pour être ému de compassion et vouloir leur donner une partie de ce que l’on a. Le don de Connaissance nous fait voir dans le pauvre le bien-aimé de Dieu, notre frère. Elle nous fait voir Jésus-Christ lui-même. Cette connaissance nous conduit à donner, de même que la Foi nous conduit à la Prière. Les mendiants se mettent souvent à l’entrée des églises, et l’aumône est une préparation à la prière. On donne aux hommes et l’on reçoit de Dieu. « Dieu te le rendra ». Ac 3, 2 : « Il y avait là un homme boiteux de naissance, qu’on portait et qu’on plaçait tous les jours à la porte du temple appelée la Belle, pour qu’il demandât l’aumône à ceux qui entraient dans le temple »[1]. Un autre verset combinant la Piété et la Connaissance, Ac 10, 2, nous présente le lien de ‘succession’ entre l’aumône et la prière : « Cet homme était pieux et craignait Dieu, avec toute sa maison ; il faisait beaucoup d’aumônes au peuple, et priait Dieu continuellement ». On retrouve ce couple en Ac 17, 24 : « Après une absence de plusieurs années, je suis venu pour faire des aumônes à ma nation, et pour présenter des offrandes ». Ce verset semble suggérer que l’amour de Dieu, exprimé dans les offrandes, nécessite au préalable l’exercice de la charité auprès des hommes, exprimé dans l’aumône. On retrouve là l’exigence du double commandement de l’amour, l’amour de son prochain et l’amour de Dieu.

Les mendiants se mettent près des églises, car les églises, œuvre de la Connaissance dans l’Apostolat, sont traditionnellement des lieux où les richesses du monde sont collectées et redistribuées aux pauvres. La Bible appelle cela le service des tables, ces tables sur lesquelles étaient déposées et distribuées les collectes de biens. Au sein des églises, les diacres ont la mission de gérer les ‘bonnes œuvres’, expression de la bonté de toute la communauté. C’est le rôle ancestral alloué aux matrones chrétiennes, ces femmes riches, prospères, qui redistribuent l’argent que leur mari (ou elles-mêmes de nos jours) gagne. Dans La Dame de Charité, le peintre Jean-Baptiste Greuze représente une scène dans laquelle les trois premiers dons se donnent à voir. A gauche, la figure trinitaire des trois pauvres (Crainte), au milieu la dame aisée apprenant à sa fille les gestes de la charité (Connaissance) et à droite la religieuse (Piété), qui observe la scène. La religieuse elle-même reçoit ses richesses des églises, c’est-à-dire des communautés de riches laïcs unis autour de leur clergé. Les aumôneries sont des structures ecclésiastiques liées au don de Connaissance, et situées entre les églises domestiques que sont les foyers réunies autour du père de famille (Crainte) et les paroisses réunies autour d’un curé (Piété). Les aumôneries ont pour chef un aumônier, descendant des diacres des premiers temps de l’Eglise. Ils apportent un soutien matériel et spirituel à des groupes particuliers sur des lieux précis. Les aumôneries œuvrent dans des structures qui sont liées à la Connaissance : l’armée, les écoles, les prisons, les parlements, les casernes de pompiers, les hôpitaux, etc.

L’aumône fait de nous des fils de Dieu, à la suite du Christ. La générosité s’apprend par l’exemple. « L’Esprit saint a fait de nous des fils de Dieu. Qu’Il nous pousse à donner selon ce principe, non pas seulement pour recevoir le ‘surcroît’ promis par Dieu mais pour lui exprimer notre amour, notre reconnaissance filiale et participer à son œuvre, pour le salut de tous. Cependant, si le Seigneur nous comble de biens matériels et de richesses lorsque nous accomplissons la justice du Royaume, accueillons-les de bon cœur et partageons-les en nous faisant des amis avec l’argent trompeur. Alors l’argent sera pour nous le bon serviteur qui sait rester à sa place et non le maitre tyrannique qui asservit nos pensées, nous dessèche le cœur et nous empêche de glorifier Dieu par nos actions de grâces, nos louanges et notre adoration. Depuis bientôt vingt-cinq ans nous exhortons nos frères chrétiens, surtout les catholiques, à pratiquer le principe de la dîme afin de donner le beau témoignage de la fécondité de la Parole de Dieu et de sa miséricordieuse Providence »[2]. Jean-Paul II a dit de la miséricorde qu’elle « dessinait l’image de son pontificat »[3].

Sainte Faustine Kowalska, apôtre de la miséricorde, est morte en 1938, année de l’invasion de la Pologne par l’Allemagne. Jean-Paul II se recueillait dans sa chapelle tous les matins en chemin vers son travail forcé. Il prononça sa canonisation le 30 avril 2000. Sa deuxième encyclique, Dives in misericordia, fut consacrée au mystère de la miséricorde divine. Elle fut publiée le 30 novembre 1980. Les grandes dates de ce pape pointent également vers la Connaissance : il fut élu le 16 octobre 1978, et mourut le 2 avril 2005, le jour consacré à la divine Miséricorde, le second dimanche de Pâques, fête qu’il avait instaurée universellement. La parole attachée au tableau de la divine Miséricorde ne pointe-t-elle pas vers l’espérance, deuxième vertu théologale: « Jésus, j’ai confiance en toi ! » ?

NOTES

[1] Il y aurait beaucoup à dire sur le couple de la « Belle et la Bête » et sur la nature duelle de la personne humaine depuis la chute. Nous en parlons dans le paragraphe sur le couple humain, œuvre de la Connaissance, dans lequel chacun découvre progressivement la face cachée de l’autre.
[2] Jean PLYA. Donner comme un enfant de Roi. La dîme et li grâce de donner dans l’Eglise catholique. François-Xavier de Guibert, 2006.
[3] Pierre d’ORNELLAS. La miséricorde dessine l’image de mon pontificat. Parole et Silence, 2006.

Légende : http://viecontemplative.vidareligiosa.org/temps-de-careme-laumone/